Nous, les Autres et l’Impunité en Afrique

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Il y a toujours une raison d’identité commune — tribu, ethnie, région, religion, ou parti politique — qui fait qu’en Afrique on n’applique pas strictement la loi, on transige, on favorise les siens.
Par exemple, au Nigeria, en son temps, Obasanjo, dans sa lutte contre la corruption — aussi corrompu que soit un régime sur le continent, il est de bon ton que chaque président ait sa campagne de lutte contre la corruption — a sévi contre M. Alamiyeseigha — qui vient de mourir à 63 ans des suites d’une hypertension artérielle, qui n’est d’ailleurs pas étrangère à ses tourments judiciaires que le détrônement de Jonathan à ressuscités. Ce même Alamiyeseigha jadis poursuivi pour haute corruption à Londres et au Nigéria a perdu en 2005 son poste de Gouverneur de l’État de Bayelsa d’où son adjoint, M Goodluck Jonathan émergera de façon providentielle et foudroyante pour devenir tour à tour Gouverneur, Vice Président, Président par intérim, et enfin le Président du Nigéria que le monde a connu.
Une fois au pouvoir, Goodluck n’a eu de cesse de pardonner à son mentor providentiel. Lequel pardon a pris la forme d’un décret du conseil d’État qui mettait M. Alamiyeseigha à l’abri de toute menace juridique, qu’elle émane du Nigéria ou pire encore du Royaume-Uni.
En clair, parce qu’il lui était redevable, parce qu’ils étaient coreligionnaire et congénère ethnique, Jonathan ne pouvait pas ne pas protéger M. Alamiyeseigha dont il a été lui-même le protégé politique, alors que la lutte contre la corruption, qui était censée être une priorité nationale méritait d’être menée sans faiblesse.
La conséquence d’un tel laxisme érigé en valeur est pour le moins inquiétante. Cela voudrait dire que dans une nation mono-ethnique personne ne punirait personne, les criminels seront laissés libres et impunis, parce que l’idée de la sanction est entièrement négative, étayée sur l’altérité : on sévit seulement contre ceux qui ne sont pas nous, c’est-à-dire les autres. Dans une nation mono-ethnique, la loi n’aurait jamais un caractère répressif, puisque la seule loi qui prévaudrait serait celle de la tribu et de on habeas corpus infini

Alan Basilegpo

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