« Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien », demandait Leibniz en 1740. A l’époque et même des siècles après, sa question faisait sourire plus d’un de ses pairs.
A propos de la présidentielle de 2016, on pourrait se risquer à poser le même type de question naïve : Pourquoi créditons-nous la candidature d’un Talon plutôt que celle d’un Topanou, alors que tous deux ont un patronyme commençant par T ? Plus sérieusement, pourquoi dans notre for intérieur collectif, prenons-nous l’une de ces deux candidatures au sérieux tandis que l’autre nous fait sourire, pour autant que nous y fassions attention ?
Et lorsque de bonnes âmes nous invitent à en discuter, nous courons vite aux abris, enfoncer nos têtes dans le sable comme l’autruche, ou boucher nos oreilles et nos yeux comme les singes de la sagesse africaine ! Omashéo !
Et pourtant celui que nous méprisons, nous l’avons vu à l’œuvre comme homme politique ; il a été ministre du régime, puis s’est retourné contre lui et a créé son propre parti. Celui que nous accréditons en revanche n’a aucune signature politique connue : ni ministre, ni élu, ni chef de parti. Rien qu’un homme d’affaire et ça a l’air de nous suffire. Et nous donnons du crédit à son intention de présider à nos destinées. A moins que ce soient ses milliards qui donnent du crédit à notre désir de lui donner du crédit ! On ne prête qu’aux riches, et l’enfer est pavé de promesses de richesse. Souvenez-vous : en 2006, Yayi c’était Docteur, Cauris et BOAD. Il pouvait nous soigner, nous guérir de nos envies de richesse. Et nous voilà aujourd’hui dans la maladie de la misère et le cauchemar. Malgré cette sinistre déconvenue, nous sommes prêts à récidiver. A tomber de Charybde en Scylla.
Comme la question naïve de Leibniz, je me suis toujours demandé , comment nous les Noirs, nous avons pu subir l’esclavage pendant quatre siècles bien comptés sans pouvoir en secouer le joug bien plus tôt. Et à force, j’ai fini par trouver la réponse : en fait, nous sommes et nous fûmes les promoteurs plus ou moins zélés de notre condition d’esclave ; par notre bêtise, nos ténèbres, notre cupidité, nos lâchetés, notre soumission et nos abjectes complicités. Savez-vous que c’est la mère qui apprend au garçon à être un homme ? C’est-à-dire en somme à opprimer la femme. C’est ce que le sociologue Bourdieu a appelé la violence symbolique. Nous sommes les forgerons et les gardiens de nos propres chaînes. Dans 10-20 ans, quand nous aurons bu jusqu’à la lie le breuvage de l’anomalie inhérente à notre choix présidentiel — quel qu’il soit du reste — alors que rien ne nous y contraignait, nous saurons que nous en aurons été les seuls responsables. Et maudits par le destin, nous pourrons nous demander: Pourquoi sommes-nous bénins et plutôt pas bénis ? Mais, de grâce, ne comptons pas sur Leibniz pour nous donner la réponse, car pour le philosophe allemand, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Adenifuja Bolaji

