Golfe du Bénin : la Fonction Discrète du Régionalisme

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La vie politique africaine est marquée par un vice universel, celui du régionalisme. Le régionalisme fonctionne selon un mode dual dans la mesure où il y a généralement deux régions qui s’opposent. C’est comme dans un foyer polygamique : il n’y a d’opposition entre les coépouses que quand elles sont au nombre de deux. Au-delà de deux, l’opposition n’a plus de point d’appui et a du mal à se produire. Ainsi, sur le golfe du Bénin/Guinée, nous avons l’opposition Nord/Sud. C’est le cas au Togo, au Bénin, au Nigeria, en Côte d’Ivoire. Et l’exemple ivoirien par ses effets dramatiques est à plus d’un titre éclairant

En Côte d’Ivoire, la guerre qui a eu lieu dans ce pays se cristallisa dans un premier temps autour de l’opposition entre le sud chrétien représenté par Gbagbo et le Nord musulman incarné par Ouattara. Dans d’autres pays d’Afrique, l’opposition au lieu de prendre une dénomination régionaliste est directement raciale ou ethnique. Au Rwanda, l’opposition mettait au prises les Hutu et les Tutsi. En Afrique du Sud du temps de l’Apartheid, l’opposition était entre les Blancs et les non-blancs
Bref, dans tous les cas, la structure dualiste de la lutte politique s’articule autour de l’opposition entre deux groupes ethniques, religieux, régionaux ou raciaux.
Le cas de la Côte d’Ivoire est édifiant, parce que le conflit ivoirien est passé par plusieurs phases. Dans un premier temps, c’était l’opposition entre le Nord et le Sud, entre Ouattara et Gbagbo. Puis progressivement pour se frayer une issue de résolution, on a vu l’opposition devenir une opposition de tous contre Gbagbo. Une partie du Sud, ( les Agni et Baoulé, etc.) s’est unie au nord pour s’opposer politiquement à Gbagbo. Cela montre bien que, contrairement à ce qu’on pouvait croire, les entités traditionnellement opposées pouvaient en réalité s’entendre et s’unir ; elles pouvaient faire bouger les lignes du conflit, qui dès lors n’avait rien d’essentialiste comme sa structure dualiste et les discours idéologiques sous-jacents pouvaient le laisser croire.
Ce qui prouve que la dualité Nord/Sud est une construction idéologique qui a une fonction politique. Si elle échoue dans certains endroits et à certains moments de rendre le service pour lequel elle a été conçue, alors elle peut être réformée. Cet éclectisme témoigne du fait que les entités qui surgissent dans le champ politique en Afrique ont des fonction cachées.
En Côte d’Ivoire, qui avait misé sur la première configuration dualiste et qui, à un moment donné a trouvé nécessaire de la reconfigurer ? C’est la puissance coloniale, la France. Dans un premier temps, la France a cru pouvoir résoudre le problème de l’élimination de Gbagbo, c’est-à-dire la garantie de la continuation de la domination coloniale de la Côte d’Ivoire dans le cadre d’une configuration dualiste entée sur le schéma de la dualité primaire Nord/Sud, Musulman/Chrétien. Mais comme l’intelligence politique de Gbagbo a mis en échec cette approche, le système néocolonial a changé son fusil d’épaule. Et ce n’était plus seulement le sud qui s’opposait au Nord, mais une grande partie de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire aussi bien une partie du Sud chrétien et le Nord musulman, qui maintenant s’opposait à Gbagbo. La nouvelle dualité mettait aux prises la Côte d’Ivoire et les Bété.
Preuve s’il en est que les Africains de notre sous-région pouvaient s’unir sur une autre ligne de démarcation politique que l’opposition Nord/Sud. D’une certaine manière, il s’agit de l’application d’une vieille recette de psychologie politique basée sur sur le principe de diviser pour régner. Rien de nouveau en somme sous le ciel. Tout ce qui divise l’Afrique et est susceptible d’y fomenter la guerre, toutes les causes potentielles d’anomie, de dissension et d’affaiblissement de la cohésion nationale sont pain béni pour le néocolonialisme. Les sources multiples de division sont exploitées comme une assurance de leur présence obscène dans la vie économique et politique de l’Afrique, où pourtant, en toute légalité internationale, ils n’ont rien à faire. Si dans un élan patriotique spontané, un mouvement ou un groupe de militants politiques décidait de sévir contre l’homme de main de l’Occident, son geste apparaît tout à coup comme attentatoire aux intérêts de l’ethnie d’origine de l’homme de main. Ainsi les vices du régionalisme, qui sont devenus la seconde nature de notre vie politique en Afrique, sont des travers instrumentalisés, recherchés et encouragés par le système néocolonial à des fins d’assurance de son parti-pris prédateur. Exemple, si au Bénin, un citoyen isolé, excédé par la servilité néocoloniale, le manque de dignité nationale de Yayi, décidait spontanément de lui loger une balle dans le crâne, son geste ne sera pas vu ni compris par une partie du pays comme un geste patriotique de la plus haute importance, l’expression d’une révolte légitime contre un chien couchant, un vendu et un vendeur des richesses nationales à l’étranger, et qui plus est au Blanc qui a toujours méprisé, éliminé et exploité le Noir que nous sommes à travers les âges. Ce ne sera pas l’élimination punitive hautement patriotique d’un homme qui a amené l’ogre Bolloré pour s’accaparer des richesses nationales, encore moins la liquidation préventive de celui qui amènera un premier ministre étranger politique venu de (sinon imposé par) la France ; mais son geste héroïque sera vu et compris par le « Nord et les Collines » comme l’élimination de l’un des leurs, du premier des leurs, de leur pourvoyeur exclusif en sécurité sociale et économique ; et tous ces parages par ailleurs hétéroclites fusionneront en transe et basculeront dans la violence et la guerre civile, comme c’est souvent le cas en Afrique, et plus particulièrement en Afrique francophone. La presse occidentale, vigilante et consciente de son rôle d’agence de propagande néocoloniale de la race blanche, AFP, RFI, BBC, Reuters et Cie, se chargera d’envenimer la situation par la naturalisation cynique de l’explication régionaliste de la crise ainsi créée par l’assassinat de celui qui au fond n’est que le serviteur noir des noirs intérêts du Blanc.

Mutatis mutandis, telle est à peu près le cas en Côte d’Ivoire. La leçon que l’on peut tirer du drame ivoirien éclaire la vie politique d’autres pays comme le Bénin où l’opposition n’a pas eu le malheur d’atteindre les mêmes proportions dramatiques, dans la mesure où la situation politique n’a pas dégénéré en conflits guerriers ou militaires. En effet, le cas ivoirien nous montre que le régionalisme est une arme au service du système néocolonial lui-même, qui après en avoir jeté les bases historiques par la création de la fiction des ethnies, maintient la haute main sur leurs rapports. Et la dualité apparente de ces rapports est instrumentalisée pour distraire la conscience autochtone sur l’existence d’une troisième entité politiquement obscène qui, pendant que les premières s’opposent, profite de l’épuisement de leur énergie et de l’aveuglement conflictuel dans lequel elles se sont enfermées, pour s’accaparer des richesses nationales. C’est la ruse du troisième larron politique.

C’est ainsi qu’au Bénin, à une moindre échelle géopolitique et financière, on a encouragé et donné carte blanche à Yayi Boni pour pratiquer une politique régionaliste décomplexée au moment où les Bolloré, Bouygues, Lafarge et consorts, ainsi que toute une ribambelle de groupes d’intérêt français s’accaparaient de pans entiers de l’économie béninoise.

Telle est au fond la fonction cachée des dualismes polémiques qui agitent le vie politique en Afrique, que ce soit le régionalisme ou d’autres oppositions congruentes.

Dr Atinpahun Boniface

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Un commentaire

  1. Tout ce qui divise l’Afrique et est susceptible d’y fomenter la guerre, toutes les causes potentielles d’anomie, de dissension et d’affaiblissement de la cohésion nationale sont pain béni pour le néocolonialisme. Les sources multiples de division sont exploitées comme une assurance de leur présence obscène dans la vie économique et politique de l’Afrique, où pourtant, en toute légalité internationale, ils n’ont rien à faire. Si dans un élan patriotique spontané, un mouvement ou un groupe de militants politiques décidait de sévir contre l’homme de main de l’Occident, son geste apparaît tout à coup comme attentatoire aux intérêts de l’ethnie d’origine de l’homme de main. Ainsi les vices du régionalisme, qui sont devenus la seconde nature de notre vie politique en Afrique, sont des travers instrumentalisés, recherchés et encouragés par le système néocolonial à des fins d’assurance de son parti-pris prédateur. Exemple, si au Bénin, un citoyen isolé, excédé par la servilité néocoloniale, le manque de dignité nationale de Yayi, décidait spontanément de lui loger une balle dans le crâne, son geste ne sera pas vu ni compris par une partie du pays comme un geste patriotique de la plus haute importance, l’expression d’une révolte légitime contre un chien couchant, un vendu et un vendeur des richesses nationales à l’étranger, et qui plus est au Blanc qui a toujours méprisé, éliminé et exploité le Noir que nous sommes à travers les âges. Ce ne sera pas l’élimination punitive hautement patriotique d’un homme qui a amené l’ogre Bolloré pour s’accaparer des richesses nationales, encore moins la liquidation préventive de celui qui amènera un premier ministre étranger politique venu de (sinon imposé par) la France ; mais son geste héroïque sera vu et compris par le « Nord et les Collines » comme l’élimination de l’un des leurs, du premier des leurs, de leur pourvoyeur exclusif en sécurité sociale et économique ; et tous ces parages par ailleurs hétéroclite fusionnera en transe et basculera dans la violence et la guerre civile, comme c’est souvent le cas en Afrique, et plus particulièrement en Afrique francophone. La presse occidentale, vigilante et consciente de son rôle d’agence de propagande néocoloniale de la race blanche, AFP, RFI, BBC, Reuters et Cie, se chargera d’envenimer la situation par la naturalisation cynique de l’explication régionaliste de la crise ainsi créée par l’assassinat de celui qui au fond n’est que le serviteur noir des noirs intérêts du Blanc.

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