Re “…Responsabilisation des Acteurs…”: Réponse au Dr Afolabi

Dr Afolabi,

aka2Votre analyse fait débat au sens propre du terme ; elle appelle trois observations que j’aimerais faire très rapidement.

Premièrement elle fait courir, votre analyse, le risque d’une régression à l’infini alors que l’objectif est, pour une fois, d’aller de l’avant et de sévir par l’exemple, concrètement. A suivre votre raisonnement, au-delà de Kérékou, de Soglo, etc. pourquoi ne pas appeler à la barre tous les anciens présidents et hommes politiques du Bénin depuis les 54 ans de notre « indépendance » ? Pourquoi ne pas appeler à la barre la France qui anime en coulisses tout ce beau monde ? Autant dire que c’est la meilleure façon de renvoyer ce procès aux calendes grecques.

Deuxièmement, votre analyse entretient, je le crains, une ambiguïté en ce qu’elle a un air de famille avec le raisonnement que tiennent les partisans de Yayi, qui ne veulent pas qu’on touche à leur idole, et qui, pour cela, se servent de ses prédécesseurs et géniteurs politiques comme d’un bouclier, un cran qu’ils savent un peu plus difficile à passer.

Enfin, votre point de vue semble ignorer le principe de notre démarche qui est celui de l’exemple, servir d’exemple. Si on apprend que tout un village a commis des crimes,  il ne serait pas viable de pendre tout le village. Il suffit de pendre celui dont les mains sont encore couvertes de sang frais, surtout si c’est le chef du village. Et il servira d’exemple pour la multitude. Même au procès de Nuremberg après la seconde guerre mondiale, il a fallu sélectionner ceux qui seront jugés ; car si on devait juger toutes les personnes qui, à un niveau ou à un autre, ont occupé une position dans la chaîne de responsabilité des crimes du nazisme, peut-être qu’un nombre critique d’Allemands y laisserait sa peau.

Votre analyse, je l’ai dit, fait débat mais au sens noble du terme, en ce qu’elle reste, à travers ses considérations juridiques et politiques, pertinentes. Cela conduit de façon dialectique vers l’idée d’une Commission Vérité et Réconciliation/(remboursement) sur le modèle de l’Afrique du Sud.
Dans ce cas, l’idée du procès dans sa dimension pénale serait sacrifiée sur l’autel de la responsabilité collective dans sa dimension essentiellement politique.

Merci d’avoir ouvert le Débat !

Dr Aboki Cosme, Président du FERAP

copyright5