Cameroun, Affaire Emmanuel Lebou  :  100 ans de Prison, 100 ans de Misère

En 2018 a éclaté au Cameroun une affaire criminelle hors norme, l’affaire Lebou, du nom de l’ancien chef de la division informatique du ministère des Finances.

Il s’agit d’une affaire de détournement de denier public rocambolesque qui fait froid dans le dos. Responsable technique du ministère des finances, Emmanuel Lebou a inséré 2601 matricules fictives dans le fichier national des paies, ponctionnant ainsi  plus d’un milliard de francs CFA par mois des caisses de l’État.

C’est le 2 mai 2018 que des fonctionnaires soupçonnés d’avoir indûment perçu les salaires fictifs avaient été interpellés par les officiers du corps spécialisé de la police judiciaire de Yaoundé. Emmanuel Lebou figurait parmi les six personnes interpellées.

Pour lutter contre les salaires fictifs qui sévissent dans maintes administrations des finances en Afrique, le ministère des Finances camerounais avait lancé une opération dite de «  Comptage physique du personnel de l’État »(COPPE) qui s’est tenue entre avril et juillet 2018. Les résultats de l’opération on permis de retirer 10 000 fonctionnaires fictifs de ce fichier.

L’Affaire a eu des rebondissements. L’arrestation du chef de la cellule informatique en 2018, vient deux ans après une première interpellation. Le président d’Unisport de Bafang ( telle était aussi une de ses casquettes écran),  était cité en 2016 dans une affaire de vol du mot de passe qui donnait accès au fichier solde du ministère des Finances camerounais –MINDEF. Selon le journal Mutations, ce vol avait favorisé le délestage des caisses de l’État, de près de 2, 4 milliards fcfa. Une somme dispatchée sous forme d’avantages illicites, de fausse missions et avances de soldes aux agents publics de plusieurs ministères.. Emmanuel Lebou avait été cité et a passé quelques mois en prison avant d’être relaxé.

Mais la poursuite de l’enquête a révélé que cette première découverte de 2016 n’était que le petit bout d’un iceberg de malversations gigantesque. De fil en aiguille le rôle véritable de M. Lebou a été mis au jour par les enquêteurs qui ont pu établir que le chef de la cellule informatique, a été détenteur de 2601 matricules fictives représentant plus d’un milliard de francs CFA par mois pendant 10 ans !

Et l’épilogue de cette affaire vient avec la  condamnation de son cerveau à 104 ans de prison ferme par le Tribunal Criminel spécial (TCS). Il a été reconnu coupable de détournement du budget de l’État du Cameroun pendant près de 10 ans.

Cette affaire contient toutefois des zones d’ombre et il va sans dire que ses  embranchements politiques ont été occultés. Ainsi, que penser de l’arrêt des poursuites contre une autre coaccusée, ordonnée par le Ministre de la justice au motif que l’intéressée aurait accepté  de rembourser le corps du délit contre l’abandon des poursuites par le ministère public ?

Quoi qu’il en soit et quelle que soit l’exemplarité de la peine infligée au cerveau de l’affaire, il reste que le cancer de la corruption a des formes monstrueuses enracinées dans l’insensibilité humaine d’une venimeuse engeance de cols blancs qui ont pion sur rue dans les hautes sphères du pouvoir. 120 milliards de F CFA dans un pays dont la population est pauvre – il faut bien préciser : la population est pauvre mais le pays lui-même est doté de richesses qu’une infime minorité de criminels en col blancs détournent pour son bon plaisir. Combien d’écoles de dispensaires, de kilomètres de routes bitumées peut-on construire dans un pays africain comme le Cameroun ? Et voilà que cette somme est confisquée par quelques personnes, pendant que des enfants, des femmes, des vieillards meurent faute de nourriture et de soin, que la jeunesse faute de perspective dérive vers la délinquance, le crime organisé ou fait l’option de l’immigration au prix de sa vie.

Ce crime monstrueux montre si besoin en est que l’argument souvent ressassé de la culpabilisation des autres – l’esclavage, le colonialisme, les Blancs, — pour expliquer la pauvreté actuelle des populations africaines, le retard économique et social des États africains, ne tient pas la route. Au mieux il s’agit d’un prétexte complaisant, au pire un voile abject qui recouvre des tares et une malgouvernance qui nous condamnent, à chaque génération, à 100 ans de misère !

Aminou Balogun

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