Ce que Yayi Boni ne sait pas

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Depuis quelque temps, le pouvoir en place au Bénin sous la gouvernance loufoque de M. Yayi crie au complot. Ce cri d'orfraie qui a atteint son paroxysme le 1er août dernier avec les propos scandaleux de la bouche d’un président de la république a ciblé quelques boucs émissaires parmi les opérateurs économiques. Et les réactions indignées qu'il a suscitées dans la classe politique ont été en un mouvement circulaire pour le moins vicieux mises au compte des preuves du complot en question. Que croient M. Yayi et les siens ? Que la démocratie est un régime où ne doit régner qu'une seule opinion ? Quelle est cette conception de la vie publique qui fait du moindre critique de l'action des gouvernants un casus belli. À entendre le chef de l'État, le pays va bien, du moins son action à lui est irréprochable, et tout ce qui va mal est à mettre au compte soit de la crise ou soit des acteurs malintentionnés de l'opposition. Et cette conception simpliste pour le moins manichéenne de la réalité sociopolitique ne doit souffrir la moindre réserve, la moins critique. S'inquiéter du réel, le faire savoir haut et fort c'est comploter contre le gouvernement.
Et les cartes sordides de cette accusation jusque-là rhétorique viennent d'être abattues par le pouvoir. Le communiqué du ministre de l'intérieur en date du 20 août 2012 n'y est pas allé par quatre chemins. Le fonctionnement normal des diverses institutions de contre-pouvoir : société civile, syndicats, associations et partis politiques y est fédéré dans une appréhension suspicieuse et étiqueté de complot. Délire associatif à l'état pur d'une junte percluse de culpabilité et en rupture avec les rivages sains de la démocratie. Dans ce communiqué pour le moins surréel, le gouvernement se pose à la fois en victime et en référence démocratiques. Agbako ! C'est le monde à l'envers… C'est comme si le voleur feignait d'oublier sa posture et se piquait de faire la morale à sa victime. Que croient M. Yayi Boni et les siens ? Que les Béninois sont des amnésiques ? Tout le monde sait que M. Yayi a volé l’élection présidentielle de mars 2011. Il l’a volée à coups de milliards détournés dans les caisses de l'État et distribués de-ci delà. Ce hold-up de triste mémoire au terme duquel M. Yayi est entré dans l'histoire de la démocratie béninoise sinon dans l'histoire du Bénin tout court comme le seul président à n'avoir pas eu besoin d'un second tour pour se faire élire ! Le seul président qui a été élu au premier tour, qui a rassemblé sur son nom plus de 50 % des suffrages exprimés. Quand on pense qu’ hormis son adversaire principal, tous les autres candidats n'étaient pas vraiment ses ennemis farouches, on se demande comment il a fait pour dilapider tout ce capital politique énorme en l'espace d'une année au point d'en être aujourd'hui à crier au complot ? Est-ce que dans une démocratie ou le peuple soutient son président comme on est censé le croire à l'issue du hold-up de mars 2011 l'idée de complot peut tenir la route ?
Non : il faut arrêter d'amuser la galerie ! De deux choses l’une : ou bien le président Yayi était populaire et a été élu haut les mains au premier tour, et il ne peut faire l’objet d’un complot crédible ; ou bien il n’était pas populaire et a volé les élections et on comprend que le peuple béninois veuille reprendre la main.

 

Les Béninois ne sont pas des imbéciles. Ils ont subi le hold-up, et comme une femme violée, ils se sont tus de honte. Eux qui passaient pour modèle africain de la nouvelle génération post-La Baule de la démocratie. Ils ne voulaient pas que le monde entier tourne son regard sur le ridicule de leur situation ; tomber d'aussi haut est pour eux une posture dont ils ne sont pas fiers. De plus, ils voulaient une belle excuse pour oublier le hold-up, comme une femme violée rêve d'avoir l'enfant qu'elle n'a jamais eu. Et si le président banquier faisait un miracle ? Et si, loin d'entretenir la bauge infecte et corrompue de ses amis et parents, il daignait jeter le filet sur le fleuve étale de la nation tout entière ? Et si ce filet revenait rempli de victuailles et de quoi nourrir tout le monde ? Alors on pourrait cacher la honte du hold-up, la honte du viol, la honte du coup de couteau au coeur de la démocratie derrière la joie de la prospérité partagée. Mais voilà qu'il n'en est rien ; qu'il n'y a ni joie ni prospérité et le peuple affamé n'entend plus cacher sa honte. Il gronde en son sein d'une révolte légitime et trop longtemps contenue. La blessure au coeur de sa démocratie lui fait mal. Et il a bien l'intention de le faire savoir au monde urbi et orbi. C'est ça que le pouvoir, montant sur ces chevaux de bois d'une démocratie usurpée, appelle complot. Est-ce raisonnable qu’un pouvoir que tout le monde sait usurpé se permettre de jouer les gardiens du temple de la légitimité démocratique ? Ce n'est pas parce qu'on est en politique qu'il faut prendre ses vessies pour des lanternes, ses propres mythes pour une référence absolue. À un moment donné même le besoin de lutter contre l'adversaire doit faire la part de la vérité et de la sincérité. On ne peut pas continuer à se mentir à soi parce qu'on peut mentir aux autres. Ce que M. Yayi ne sait pas c'est que les Béninois sont un peuple à sang-froid mais ils sont loin d'être amnésiques.

Aminou Balogun

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