2006/2011 : Psychosociologie du Bilan de Yayi

Les Usages de la Précipitation

 Yayietonne Citez-moi une chose que Yayi Boni n’a pas faite dans la précipitation. Une précipitation qui souvent ruine l’effet de l’initiative ou de la décision. Des mesures sociales dites de gratuité, jusqu’à la confection de la Lépi, en passant par les rodomontades sur l’éradication du kpayo ou l’acquisition d’une turbine à gaz en quelques semaines, longue est la liste des actes précipités ou des décisions de Yayi Boni prises dans la précipitation ou l’improvisation. Souvent, certaines décisions sont annoncées puis annulées l’instant d’après, comme si ce n’était pas le même homme qui en est à la source, ou comme si elles avaient été prises dans un état second ou éthylique. D’autres, parce que difficiles à arrêter ou irréversibles conditionnent pour le pire la marche des choses et la vie des Béninois. Celles qui relèvent d’une bourde véritable restent sans suite, comme si elles n’avaient jamais été prises (par exemple où en est-on avec le nombre de départements : 29 ou 12 ?)

Pour décrire ou dénoncer ce mode de fonctionnement du chef de l’Etat, les mots qui viennent souvent sont : Précipitation, Impréparation, Improvisation, Navigation à vue, Tâtonnement, Manque de programme d’action, Absence de vision, Cafouillage, etc. Mais quand on regarde bien, on constate que les trois premiers mots ont une connotation psychologique forte, tandis que les quatre suivants connotent ce qu’on pourrait appeler la méthode d’action de Monsieur Yayi ; enfin le mot « cafouillage » semble situer à la charnière de la psychologie et de la méthodologie. Cette division sommaire entre psychologie et méthodologie dans le fonctionnement de Yayi Boni s’articule à un caractère et une personnalité. Dans l’étude qui va suivre, nous appellerons « Précipitation » ce caractère et nous essayerons de mettre en lumière ses usages politiques, ses implications éthiques et sa surdétermination idéologique.

Tout d’abord, considérons ici une liste d’actes ou de décisions de Yayi Boni entrant dans ce cadre.

I. Actions et décisions marquées par la Précipitation

 

 

 

Actions et/ou Décisions

Conséquences, Dénouement et/ou suite

1

« Gratuité » des soins de santé pour les enfants de zéro à cinq ans

Crée plus de problèmes qu’elle n’en résout

2

« Gratuité » de la scolarité maternelle et primaire

Crée plus de problèmes qu’elle n’en résout

3

Promesse d’éradiquer le kpayo

Gesticulation et renoncement, face à la complexité socioéconomique du problème

4

Présumé Attentat contre le Chef de l’Etat à Ouèssè

Aucune suite ; affaire classée

5

Construction d’un aéroport à Tourou

Affaire bloquée, source de corruption

6

Panne d’essence de l’hélicoptère présidentielle

Danger évité appareil ravitaillé in extrémis

7

Mise sur satellites de l’ORTB

Initiative sans pertinence, voire dépassée

8

Projet dit « palmier à huile » initié avec un opérateur économique malaisien

Bluff, coup d’épée dans l’eau

9

Projet d'acquisition des turbines à gaz décidé en conseil des ministres

Rêve, Rodomontade, Usine à gaz

10

Confection de la Lépi

Réalisation à marche forcée, au mépris de la dimension de concertation inhérente

11

Convocation du corps électoral en un temps record

Décision inconsidérée, au formalisme délibéré, fonctionnel et téléologique

12

Noria de poses de 1ère pierre

Rituel sans lendemain

13

Projet « Révolution verte » et acquisitions de machines agricoles

Charrue avant les bœufs ; aucun résultat en dehors de la corruption et du gâchis

14

14 Milliards injectés dans la filière Coton sans en enrayer la chute vertigineuse

Chute inexorable ; Aucun résultat palpable en dehors de la corruption et du gâchis

15

Ordonnance de mise en exécution, sans contrôle préalable d’un collectif budgétaire de 197 Milliards

Décision autoritaire, et irresponsable

16

Annonce de journées fériées la veille du jour-même

Décision autoritaire, fait du prince

17

Mise en prison du Ministre A. Zinzindohoué dans l’Affaire ICC-Services

Décision autoritaire, en violation des règles et procédures Constitutionnelles

18

Demande de la démission de Bio Tchané de la BOAD

Décision autoritaire, fait du prince

19

Sorties diplomatiques improvisées

Tourisme diplomatique, bon plaisir

20

Marchés ou contrats de gré à gré

Contrats mal réalisés ; promotion de l’irrégularité

 

II. Observation et analyse

Certaines de ces décisions sont volontaires d’autres compulsives. Dans les deux cas, elles trahissent le tempérament autoritaire du Président Yayi Boni. Sa tendance à confondre vitesse et précipitation, le peu de cas qu’il fait des règles et des formes régissant l’organisation de la vie politique et sociale dans une démocratie. Le sentiment que sa volonté personnelle prime les règles ; et le fait d’avoir été élu à une forte majorité en 2006 semble avoir contribué à débrider ses élans autoritaires.

Pour ce qui est des actes involontaires, la précipitation, et l’improvisation ne sont pas des traits isolés chez Monsieur Yayi Boni, mais correspondent, comme traits personnels, à son caractère idéologique, qui est l’autoritarisme. Présenté comme pragmatisme, les élans impulsifs de Yayi Boni, tendent à imposer la justification des moyens par la fin. Mais dans la mesure où en dehors des jeux de hasard, la précipitation, et l’improvisation n’aboutissement le plus souvent qu’à l’échec, au gâchis et à la perte de temps, sa méthode, si ce mot peut convenir à une attitude aussi peu ordonnée, est bien ce que Me Adrien Houngbédji a qualifié de « navigation vue. » On peut certes concéder à Monsieur Yayi Boni qu’étant nouveau dans le métier de Président de la République, n’ayant jamais été dans la politique avant son élection en 2006, il a beaucoup à apprendre ; et que son mode de fonctionnement peut se comprendre sous la logique d’ « erreur et rectification. » Or le règne de Yayi Boni n’a été qu’un chapelet sans fin d’impréparations, de décisions hâtives et mal conçues ; et sous prétexte d’être président de la République, loin d’améliorer sa façon d’agir, l’élève s’est refusé à admettre ses erreurs et n’a de cesse de les récidiver. Dans ses conditions, la justification de la manière de faire de Yayi Boni par la logique d’« erreur et rectification » ne saurait être pertinente, car nous avons affaire à un sujet qui administre et revendique en toute conscience ses actes et sa manière d’agir.

Parfois aussi la précipitation, l’improvisation, même si elles sont une seconde nature chez Yayi boni ne sont pas subies mais volontaires. Elles traduisent le mépris de ses interlocuteurs, du bon sens et de la loi. Et elles visent à établir un consensus frauduleux, ou à mettre ses adversaires devant le fait accompli. Ainsi la Lépi à marche forcée a l’intérêt d’être aussi une Lépi truquée c’est-à-dire une Lépi sur mesure. Donc le fait qu’elle soit faite dans la précipitation n’est pas un hasard, mais un choix. Il en est de même de la convocation du corps électoral dans des conditions de manque de temps quasi insurmontables et sauf miracle, génératrice d’imbroglio constitutionnel. Or cet imbroglio constitutionnel peut bien être exploité à des fins de troubles ou de coup d’Etat, par un président qui ne craint pas de faire des appels du pied à l’Armée dont le moindre n’est pas la soi-disant célébration de cinquantenaire ambiguë pour ne pas dire douteuse.

III. Typologie de la Précipitation chez Yayi Boni

1. La Promesse d’éradiquer le kpayo

« À son avènement au pouvoir en 2006, le gouvernement du Président Boni Yayi avait fait de l’assainissement de la distribution des produits pétroliers l’une de ses priorités. A l’époque, le drame de Porga était considéré comme l’accident de trop. Le gouvernement a donc profité de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. De quoi faire taire les critiques qui l’accusaient de vouloir assainir le marché sans proposer de mesures d’accompagnement. D’un côté, la première mesure et d’ailleurs la principale, a été de rendre l’essence moins chère et disponible dans les stations services. Mais de l’autre côté, les revendeurs avaient plus d’un tour dans leur sac. Ils font passer eux aussi le litre à la table à 300 francs ; le marché nigérian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimée à la tendance baissière du marché international.
Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer ces « koweit cities » qui ne font toujours pas la fierté du pays. Réponse du berger à la bergère, les revendeurs du «kpayo» déclenchent alors une grève générale d’une semaine.
Pour ces acteurs qui gèrent plus de 70% du réseau de distribution des produits pétroliers au Bénin, il s’agit d’un signal pour démontrer leur force de frappe. Les conséquences sont apparues aussitôt : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du «kpayo», la situation étaient encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un verre d’eau. L’opération s’est soldée par un véritable fiasco à l’instar de l’initiative de la CONAMIP (commission nationale d’assainissement du marché des produits pétroliers) sous le régime de Kérékou.
Le gouvernement, dos au mur, décide de changer son fusil d’épaule. L’Etat a été obligé de ramener les acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour avoir des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eues avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quant aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station.
Comme si de rien n’était, les « Koweït cities » ont repris du service. Aujourd’hui, cette lutte semble, une fois encore tournée en faveur des revendeurs d’autant qu’ils exercent allègrement au nez et à la barbe des forces de l’ordre. La preuve que les priorités du gouvernement ont changé, aucun communiqué officiel n’a été publié sur la mort des citoyens qui ont perdu leur vie du fait de la persistance du transport anarchique de l’essence frelatée. Pas de campagnes de sensibilisation sur les dangers liés à la vente de l’essence frelatée. Pas de débats, pas d’entretien d’experts pour permettre aux Béninois de prendre conscience des méfaits du phénomène ». [source]

Le modus opérandi de la précipitation relève de la réactivité émotionnelle. A la suite d’un fait qui soulève une vive émotion, le président agit de façon émotive et annonce son intention d’éradiquer le kpayo ; et ce sans aucune préparation, aucune analyse du phénomène, aucune prise en compte de sa complexité socioéconomique. Partant d’un bon sentiment, le Président fait les frais, et le pays avec lui de son autoritarisme bien pensant. Dans cette catégorie d’actes ou de décisions réactifs on peut classer la décision de doter le pays d’une turbine à gaz en quelques semaines ou l’annonce d’un présumé attentat contre le Chef de l’Etat à Ouèssè. Encore que ce dernier fait – l’annonce mais non l’attaque – qui peut bien avoir été l’œuvre de coupeurs de route qui pullulent dans le secteur –en dépit de l’élément de réactivité à caractère émotionnel, au vu de sa suite inexistante, peut relever d’une manipulation d’un bout à l’autre à des fins électorales.

2. La Soi-disant « Révolution verte »

Yayi Boni a engagé 7 à 10 milliards de Fcfa pour acheter des machines agricoles et des essoucheuses. Le but déclaré est de produire davantage. Ces machines agricoles sont censées servir sur des superficies assez grandes. Donc avant de prendre la décision d’aller acheter des machines agricoles, il y a un certain nombre d’actes à poser d’abord. :

  1. Identifier les terres et leurs propriétaires.
  2. Ensuite, réaliser des études pédologiques et s’assurer que la qualité des machines est en adéquation avec celle des terres. Si les essoucheuses doivent arracher la partie vivante des terres, cela ne sert à rien.

Or rien de tout cela n’a été fait et des machines ont été importées dans des conditions réglementaires plus que douteuses, sur la base de contrats de gré à gré avec des sociétés ad’ hoc ; et à la clé des malversations et d’immenses détournements de deniers publics. Toutes choses qui font l’objet d’une dénonciation sans concession de la part de l’honorable Janvier Yahouédéhou. Dans cette affaire, le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs. Et comme l’a dit à juste titre Me Adrien Houngbédji, ce qui est à craindre c’est de voir s’installer dans nos paysages « un cimetière de ferrailles, parce que les machines n’auront pas pu être utilisées. Ou bien alors nous allons nous trouver devant un autre scandale où nous nous apercevrons que des machines ont été achetés avec en arrière-pensée un autre but que la modernisation de notre agriculture. » Et c’est là où on touche à l’aspect téléologique de la navigation à vue ; à savoir qu’il est utilisé sciemment à des fins clairement connues à l’avance – ici, la corruption et le détournement des biens public dans le but de rétribuer des services ou une clientèle politiques.

Dans cette catégorie, on peut classer une décision comme le fait d’injecter 14 milliards dans la filière coton sans qu’aucune stratégie ne fasse l’objet ni d’une étude approfondie, ni d’un accord politique ; mais le président a agi de façon occulte, du haut de son aura de banquier Docteur en économie, à qui le pays pouvait faire confiance en pareille situation. Mais les résultats catastrophiques de cette décision qui a n’a pas su enrayer la chute de la production cotonnière prouve que Yayi Boni a abusé de tout le monde, y compris de l’idée surfaite de l’éminence de ses connaissances ou expérience en économie du développement. Toutefois les 14 milliards injectés en pure perte n’ont pas été perdus pour tout le monde ; car il est permis de d’imaginer qu’ils ont été récupérés en grande partie par des obligés politiques ou des amis financiers du Président.

3. La Confection d’une Lépi à marche forcée

La Liste électorale permanente informatisée (Lépi) est un nouveau concept apparu au Bénin en 1998. Diverses études de faisabilité ont été menées avec l’appui des partenaires au développement techniques et financiers pour son établissement. Mais, aucune des tentatives n’a pu aboutir faute d’une volonté politique partagée par l’ensemble des acteurs.

La dernière étude en date est celle réalisée en 2008 sous le co-parrainage du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Union européenne (UE). Il ressort de ses conclusions qu’il était impératif de réviser les procédures légales d’inscription des électeurs et de mettre en place des structures consensuelles de gestion du processus. L’étude précise, en outre, les conclusions critiques de réalisation de la Lépi à savoir : la volonté politique, son opportunité, le consensus sur son contenu et les modalités de gestion, l’établissement d’un cadre juridique adapté, une vaste opération de sensibilisation et la nécessité de recourir à une expertise suffisante en administration électorale, en biométrie et en gestion des processus électoraux.
La relance du dialogue politique au plus haut niveau, la contribution des partenaires techniques et financiers ainsi que celle de la Société civile ont permis d’enclencher une nouvelle fois le processus. Des députés à l’Assemblée nationale ont alors élaboré une proposition de loi qui a été adoptée à la majorité des parlementaires. C’est la loi n° 2009-10 du 13 mai 2009 portant organisation du Rena et établissement de la Lépi. Elle est le fruit du consensus que la classe politique béninoise n’avait jamais obtenu auparavant mais qui est devenu une réalité avec l’adoption de ce nouveau cadre légal, unanimement salué par les partenaires et financiers du pays.

Plusieurs phases interviennent dans la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi). Dans un premier temps, il y a l’étape de la cartographie censitaire qui est une phase de collecte de données géographiques destinées à la confection de la carte électorale et à la planification des moyens logistiques, humains et techniques.  Une fois cette étape achevée, on commence la phase du recensement porte-à-porte. Elle consiste à faire un recensement des Béninois âgés de 08 ans et plus dans leurs ménages respectifs. Les agents recenseurs se déplacent vers les citoyens dans les ménages respectifs et non l’inverse. Un  récépissé est délivré aux citoyens après leur recensement. Après, vient la phase de l’enregistrement. Elle consiste en une inscription volontaire des citoyens ayant été recensés lors du porte-à-porte, et se déroule dans les centres de collecte ouverts dans chaque village et quartier de ville. L’opération vise à vérifier l’exactitude des données collectées lors du porte-à-porte et permet de capturer la photo et les empreintes digitales des deux mains, enregistrer des informations individuelles ayant trait à l’identité physique comme : la couleur des yeux, des cheveux, le teint, les signes particuliers et la taille.
Après le déroulement de ces différentes phases, la commission politique de supervision et la mission indépendante de recensement électoral national approfondi passent à la phase de traitement des données, à l’extraction de la liste, à son affichage, à la délivrance des cartes d’électeurs sécurisées.

Durant la réalisation de chacune de ces étapes, l’opposition n’a cessé de dénoncer la précipitation, les dysfonctionnements, les anomalies, les monstruosités dont la confection de la liste a été truffée. Elle n’a cessé de demander que le processus de réalisation de la Lépi soit conduit de façon consensuelle. A sa demande et sur l’instigation des partenaires techniques et financiers, un Groupe de travail sur la Lépi a été mis sur pied. Ce groupe a, dans un rapport, fait des préconisations pour une réévaluation corrective systématique des étapes de confection de la Lépi. Mais par une série de subterfuges dilatoires et de jonglages juridico-politiques dont le pouvoir a le secret, ce rapport a été mis entre parenthèses. Dans le même temps la Cour Constitutionnel après un harassant ping-pong juridique avec l’Assemblée est parvenue à imposer la Lépi comme liste devant servir aux prochaines élections.

Or, une approche plus apaisée à mille lieues de la navigation à vue chère à Monsieur Yayi Boni aurait été marquée par des choix éthiques et techniques au-dessus de tout soupçon. Par exemple le fait que la Lépi soit confectionnée en toute tranquillité et ne serve pas à chaud dans les prochaines élections aurait constitué un gage d’objectivité très appréciable. Et de toute manière, l’exigence de consensus dans la confection d’un instrument censé contribuer à réduire les sources de contentieux électorales et de fraudes aurait dû aller de soi et être érigée en méthode et valeur centrale dans le processus. Or c’est l’attitude contraire qui a prévalu tout au long du processus de confection de la Lépi avec une opposition qui ne cessait de crier pour demander le consensus et un pouvoir qui a fait la sourde oreille ou qui n’a lâché du lest sur la question que pour tout aussitôt charger la barque du refus. Quand on y ajoute la détermination subtile avec laquelle la Cour Constitutionnelle qui jusque-là n’a pas particulièrement brillé par son objectivité décisionnelle, est parvenue à imposer une liste dont la réalisation est sujette à caution comme devant exclusivement servir dans les prochaines élections, on comprend que tout le cafouillage autour de la Lépi est fonctionnel et délibéré. A l’instar de l’indigence chronologique qui caractérise la convocation formelle du corps électoral par le Chef de l’Etat, on peut affirmer que la réalisation à marche forcée de la Lépi, avec tous les dysfonctionnements et anomalies qui vont avec, constitue une utilisation téléologique, donc délibérée de la précipitation.

4. Demande de la démission de Bio Tchané de la BOAD

Cette demande est typique des décisions qui sont motivées par l’excitation du tempérament émotif de Monsieur Yayi Boni. Yayi Boni est quelqu’un qui aime donner des coups, quelqu’un de réactif et de nerveux. Cette violence par le geste ou par les actes est le propre de ceux qui sont à court du verbe ; et le fait d’être à court du verbe explique bien pourquoi le Président est bardé de conseiller à la communication, de porte-parole ici et là ; cette contrariété verbale va de pair chez les sujets nerveux avec une réactivité par le geste ou par l’action qui a fonction d’exutoire. En l’occurrence, Bio Tchané déclare sa candidature à l’élection présidentielle ; Yayi Boni vit cela comme un défi et une menace, d’autant plu grands que les deux hommes sont de même extraction socioprofessionnelle et régionale. Sans attendre, sans réfléchir, au mépris des voies réglementaires requises, n’écoutant que le bruit de ses nerfs en feu, Yayi Boni demande la démission de Bio Tchané. Nous sommes dans le cas d’un usage psychologique brut quasi hydraulique de la précipitation, considérée comme un défouloir. Mais dans cet usage comme dans les autres, pointe la tendance de Yayi Boni à placer sa volonté et ses désirs au-dessus des règles sinon des lois. Dans la même catégorie de défoulement réactionnel on peut classer la décision de Mise en prison du Ministre A. Zinzindohoué dans l’Affaire ICC-Services, qui est une décision prise sous le coup de la peur panique. Donc la peur comme la colère conduisent Yayi Boni à agir de façon réactionnelle et précipitée. Toute disposition contraire à celle attendue d’un chef d’État digne de ce nom.

IV. Conclusion

La précipitation est un trait de personnalité chez Yayi Boni. Psychologiquement, elle traduit le fait d’une contrariété verbale et la tendance à s’exprimer par le geste. Et on est vite passé des gestes à l’acte ou à l’action. Autrement dit, comme Yayi Boni n’est pas un homme loquace, agir chez lui c’est parler. Il fait donc de façon précipitée ce que d’autres se contentent de dire sans faire ; or les paroles s’envolent et les gestes restent : ce n’est pas la même chose d’insulter sa femme que de la battre… Ceci donne une première explication de la précipitation chez Yayi Boni. Ce caractère concentre en lui quelque chose de violent et d’autoritaire ( la violence pouvant être physique et psychologique à la fois) . Dans les types d’actes ou de décisions de Yayi Boni marqués par la précipitation apparaît ( ce qui est une redondance, car l’homme n’agit jamais autrement) la donnée de prise de distance et de violation des règles sinon de la loi. Règle de fonctionnement cohérent pour atteindre le but visé ; ou loi régissant la vie politique et sociale. Dans le meilleur des cas, si on doit conférer une méthodologie au fonctionnement de Yayi Boni, on peut parler de tâtonnement ou de navigation à vue ; mais le tempérament brûlant de Yayi Boni est rebelle à cette qualification. En soi, la navigation à vue n’est pas mauvaise ; dans la marine, elle peut être une méthode idoine durant les tempêtes par exemple. Le caractère de Yayi Boni est au-delà de la navigation à vue proprement dite. Car ce qu’on oublie c’est que celui qui navigue à vue navigue quand même, alors que Yayi Boni lui ne navigue même pas ! Nous avons affaire avec un caractère impulsif, émotif, pragmatique, trahissant un fort complexe d’infériorité, et qui pour le compenser place sa volonté au-dessus de tout, de façon instinctive, comme une seconde nature. Souvent, Yayi Boni n’enfreint pas les règles ou la loi consciemment ; non seulement il les ignore, non seulement son éthique et sa culture n’y sont pas intrinsèquement portées, mais c’est seulement après les avoir violées qu’il se rend compte de leur existence. L’orientation autoritaire de sa gouvernance s’en ressent. Et le peu de cas qu’il fait du respect des règles démocratiques, le peu d’amour qu’il a pour la pensée démocratique, se trouve aux quatre coins de ses actions et décisions. On peut donc parler de surdétermination idéologique et éthique de la précipitation chez Yayi. La précipitation est partout chez lui ; elle sert à satisfaire un désir de toute-puissance, à confondre sa volonté avec la loi, à faire de sa volonté loi. D’un point de vue causal, en dehors de ( et servie par) la détermination psychologique, on peut rapporter la précipitation de Yayi Boni à son penchant pour le populisme qui va de pair avec l’autoritarisme. Le populisme chez Yayi étant exaspéré par les conditions plébiscitaires dans lesquelles il a été élu en 2006 (75% des voix.) Ce score très élevé a donné des ailes à son autoritarisme autistique, et le sentiment d’un pacte direct entre lui et le peuple avec lequel il ne tolère plus l’interférence, même constitutionnelle, d’aucune autre instance, d’aucune autre institution. Et ce pacte a pris dans l’esprit de Yayi Boni un caractère anhistorique et absolu. La représentation égocentrique et enchantée du pouvoir et de son rapport au peuple imprime à sa gouvernance son allure anarchique et installe Yayi Boni sur l’orbite délirante de la tyrannie. Donc c’est pour affirmer la préséance de ce rapport au peuple et le caractère pérenne du pacte électoral que Yayi Boni est subjugué par le populisme ; et le populisme le pousse à rechercher à tout instant l’approbation du peuple à travers une vision héroïque de l’action politique rapportée aux seules volonté et puissance d’un démiurge : Yayi Boni. Cette héroïsation de l’action politique entraîne une gouvernance sur le mode enchanté, l’absence de vision et le culte de la personnalité. En même temps, l’héroïsation de l’action, exclut le peuple, ce qui n’est pas le moindre paradoxe de la précipitation chez Yayi.

Mais la précipitation n’est pas seulement subie, elle est aussi appropriée, maniée, instrumentalisée et retournée comme arme de lutte politique contre ses ennemis. Ainsi, la confection de la Lépi a été menée sciemment dans la précipitation et à marche forcée pour en asseoir les bases truquées, pour la consteller de monstruosités et de dysfonctionnements afin qu’elle produise, le moment venu, le résultat escompté ; de même que les conditions de convocation du corps électoral.

Passe encore l’usage d’exutoire de la précipitation chez Yayi ; le plus grand danger est sa surdétermination idéologique. Le fait qu’elle révèle et affirme un mépris de la démocratie et du respect des règles. Enfin, lorsqu’en toute conscience le sujet manipule lui-même ce caractère comme instrument de lutte politique, nul ne peut savoir les conséquences de cette dérive pour la paix et la cohésion nationales. Le peuple sait et subit au quotidien le coût financier immense, et le gâchis économique de la précipitation chez Yayi Boni, mais qui peut dire jusqu’à quelles dangereuses extrémités l’instrumentalisation cynique de la précipitation conduira le pays ?

Binason Avèkes

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Copyright, Blaise APLOGAN, 2010,© Bienvenu sur Babilown

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4 commentaires

  1. Mon cher Avèkès,
    Le sieur Yayi ne pourra pas changer et il l’a démontré hier dans son discours de csndidature à la magistrature suprême du Bénin. Il va aussi créer un poste de 1er ministre comme le candidat de l’UN l’a annoncé, alors qu’il n’est pas prêt à la délégation du pouvoir. J’espère le peuple béninois ne se fera plus prendre une 2e fois par le changementeur…
    Avèkès vous avez oublié la plus importantes des promesses précipitées de Yayi, à savoir faire passer le Bénin dans les pays émergeants avec une croissance à 2 chiffres…

  2. Merci cher frère, pour tes remarques avisées. Yayi Boni ne changera pas, c’est sûr ; puisque comme c’est montré dans l’étude, ses travers sont des traits de personnalité qui sont déjà solidifiés en lui. Et les Béninois n’ont pas le temps d’attendre qu’un homme change avant de se voir gouverner comme il faut alors qu’ils ont sous la main, d’autres qui n’ont pas – sous le rapport de la personnalité– besoin de changer. On peut changer sa méthode de travail, mais le caractère profond, non ! Dans son discours de candidature, il propose, dis-tu, comme les autres, l’idée de premier ministre, évoquée par Abdoulaye Bio Tchané et A. Houngbédji. Ça veut dire qu’il joue la concurrence à fond. Soit ! Par rapport à la personnalité sombre et polémique de Yayi Boni sous l’angle de la direction d’un pays qui a déjà perdu beaucoup de temps et qui n’a plus de temps à perdre, l’élection présidentielle est un vrai test au Béninois ; test de se dédire par rapport au choix euphorique, spontané et onirique qu’ils ont fait il y a 5 ans, et dont ils n’ont eu que leurs yeux pour pleurer. C’est un test simple, un quasi référendum dont la question serait : « Voulez-vous en votre âme et conscience continuer à tâtonner avec un président instable, menteur, qui est fondamentalement passé à côté de ses promesses, qui n’a pas empêché la misère du peuple, sa division, qui a passé son temps à faire du populisme et à encourager la corruption pour servir ses clients politiques en vue de sa réélection » ? Il semble que la réponse à cette question est massivement claire. Tout le problème est la fraude qui risque de se situer à plusieurs niveaux, à commencer par celui de l’instrument de mesure, la Lépi, qui me semble mal engagé, et dont on se demande comment l’opposition accepte d’aller aux élections avec un machin pareil ; pour après protester quand il sera trop tard ? Cela me paraît irresponsable. Le poisson ne proteste pas après qu’il est pris dans la nasse ; il doit protester avant…
    Merci pour la remarque concernant la grosse promesse de transformer le Bénin en pays émergent avec un taux de croissance à 2 chiffres ! Bien sûr, je ne l’ai pas oubliée ; qui oublierait un truc pareil ? Qui sont les gens qui ont cru à ça ? Ah, c’était le temps du rêve… Et Babilown s’est évertué à le dénoncer, explication à l’appui (notamment dans la série d’articles intitulée « Ou va le Bénin ?) Non ce n’était pas un oubli ; ici, l’étude ne s’appuie pas sur les promesses aussi loufoques soient-elles, mais sur les décisions ou actes concrets… Merci !

  3. Le président dans son discours de candidature a reconnu qu’il s’était trompé, que ce n’est pas 5 ans mais plutôt 10 qu’il faut pour ouvrir la valise de la prospérité avec laquelle il est venu en 2006. Là au moins on ne peut lui reprocher de faire preuve de précipitation. Seulement il oublie de nous dire que cette valise de la prospérité s’est largement ouverte en quelques mois pour un cercle de gens qui gravitent dans sa sphère…

  4. Ma chère Marie-Paule, le Président est élu pour 5 ans ; et si vous prenez l’enrichissement foudroyant de ses amis que vous admettez du bout des lèvres — concession pour entourlouper le peuple déçu et en colère ? — vous verrez qu’il est la conséquence du désir d’être réélu. Donc vous admettez que la seule œuvre palpable de ce type qui nous a fait perdre du temps, Yayi Boni pour ne pas le nommer, a été de chercher à se faire réélire. Nous ne voulons plus de Président dont le seul programme effectif est la réélection… En l’occurrence, une partie des ces valises dont vous parlez a été planquée dans les caisses dorées de chez vous…!

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