L’Art de Benin et l’Art du Bénin

Entre Analogie et Amalgame Artisanat_3

 

Beninedo2_3  L’art Bini est à l’honneur au Quai Branly à Paris. A peine la nouvelle a-t-elle été portée au public que, comme c’est toujours le cas, certains parmi nous, frétillant de joie s’en sont fait l’écho sans demander leur reste et, incontinents, ont commencé à emboucher la trompette

de la fierté, à grand renfort d’amalgame, d’approximations, sans chercher à se poser les bonnes questions. Les Européens exposent souvent les arts Africains et les abordent selon leurs codes et leurs intérêts : combien de fois exposons-nous les nôtres, nous y intéresserons-nous sérieusement, et à plus fortes raison les leurs ? Mais la réponse à ce genre de question est connue d’avance : ventre affamé n’a point d’oreille. La culture est la cinquième roue d’un carrosse qui a déjà du mal à rouler, pourquoi et où trouverait-on les moyens de parler de culture quand on a des problèmes urgents et pressants à résoudre : santé, démographie, éducation, famine, guerres, et j’en passe. Cette problématique de l’art face à la pauvreté supposée des pays africains, leurs contraintes économiques est bien connue ; et sans vouloir la résoudre le moins du monde, ni prétendre en avoir la solution, on ne se lassera pas de dire que la méthode efficace de sa résolution ne réside pas dans l’effacement de la culture en attendant les jours économiques meilleurs, mais dans une conjointe dynamique du progrès où les richesses culturelles et les richesses matérielles s’appellent l’une l’autre. Mais le fait est là, nous avons du mal à brider notre fierté chaque fois que dans leur intérêt général à la chose culturelle, les Blancs en arrivent à se tourner vers certains aspects de nos cultures et de nos arts, paraissant faire à notre place ce qui nous échoie. La chose paraît si naturelle que, nous obnubilant de fierté à courte vue, nous ne nous demandons pas quels sont les motifs de leur intérêt. Quelle anguille historique se cache sous la roche de leur bienveillance ? En matière culturelle ou artistique, nous attendons tout jugement du Blanc et c’est lorsqu’il estime que tel aspect de notre culture est importante que nos yeux se déssillent pour mieux voir nos propres œuvres. De ce point de vue, que d’œuvres émanant de nos histoires sociales attendent d’être reconnues pour elles-mêmes, languissent dans les ténèbres du mépris, parce qu’un ethnologue occidental ne les a pas remarquées, parce qu’un musée européen ne les a pas collectionnées, étudiées et exposées à notre naïve curiosité ? En grande partie, toute une partie du rapport africain à l’art, à la littérature et aux œuvres culturelles est conditionnée par cet attentisme infantile, cette passivité médiatique de soi par l’Occidental, le maître d’hier.

Ainsi dans le cas de l’exposition sur l’art de Benin au quai Branly, à peine le nom de Benin est-il à l’affiche que tous ceux qui, pour une raison ou une autre estiment qu’ils ont partie liée avec ce nom ont embouché la trompette de la fierté. Et, alors que les désignations de Bénin, Benin ou Bini et tous ceux qui, Etats, Nations, ou organisations, peuvent à des titres divers en revendiquer aujourd’hui l’usage ne sont pas à la même distance politique et historique de sa référence originelle, les revendications d’identité, d’assimilation ou de proximité de ce magnifique foyer culturel ne font pas dans la dentelle. Certains non sans malice, s’en donnent à cœur joie de faire de l’amalgame le mode d’information idoine sur un sujet qui, parce qu’il met en jeu l’histoire de l’Afrique méritait un minimum de clarté et de vérité. Sur le plan de la rhétorique pure, l’alacrité avec laquelle l’adjectif « béninois » – un qualificatif pourtant historiquement situé – est pêle-mêle utilisé pour qualifier ce qui concerne le royaume de Benin montre bien le parti pris de l’anachronisme.

Pourtant, en ce qui concerne le nom Benin, cette vérité saute aux yeux. Le nom a de multiples références : géographique, historique, culturelle, politique, intellectuelle, etc.…

Géographiquement, il y a le golfe du Bénin qui abrite notre pays, mais aussi nos voisins : le Nigeria, le Togo, et le Ghana… Le Nigeria porte ce nom en référence au fleuve Niger. Il s’agit d’une référence géographique interne. Mais les références du nom d’un pays ne sont pas toujours internes ni géographique. Ainsi, il est intéressant de remarquer que le Ghana actuel n’a pas de liens géographiques ou historiques directs avec l’Empire du Ghana. Le premier, ancienne Côte d’Or, a été renommé par simple hommage au second. Toutes proportions gardées, tel est aussi le cas du Bénin actuel. Les dirigeants de l’ex-Dahomey, dans les années 70, en mal de dénomination nouvelle pour une nation dont ils estimaient à tort ou à raison que le nom, parce qu’il ne référait qu’une partie du tout, contribuait à retarder son unité, ont jeté leur dévolu sur le Bénin. A l’instar du cas du Ghana, le rayonnement politique, culturel, et géographique du royaume de Benin plaidait pour un tel choix. Mais si le geste de romantisme panafricain par lequel l’ancien Gold-coast a pris le nom de Ghana est un hommage clair à un empire africain, la dénomination de Bénin choisie pour l’ancien Dahomey n’est pas dénuée d’ambigüité en raison même de l’appartenance de notre pays à l’ère géographique, culturelle et politique de l’ancien empire de Benin. On peut aussi se demander si la connaissance de l’histoire et de la culture de Bénin sur laquelle se sont basés nos dirigeants d’alors pour choisir ce nom à notre pays était une connaissance directe ou une connaissance médiatisée par le regard occidental. En clair, depuis que nous avons choisi de rendre hommage à ce royaume dont nous estimions de par la géographie, la politique et l’histoire qu’il pouvait mériter de nos espérances, combien de fois avons-nous traduit cet intérêt dans les faits ? Le Pr John Igue relève la parenté entre la langue edo et le Xwéda. Mais combien de Béninois connaissent la culture edo et combien en ont eu le moindre écho ? Y a-t-il eu jamais une volonté politique de mise en rapport des liens qu’implique cet hommage, en raison même du fait qu’ils étaient fondés dans l’espace et le temps ?

Il va sans dire que cette passivité qui caractérise notre manière d’assumer la dénomination de Bénin ouvre la brèche de l’ambigüité entre l’hommage romantique de type panafricain et la revendication d’identité à caractère historique. Cette ambigüité fait le lit de l’amalgame et de la confusion. Or si les autres s’intéressent à notre culture, ce n’est pas en entretenant la confusion autour de notre histoire que nous pouvons tirer le meilleur de l’éclairage qu’ils nous apportent.

Ainsi, disons le clairement, d’une certaine manière en dehors du nom, le Benin qui est à l’honneur au Quai Branly n’est pas béninois : le royaume du Benin n’a qu’un rapport lointain et lâche avec notre pays, la République du Bénin. Certes ce royaume a été l’un des rares d’Afrique de l’Ouest côtière à avoir atteint une taille importante en dehors de l’influence de l’Islam, et avant tout contact avec les Européens. Son territoire correspond au sud-ouest de l’actuel Nigeria. Et même, sur une carte hollandaise de 1705, réimprimée en 1907, le pays noté grand Benin correspond à la partie du Nigeria située au sud-ouest du fleuve Niger, du Bénin actuel et d’une partie du Togo. Mais par rapport aux grandes dates de l’historiographie béninoise qui démarrent au XVIème siècle, et dans une certaine mesure se concentrent autour du royaume du Dahomey, la création de Benin est bien antérieure. La création du royaume date du XIIIe siècle. La genèse est incertaine, mais certains écrits traditionnels racontent que les habitants d’Edo ont invité le prince Oranmiyan du royaume Yoruba voisin de Ife pour les protéger de la tyrannie des Ogisos. D’autres versions prétendent que le prince Oranmiyan a dirigé une invasion qui a rejeté les Ogisos qui dirigeaient la région depuis -355. Il est généralement admis qu’Eweka, le fils d’Oranmiyan, fut le premier Oba (roi) de Benin.

L’âge d’or de Benin débute avec Oba Ewuare, dit le grand, qui régna de 1440 à 1473. Il commence par renforcer son pouvoir en créant d’autres catégories de chefs pour affaiblir le pouvoir du Uzama, et contrer les factions politiques. Il fait une série de conquêtes : Idah vers le nord, Owo et Akure en pays Ibo, à l’ouest du Niger. Le royaume devient un empire, et Benin City, qu’il fait fortifier, en est la métropole. Le Oba a désormais une nature semi-divine, et Ewuare institue l’hérédité du titre.

Le fils d’Ewuare, Ozolua le conquérant, poursuit l’extension de l’empire. Lagos devient une ville de garnison pour les troupes. En 1486, un autre navigateur portugais, Joao Affonso d’Aviero, entre en contact avec le royaume et des échanges d’ambassadeurs entre les deux pays vont s’établir, ainsi que des échanges commerciaux : le Benin envoie du poivre, des peaux de léopards, de l’ivoire, des vêtements traditionnels, des objets artisanaux de bois et de terre cuite. En échange, il reçoit lunettes, vêtements… et surtout des armes à feu qui favorisent le pouvoir militaire et accélère l’expansion pendant tout le XVIe siècle.

C’est avec le fils d’Ozolua, Oba Esigie, qui règne de 1504 à 1550, que le royaume atteint son apogée, surtout dans le domaine des arts et de la culture. Des explorateurs anglais ont rapporté que Esigie pouvait lever une armée de vingt mille hommes dans la journée, et jusqu’à cent mille hommes si nécessaire. Esigie crée aussi le titre de reine mère pour fêter sa mère Idia; les plus anciennes têtes de reine en laiton, un des chefs-d’œuvre de l’art bini, datent de cette époque.

La première expédition britannique au royaume de Benin date de 1553. Rapidement des échanges commerciaux s’établissent, notamment d’ivoire, d’huile de palme et de poivre, puis plus tard d’esclaves, des prisonniers de guerre vendus par les Bini. Ce marché deviendra tellement florissant que les côtes de Benin seront appelées côtes des esclaves.

L’influence du royaume diminue au XVIIIe siècle sous la poussée des Yorubas à l’ouest, des Britanniques au sud et des Nupes au nord. Cependant, elle reprend de l’essor au XIXe siècle avec le commerce de l’huile de palme.

Dans les années 1880 et 1890, la pression des Britanniques se fait plus forte. Pour préserver l’indépendance du royaume, le Oba restreint petit à petit les exportations jusqu’à ce que celles-ci ne se fassent plus qu’en huile de palme.

En 1897, le lieutenant Phillips demande une audience au Oba Ovoramwen pour signer un traité demandant l’arrêt de la traite des esclaves et des sacrifices humains. Il se rend à Benin City avec un détachement de neuf hommes, alors qu’il n’a pas encore reçu de réponse. Cette venue est prise comme un acte de guerre par les edo et le lieutenant Phillips ainsi que sept de ses hommes sont massacrés.

Les Britanniques lancent une expédition punitive. Une force de 1200 hommes, dirigée par l’amiral Harry Rawson, prend Benin City, détruit la majeure partie du trésor royal et disperse le restant. Le Oba est forcé à l’exil vers Calabar, une lointaine ville du Nigeria. Dès 1897, la province du Warri est séparée du reste du royaume. La guerre aboutit à la fin de l’indépendance du royaume en 1900 où Benin est incorporé dans l’empire colonial britannique à l’intérieur du protectorat du sud Nigeria.

Si le royaume de Benin atteint son apogée au 16ème siècle, le royaume le plus significatif de la République du Bénin actuelle, lui ne commence son épopée politique qu’au 17ème siècle. Et ce à l’issue d’une succession de mouvements migratoires qui déterminent le faciès démographique du Bénin actuel. De 1300 à 1900 environ, trois principaux mouvements migratoires ont eu lieu. Le premier mouvement a été celui des Populations Yoruba du Nigeria. Le second a été celui des populations Ashanti du Ghana, et le troisième, le plus important de l’histoire du Bénin, a concerné les « Alladahonou » de Tado au Sud-Est de ce qui est maintenant le Togo. Ce groupe était conduit par trois frères initialement installés à Allada. Alors que le frère aîné devint Roi d’Allada, les autres s’en allèrent vers 1625 et créèrent deux autres royaumes : un royaume dans l’actuelle région de Porto-Novo et un autre non loin d’Abomey. Vers 1645, le royaume d’Abomey conquit le royaume voisin de Dan et devint ainsi « Danhomè », ce qui signifie dans le ventre de Dan en langue Fon.

Houégbadja, le roi de Danhomè à l’époque, déclara que le royaume continuerait de s’agrandir de génération en génération car chaque roi laisserait à son successeur plus de terre qu’il n’en a héritée. Par conséquent, les Danhomènou se sont battus pour agrandir leur territoire, et chacun des rois a construit un nouveau palais à côté de celui de son prédécesseur, érigeant ainsi une série de palais dans la cité d’Abomey. En 1724, le Danhomè conquit le royaume d’Allada, puis Savi en 1727, sur la côte de Ouidah.

Les Européens commencèrent par arriver dans la région au 18ème siècle. Les Portugais furent les premiers à débarquer, puis les Français et les Hollandais suivirent. Ces Européens furent d’abord accueillis par le roi de Danhomè, étant donné qu’ils troquaient les armes contre les esclaves, permettant ainsi une plus grande expansion du royaume. Les comptoirs commerciaux étaient installés à Porto-Novo, Ouidah et Cotonou. Ces relations se poursuivirent jusqu’au milieu du 19ème siècle. A son paroxysme, le Danhomè s’étendait de la côte Ouest de Ouidah à ses limites septentrionales de la ville actuelle de Savalou.

Avec la fin de la traite négrière en 1848, le roi Guézo du Danhomè commença à développer l’agriculture comme source alternative de prospérité du royaume et à commercer avec les Européens. Le Danhomè devint un grand exportateur d’huile de palme et de tabac entre autres produits agricoles, mais ne pouvait plus, en l’absence de la traite négrière, maintenir le même niveau de supériorité militaire sur les autres royaumes. Ainsi, avant sa mort en 1858, Guézo signa un traité de protectorat français sur Cotonou et Ouidah. Autour de la même période, les Français signèrent un autre traité avec le roi Toffa de Porto-Novo y instaurant un protectorat. Sous le roi Glèlè (1858-1889) plusieurs autres traités commerciaux furent signés entre le Danhomè et les Français, et les accords de protectorat sur les principaux ports furent maintenus. Le successeur de Glèlè, Gbèhanzin se lassa toutefois de l’influence française. En 1889, il perçut des taxes sur leur occupation de Cotonou et refusa de les laisser continuer à occuper Ouidah. Comme conséquence de ce conflit, une bataille éclata à Cotonou et à Porto-Novo en 1890. Cette bataille connue sous le nom de Première Guerre de Résistance, n’a pas duré, mais les deux camps continuèrent à préparer leurs armées, et en 1892, la seconde Guerre de Résistance éclata. Elle dura de 1892 à 1894, lorsque les Français infligèrent une défaite à l’armée du Danhomè et déportèrent le roi Gbèhanzin à la Martinique. Les Français installèrent alors au trône Agoli-Agbo qui régna sous leur contrôle sur le royaume pour les six années suivantes. En 1900, Agoli-Agbo fut déporté au Gabon, marquant ainsi la fin du Royaume de Danhomè. Cette région devint une colonie française dirigée de Paris par le biais d’un gouverneur français.

Comme on le voit, il y a bien une analogie entre les histoires de ces deux royaumes depuis leur naissance jusqu’à leur conquête par les Européens en passant par leur apogée respective ; il n’est pas jusqu’à la prétendue mission de l’ordre colonial en marche ayant pour but de protester contre la pratique du sacrifice humain dans ces deux royaumes qui, à une décennie près, ne participe de cette analogie. Pour autant, ces deux formations politiques, qui semblent régies par le cycle de successions des grands empires, le déclin de l’autre créant les conditions d’émergence de l’autre, sont séparées par une épaisseur historique qui se mesure en siècles. A elle seule, cette épaisseur considérable interdit toute tentative d’amalgame, toute complaisance identitaire, fut-ce au nom de la fierté légitime de tout Africain, et à plus forte raison, de tout Africain issu de la région du golfe dit du Bénin, de voir mettre à l’honneur les magnificences d’une culture et d’un art qui ont connu leur moment de gloire, et qui aujourd’hui font partie des trésors de l’humanité.

C’est sous ce regard anthropologique élargi, et expurgé de tout esprit d’amalgame qu’il faut voir et apprécier l’événement que constitue l’exposition de l’art de Bénin.

Beninedo1_2 Produite par le musée d’Ethnologie de Vienne, l’exposition Bénin propose de découvrir les chefs d’œuvre de l’art de cour du Royaume de Bénin. Cette exposition rassemble, pour la première fois en Europe, des collections provenant principalement d’Angleterre, d’Allemagne et d’Autriche. L’ensemble de ces œuvres, d’une remarquable unité historique, dessine un vaste panorama de l’art et de la culture du Royaume de Bénin. Bronzes et ivoires mais aussi cartes, manuscrits et chroniques de voyages constituent pour le visiteur autant d’indices de l’immense richesse du passé du Nigeria. Le catalogue de référence de plus de 500 pages, édité pour cette importante rétrospective, inclut une présentation des traditions locales du Nigeria, fait le point sur les recherches de terrain les plus récentes et propose une analyse historico-culturelle et iconographique des objets exposés, informant ainsi sur la signification de ces objets à l’aune de la mémoire culturelle et de leur importance cruciale pour l’identité de Bénin.

Dans la présentation officielle de l’événement par les organisateurs du Quai Branly l’amalgame est induit par un certain relâchement syntaxique qui ne permet pas souvent de faire la différence entre ce qui concerne la République actuelle du Bénin (du Bénin) et le Royaume de Benin (de Bénin). Une telle induction n’est peut-être pas naïve. Cinquante ans après les indépendances, le regard que les anciens colonisateurs continuent de porter sur nos pays reste un regard paternaliste qui tendrait à nier dans les faits notre autonomie pourtant proclamée. Ainsi pour ce fait culturel d’importance qui renvoie a priori à un pays anglophone, la France qui n’est jamais en reste d’une manipulation en Afrique, peut se sentir politiquement et historiquement en retrait ; et le relâchement syntaxique qui affleure dans la communication sur l’événement peut être une manière rhétorique d’élargir le débat au risque d’une confusion regrettable. Si ces considérations ne sont pas entièrement délirantes, loin de tomber dans le panneau d’une fierté qui ne peut être qu’africaine lato sensu, les Béninois, plus que d’autres, doivent éviter l’amalgame et souligner la différence entre l’Art de Bénin et l’Art du Bénin.

Binason Avèkes.

A Voir sur CBS : Royal Art Of Benin

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