Compte Rendu du Procès en Diffamation des Secrétaires Généraux

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COMITÉ DES LUTTES DES TRAVAILLEURS DE L’OUEME-PLATEAU

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COMPTE RENDU DU PROCES EN DIFFAMATION DES SECRETAIRES GENERAUX : LOKOSSOU, TODJINOU CHADARE ET CONSORT CONTRE LE PRESIDENT DU COMITE DES LUTTES DES TRAVAILLEURS DE L’OUEME-PLATEAU, JOSEPH A. AIMASSE

Mesdames et Messieurs les travailleurs de tous les secteurs d’activité,

populations de l’Ouémé-Plateau,

Merci d’avoir répondu à l’appel du Comité des Luttes des Travailleurs de l’Ouémé-Plateau. Merci pour la chaleur militante dont vous avez couvert le camarade Joseph A. Aïmassè, donnant la preuve que vous avez compris tous qu’il s’agit d’un procès contre, non pas Joseph A. Aïmassè, mais l’organisation qu’il dirige, le Comité des Luttes des Travailleurs de l’Ouémé-Plateau.

Que retenir de cette première journée de ce procès en diffamation ?

1. Une forte mobilisation des travailleurs, des populations, des élèves etc. qui ont pris d’assaut le tribunal de Porto-Novo dès sept (07) heures pour soutenir leur responsable traduit en justice pour diffamation par les traîtres que sont les Lokossou, Todjinou, Chadaré et Dovonon ;

2. C’est un procès de la honte et de l’indignation parce que les travailleurs et les populations ne comprennent pas que des secrétaires généraux des Confédérations et Centrales syndicales assignent en justice des travailleurs à travers le Président du Comité des Luttes des Travailleurs de l’Ouémé-Plateau dont le crime est d’avoir dénoncé les responsables syndicaux qui ont unilatéralement arrêté la grève alors que les travailleurs étaient à un doigt de remporter la victoire. Cela dépasse tout entendement et les travailleurs et les populations se demandent, à juste titre, quelle cause sert cette assignation ? Un travailleur qui assigne un autre sur le terrain de combat est-il encore digne de représenter les travailleurs ? C’est ce ras-le-bol que les travailleurs en provenance de toutes les régions du pays, sont venus crier au tribunal de Porto-Novo, ce matin, en soutien à leur camarade Joseph A. Aïmassè ;

3. L’absence des plaignants au tribunal, ce matin, ne serait-elle pas due à la peur de ces messieurs d’affronter les travailleurs et populations mobilisés ?

4. Le procès est reporté au 10 décembre 2014 parce que les plaignants n’ont pas fait les formalités d’ouverture du dossier. Quant aux travailleurs et aux populations, ils se sont congratulé avec le ferme engagement d’être au prochain rendez-vous plus nombreux et plus déterminés pour faire honte aux chefs d’entreprise revêtus de peau de chefs syndicalistes en milieu travailleur.

Quelles leçons tirer de cette journée ?

Que les travailleurs sont toujours sur pied de guerre et n’entendent pas se laisser divertir par des gens dont les intérêts sont opposés aux leurs et qui viennent de jeter définitivement le masque par cette assignation et on peut les percevoir aujourd’hui, plus aisément, comme des représentants du pouvoir de Boni Yayi au sein des travailleurs. En conséquence, ces derniers doivent se donner tous les moyens nécessaires pour les chasser de la tête de leur organisation syndicale. C’est à ce prix et à ce prix seulement que les travailleurs pourront s’émanciper et se donner le pouvoir à leur profit, le pouvoir des travailleurs et des peuples.

Alors au combat !

Pour le Comité des Travailleurs de l’Ouémé-Plateau

Porto-Novo, le 26 novembre 2014

Signature illisible

Benoît TCHARO

   

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Jonathan Pris la Main dans le sac de la Pub électorale Déguisée

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L’Affaire concerne l’émission d’un nouveau billet de 100 Naira. En dehors du fait que le billet serait techniquement difficile à falsifier, on ne sait pas pourquoi le gouvernement a décidé d’émettre ce nouveau billet, pourquoi maintenant, à quelques mois des élections, et pourquoi Jonathan lui-même y accorde une importance démesurée à travers toute une cérémonie de lancement, etc.

Mais l’opinion ne s’est pas foulé la cervelle pour s’apercevoir que le pot aux roses tourne autour de la photo d’Awolowo qui est sur une face du billet.

Awolowo, le père fondateur de la politique moderne en pays yoruba, symbole fort de référence à tout un peuple. Donc mettre son image sur un billet de banque à quelques semaines des élections est payant ; d’autant plus payant que les Yoruba ont culturellement un faible pour l’argent, et en font une valeur (Owodé, Owolabi, autant de noms de personnes et de lieux qui célèbrent les bienfaits de l’argent, sans états d’âme et sans complexe).

En clair, il s’agit d’une publicité électorale détournée, qui exploite le pouvoir régalien du chef de l’état et un bien commun pour atteindre des objectifs personnels.

Mais le montage et l’utilisation de ce support du billet de banque à des fins de publicité électorale ne s’arrêtent pas à la seule figure du grand leader Awolowo, pas moins qu’elle ne s’adresse aux simples Yoruba ; mais, au-delà d’eux et parmi eux, aux chrétiens. C’est ainsi qu’un signe apposé sur le billet, qui se trouve en face de la photo d’Awolowo, sous prétexte d’être un signe de sécurité, figure in fine une étoile de David. Il faut dire que l’Association musulmane qui lance l’accusation et accuse Jonathan d’être un antimusulman ne manque pas de raisons à l’appui de sa défiance. En effet, en chrétien fervent, Jonathan considère Israël comme une terre de pèlerinage, pour aller aux sources de sa foi chrétienne. Il y a quelques mois, à la tête d’une forte délégation, le président Nigérian a effectué un pèlerinage fort médiatisé en terre d’Israël. Et sa campagne électorale prochaine a déjà programmé un nouveau circuit en terre d’Israël encore plus médiatisé.

On comprend donc pourquoi, le MURIC, l’association musulmane qui a détecté le pot aux roses accuse Jonathan d’être antimusulman ; car en plaçant l’étoile de David devant la figure d’Awolowo qui est lui-même chrétien, il donne l’impression d’avoir choisi et de s’adresser aux Yoruba chrétiens par opposition à leurs frères musulmans. Et cette intrigue de division est perçue comme un mépris sinon une haine à leur égard.

Binason Avèkes

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Pourquoi Yayi Boni Avait-il Besoin de Prisonnier Politique ?

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étèwutu.com (déjà publié en 2008)

 

Pourquoi Yayi Boni a-t-il Besoin de Prisonnier Politique ?

D’entrée, on dira que c’est pour se faire les dents. Le jeune chiot s’initie à sa vie de carnivore en apprenant à se faire les dents sur un os, avec ou sans relief, moelleux ou sec. Il s’agit de se conférer une certaine normalité en rapport avec l’idée que le Président se fait du Pouvoir Africain. Une idée intériorisée  et qui va devenir réalité.

Pour cela, il convient de frapper fort et, à travers le choix du prisonnier, faire d’une pierre deux coups. C’est pour cela que le président utilise Séfou Fagbohoun comme bouc émissaire de cette nécessité, à la fois pédagogique et médiatique. Certes, Séfou Fagbohoun, n’était pas d’entrée de jeu le modèle de ce qu’on appelle prisonnier politique. L’homme d’affaire était aux prises avec la justice dans le dossier de la vente de la Sonacop. Il lui était reproché, entre autres choses, d’avoir, par un tour de passe-passe, acheté une Société d’état avec l’argent de l’état. Formulée ainsi, l’accusation était à la fois simple, démagogique et à forte charge populiste. Il n’en fallut pas plus à Yayi Boni pour sauter sur l’occasion, certes avec l’espiègle bénédiction d’un Kérékou qui n’était plus en odeur de sainteté avec l’homme d’affaire d’Adja-ouèrè, élu bouc émissaire de la lutte contre la corruption. Politique ou pas, – encore que l’étiologie de la corruption sous nos cieux est d’essence politique, – le régime naissant tenait son prisonnier. Objet transactionnel presque magique de l’image de terreur nécessaire pour mener à bien la politique de changement promis. Car quoi, imagine-t-on un président désireux de changer les hommes et les choses dans un pays africain, et qui n’inspirât pas la crainte ou n’incarnât pas lui-même ce que l’état dont il est le chef concentre de violence et d’arbitraire ? Tel est l’état d’esprit de Yayi Boni et qui rend raison de sa pédagogie de l’incarcération.

En embastillant Séfou Fagbohoun, Yayi Boni réussit une opération d’une grande portée médiatique et idéologique. Il marque son territoire par rapport à la thématique de l’impunité, donne un aperçu de son tempérament, et lance un signal fort aux pilleurs de l’économie, passés, actuels ou futurs. Tout cela n’est pas sans rappeler la fameuse promesse de « faire rendre gorge » aux fossoyeurs de l’économie nationale d’un de ses prédécesseurs de marque, promesse restée hélas lettre morte.

Ayant surfé sur la vague blanche du prude chevalier de la corruption, vague purificatrice censée balayer tout sur son passage, Yayi Boni a progressivement été amené à lâcher du lest. De fait, au fur et à mesure de la nécessité d’étendre son pouvoir pour mieux s’imposer à ses adversaires supposés dont la seule existence le hante jour et nuit, Yayi Boni a commencé à mettre pied dans le marécage vicieux de la corruption et du détournement. D’abord, ouvertement pour de bonnes raisons. Le travail de Président de la République en Afrique ne peut se passer d’écarts vis-à-vis des règles ordinaires de transparence financière. C’est l’hypertrophie de la dimension régalienne du pouvoir africain qui fait à la fois son intérêt pour ceux qui y aspirent et son efficacité. Entre autres dictateurs ayant prospéré en Afrique, nul n’incarne mieux que feu le Président Houphouët Boigny cet alliage autoritaire d’accaparement criminel et de paternalisme bon enfant dans la gestion des biens publics. 

L’hypertrophie de la dimension régalienne du pourvoir présidentiel est la chose la mieux partagée dans la sphère politique africaine, et sa naturalisation a pour elle de bonnes raisons, touchant au bon sens, et aux réalités – culturelles, sociologiques et économiques du continent. Dans ces conditions, pour Yayi Boni qui a mis lui-même le pied dans le marécage de la corruption, la question qui se pose est celle-ci : comment rester crédible en continuant de faire de la détention d’un homme d’affaires le symbole de la lutte contre la corruption, à défaut de la caution de la violence symbolique de l’état ? Comment un voleur certifié conforme à d’autres peut-il faire de la lutte contre le vol le crédo de son action ? Certes, depuis Robin des Bois, on sait que certains vols sont moins condamnables que d’autres, mais le peuple, contrairement aux dirigeants, ne trouvent in fine aucun intérêt dans la gestion patrimoniale des biens publics ; gestion à laquelle le Président Yayi a souscrit avec passion. Toutes ces raisons plaidaient pour l’élargissement de Séfou Fagbohoun. Un élargissement qui, loin d’être altruiste ou humanitaire, était opportun sinon opportuniste, dans la mesure où les difficultés politiques du Président pour maintenir sa majorité à l’Assemblée lui faisaient escompter un soutien décisif de la part de son ex-geôlier. Or la majorité devenait insaisissable. Au mépris de cette évidence, et dans l’espoir aveugle de ressouder sa mouvance, le président élargit son honorable geôlier.

Quand le chiot perd son premier os, il n’a de cesse d’en trouver un autre car il a toujours besoin de se faire les dents. L’homme Yayi a des penchants autoritaires et l’ivresse des 75% de son élection en mars 2006 est tenace. A ses yeux, ce plébiscite dont le sens est mal compris lui donne tous les droits, y compris celui de laisser libre cours à ses penchants dictatoriaux. L’obsession d’être réélu marquant tous ses faits et gestes, ses élans et excès, le Président pense qu’elle dépend moins de son bilan que de son image ; et celle-ci, déconnectée de la réalité, fait l’objet d’une construction passionnée et d’une attention de tous les instants. Dès lors, tout ce qui par cette image peut contribuer à sa réélection est bon à prendre ; comme tout ce qui l’égratigne ou attente à sa sécurité est à combattre avec une vigueur qui, à l’œil de l’observateur non averti, peut paraître déplacée ou disproportionnée.

Dans la recherche du prisonnier qui doit prendre le relai et fournir la caution nécessaire de l’image de Yayi-le-terrible, le Président n’a pas hésité au début de son règne à mettre en prison deux journalistes. Ces malheureux étaient accusés justement d’avoir égratigné l’image du Président en parlant de la santé mentale d’un de ses rejetons dans une allusion ressentie comme injurieuse. Mais le tollé soulevé par cette affaire et les griefs retenus contre les pauvres plumitifs n’étaient pas de taille à justifier d’en faire des prisonniers politiques dignes de ce nom, aussi les libéra-t-on. 

Cet incident était révélateur de la psychologie d’un homme à la fois avide de reconnaissance mais redoutant d’être mis à nu dans ses vices et travers, un homme qui aime d’autant voir magnifier son image publique, qu’il a une sainte horreur des indiscrétions sur sa propre personne et sa vie secrète. Cette tension entre le donner à croire/voir et la réalité cachée, qui est le propre de ceux qui aiment en mettre plein la vue aux autres, exaspérée à l’extrême, peut aussi expliquer pourquoi Yayi Boni a besoin d’avoir un prisonnier politique. A cela s’ajoute l’éthos de l’homme, son habitus, ses références en termes de personnalités politiques, sa culture pour ne pas dire son inculture, sa vision du monde, pour ne pas dire son manque de vision (en effet, malgré la bonne volonté laborieuse du Président, la vision du monde ne saurait se limiter à la construction de deux ponts et trois chaussées sur fond de tohu-bohu plébéien et de publicité excessive.) 

Le paradoxe de l’image de Yayi Boni est qu’il apparaît comme un homme politique nouveau, sans corollaire, une sorte de cheveu sur la soupe politique ambiante. Mais en réalité, il s’agit d’un homme qui a longtemps ruminé dans le secret, fantasmé et œuvré dans l’ombre pour se trouver là où il est aujourd’hui. Il est peut-être « nouveau » mais sa présence là où il est n’est pas le fait du hasard, mais le fruit d’un long désir et d’une secrète élaboration. Et ce chemin d’ombre est aussi un chemin intérieur fait de fantasmes, de rêves, d’intériorisation de modèles qui sont d’autant plus surannés qu’ils ont éclot dans la solitude et la frustration qu’impose le secret. Tout ceci explique l’anachronisme obscur des références et modèles de Yayi Boni.

Le Président Soglo n’a pas tort lorsqu’en une formule cinglante, il renvoyait Yayi Boni à ses modèles qu’étaient, selon lui, les Eyadema, les Mobutu et autres Pinochet, dictateurs bien connus.

Ce constat parle de lui-même car à travers ses actes, jusques et y compris tout le folklore qui les entoure, le timonier du changement n’a de cesse de faire comme ses modèles de référence, aussi déphasés soient-ils. Or folklore mis à part, pour ces modèles que son Eyadema ou Mobutu, quoi de plus normal que d’avoir des prisonniers politiques ? Comme le dit Aldous Huxley, avoir des poux dans ses cheveux n’est pas toujours une mauvaise chose car c’est aussi un compliment à la qualité de notre sang. Pour l’apprenti dictateur, un prisonnier politique dans le contexte de la démocratie ne fait certes pas bon effet, mais son usage psychologique et politique est inestimable et sans comparaison. Dans sa naïveté de novice politique, Yayi Boni n’est pas sans penser qu’avoir un prisonnier politique est une chose qui fait classe, et qui donne une certaine respectabilité fondée sur la crainte ; crainte d’ailleurs que sème sur son sillage la garde présidentielle au gré des bavures qui font régulièrement couler du sang. Car, pense le novice, en politique, plus on se fait craindre, mieux on se fait aimer. 

Compte tenu de tout ce qui précède, on comprend bien qu’ayant été obligé de lâcher la proie pour l’ombre dans un premier temps ; après avoir laissé filer quelques anguilles qui étaient trop lisses pour se laisser attraper longtemps, Yayi Boni soit obligé de se rabattre sur un poisson solitaire de lagune de taille et de qualité convenables, en la personne d’Andoche Amègnissè. L’homme avait tout pour jouer le rôle que lui assignait le Président. Ancien député, Président du Parti des Laissés pour Compte (désignation un tantinet populiste dont on peut imaginer qu’elle ait rendu jaloux le grand maître dans l’art du populisme), un de ses détracteurs et dont le temps ne refroidit pas le zèle bagarreur, homme politique légitime mais sans représentativité légale, redoutable communicateur, etc… Il était suffisamment introduit dans le terreau politique pour pouvoir y prendre sol et faire mal, mais pas assez pour qu’une injustice à son égard soit politiquement traduisible. C’est ce poisson des lagunes, homme politique légalement entre deux eaux, que Yayi Boni, après plusieurs mois de recherche acharnée, a choisi comme candidat à la fonction de Prisonnier politique.

Qu’a-t-il fait, le représentant des laissés pour comptes pour mériter cela ? Il aurait, paraît-il, écrit dans un papier non-enregistré que « Yayi Boni bat sa femme. » Crime de lèse-majesté ! Attentat à l’image héroïque du Messie… Crime parfait ; il a suffit de la docilité incroyable de l’appareil judiciaire sous tutelle du Président pour que cette banalité se transforme en un moment décisif de sa politique médiatique de l’incarcération.

Si le Prisonnier politique a un usage politique ; il sied de le dépolitiser autant que faire se peut tout en lui gardant son image politique. Un poids lourd comme Séfou Fagbohoun avait un coût politique élevé eu égard à la tourmente d’émiettement que traversait  la mouvance. Les journalistes ont l’avantage d’être des faiseurs d’images ; de plus ils ne sont pas suffisamment politiques, et ont l’inconvénient d’avoir des relais auxquels sont sensibles « nos partenaires économiques. » Il ne restait plus que le Chef des laissés pour compte. Un homme abandonné de tous, à commencer par les partis dits d’opposition qui n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer de façon abstraite les supposés violations des droits de l’homme par le Président Yayi Boni mais qui, lorsqu’il s’agit de réagir concrètement, se regardent en chien de faïence. Les crimes secrets ont des dieux pour témoins, a dit Voltaire mais l’injustice tyrannique qui frappe notre compatriote Andoche Amègnissè n’a rien de secret et pourtant ses témoins sont aussi muets que des dieux…

Aminou Balogun

   

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Nigéria : Obasanjo Attaque à Nouveau Jonathan

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L’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo est de nouveau entré dans le lard du président Goodluck Jonathan, considérant que la démocratie nigériane est mise en danger par les agissements de son successeur.
S’exprimant à Abuja lors d’un lancement de livre en l’honneur de M. Mustapha Akanbi, premier président de la Commission indépendante contre les pratiques corrompues, M. Obasanjo, qui pour lors présidait la séance, a déclaré que le président Jonathan devrait cesser d’encourager la violence verbale qui peut ne pas faire physiquement mal mais qui est susceptible de dégénérer en violence physique.
M. Obasanjo a déclaré que la plus grande accusation qui peut être portée à l’encontre d’un pouvoir est d’avoir l’air d’essayer par tous les moyens de détruire toute sorte d’opposition, ce qui signifie en fin de compte détruire la démocratie.
«Toute gestion de la vie démocratique sans recours à la force brute ni aux tendances dictatoriales doit être cultivée » a déclaré l’ancien président.
« En tant que leader, vous ne devez pas faire le mal volontairement ou tolérer le mal. Vous devez savoir que vous rendrez compte un jour à Dieu, vous pouvez masquer vos méfaits ici bas, mais devant Dieu, il n’y a pas de masque qui tienne ».
L’ancien président a également parlé longuement sur la façon dont Jonathan gère l’insurrection de Boko Haram, la corruption, l’économie et le chômage des jeunes.
Sur l’insécurité, M. Obasanjo a déclaré que Boko Haram n’est en mesure de «frustrer les efforts politiques de quiconque» et a déploré qu’il ait fallu plusieurs années pour que Jonathan comprenne la menace.
Sur la corruption, M. Obasanjo a dit que le « poisson pourrit par la tête. »
Sur l’économie, a-t-il dit, le Nigeria continuera à s’enfoncer et ce qu’on dit aux Nigérians sur l’état de l’économie n’est malheureusement pas conforme à la réalité.
« L’économie est en plein marasme, pour ne pas dire en régression » a-t-il dit.
L’ancien président a également déclaré que plutôt que d’en être blâmé, il méritait d’être félicité pour avoir aidé une personne d’une ethnie minoritaire à devenir président du Nigeria.

Ces attaques d’Obasanjo, dont la venimosité et le nombre vont croissant sont à mettre au compte de leur relations dégradées depuis quelques mois. Le président Jonathan, rompant avec un supposé pacte d’un seul mandat passé entre les deux hommes et balayant d’un revers de main les mises en garde, conseils et accusations contenus dans une lettre ouverte qui lui fut adressée par son prédécesseur en fin d’année dernière, vient de se déclarer candidat à l’élection présidentielle de février 2015

amené et trad.  par Binason Avèkes

   

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Bénin, Présidentielle : Quand nos Généraux Parlent en Silence

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Il y a un aspect de la rhétorique qu’on peut appeler la rhétorique symbolique, basé sur des sous-entendus ou des suppositions que le locuteur espère son auditoire accepter ou faire siens sans qu’il y ait besoin de les évoquer. Et la force d’un tel discours réside dans l’usage qu’il fait du silence et du non-dit. Ainsi dans les postures qui se prennent dans la perspective des prochaines  élections présidentielles, ce type de rhétorique est déjà à l’œuvre. Dans son aspect fallacieux, il met en jeu  des raisonnements basés souvent sur le sophisme ou le paralogisme. Sans prise de tête, disons que le sophisme est un raisonnement qui cherche à paraître rigoureux mais qui en réalité n’est pas valide au sens de la logique (et cela quand bien même sa conclusion serait pourtant « vraie »). À l’inverse, le paralogisme est une erreur dans un raisonnement, commise si on peut dire de bonne foi.

Ainsi dans la posture des généraux qui au Bénin rêvent de présidence et piaffent d’impatience à cet effet, est mise en œuvre cette rhétorique symbolique.

Il va sans dire que ces généraux espèrent de chacun de nous qu’il les considère comme relevant de la grande lignée des généraux illustres qui, de par le monde, ont marqué l’histoire de la politique ; qu’en tant que généraux, nous penserions qu’ils ne descendent pas de la cuisse de Jupiter, mais au contraire ont de qui tenir ; qu’ils ont derrière eux une longue histoire de généraux hommes d’État sur les traces desquels ils entendent faire leur chemin. Et cela seul suffit pour légitimer leur ambition, la naturaliser de part et d’autre de l’axe du temps.
Quelques exemples suffisent pour faire entendre raison aux sceptiques ou aux ignares, en rupture de ban avec l’histoire
Tenez, le général De Gaulle était général et président !
Napoléon Bonaparte était général et président, enfin empereur pour être plus précis…
Moustapha Kemal, le fondateur de la Turquie moderne, était général et président…
Et, poursuivant leur scansion historique, et pour se faire plus plausible, on imagine que nos généraux béninois n’oublieront pas de mentionner l’exemple nigérian. Ainsi, d’un ton sûr d’eux, ils diront en chœur : « même plus près de nous… »
Et oui, plus près de nous en effet, au Nigéria, Obasanjo a été général et président…
Donc suivez mon regard, nos généraux n’ont pas à rougir–pour peu du reste qu’ils le puissent–d’entrer dans l’arène de la présidence, puisque bien avant eux, toute une lignée de généraux célèbres ont donné leurs lettres de noblesse aux noces fécondes entre le généralat et la présidence.
Seulement voilà, le raisonnement a comme un défaut à la cuirasse. En effet tous les généraux que dans leur rappel historique pompeux nos postulants à la magistrature suprême ont cités, comme ceux qu’ils ont omis, sont devenus généraux ou ont fait leurs preuves de général sur le terrain de bataille, dans une guerre qui opposait leur pays à d’autres nations. Ils ont conquis et mérité leur grade à la sueur de leur front et parfois, au sang de leurs veines.
Moustapha Kemal était surnommé le « sauveur des Dardanelles » et considéré comme un héros militaire dans son pays. Le général De Gaulle en France, est l’homme de la résistance et du non à la soumission aux Allemands. Ne parlons plus des faits d’arme nombreux de Napoléon Bonaparte.
Et, pour utiliser la même formule que nos généraux rhéteurs, « plus près de nous » Obasanjo a été l’un des hommes clés de la guerre du Biafra…
Autrement dit, les généraux présidents auxquels il est fait référence ici ont tous conquis ou mérité leurs titres sur le terrain où ils ont aussi démontré leur capacité de meneur d’hommes.
Alors, quelle guerre le Bénin a jamais fait contre quel pays et au cours desquelles ces généraux ont conquis leurs galons pour vouloir nous diriger ? Tout le monde sait du reste que depuis dix ans Yayi Boni tire un plaisir idiot à nommer et grader qui il veut dans l’armée, à faire des généraux à sa guise et selon son bon plaisir. Peut-on comparer ces généraux de papier à De Gaule, Napoléon, Atatürk, ou même à Obasanjo ?

A l’évidence, nous sommes en pleine rhétorique symbolique. Et le raisonnement mis en lumière ici est frauduleux, plus près du sophisme que du paralogisme. Raison de plus pour se méfier de ces généraux de papier comme de la peste.

Adenifuja Bolaji

   

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