Afrique noire : une brève histoire des avatars de la domination blanche

D’abord, nous fûmes des OAM : Objets-Animal-Maechandise. Pendant quatre siècles, ils nous ont capturés, vendus, achetés et traités comme des animaux. Puis les machines sont venues concurrencer nos bras. L’esclavage a reculé, non parce qu’ils avaient découvert notre humanité, mais parce que le monde avait changé et que d’autres formes d’exploitation devenaient possibles.
Nous n’étions plus des animaux, mais pas encore des hommes : nous étions des sous-hommes. La colonisation fut le règne de cette infra-humanité, qui nous plaçait assez près de l’humanité pour prétendre nous civiliser, mais trop loin d’elle pour nous reconnaître le droit de disposer de nous-mêmes.
Puis la Seconde Guerre mondiale éclata. L’Europe découvrit sur son propre sol la violence d’une domination raciale et conquérante dont les peuples non blancs avaient longtemps fait les frais. Ses empires sortirent affaiblis de la guerre ; nos peuples, eux, réclamaient leur liberté. Le colonialisme devint plus difficile à maintenir. Il fallut changer de méthode.
Nous étions désormais des hommes, mais des hommes sous-développés. Des peuples en retard. Des sociétés auxquelles il fallait apporter le développement, enseigner la démocratie, dicter les réformes et indiquer le chemin. L’indépendance nous rendait officiellement maîtres de nos destinées ; l’assistance se chargeait de nous rappeler que nous n’étions pas encore jugés capables de l’être pleinement.
Il fallait aussi parler leur langue, adopter leur religion, renier les nôtres ou les reléguer dans la sphère privée. Ils ne prétendaient plus seulement gouverner nos territoires : ils entendaient encore définir nos besoins, nos valeurs et notre avenir.
Objet. Animal. Sous-homme. Homme sous-développé. Les catégories changent avec les époques ; les formes de domination avec elles. Mais à chaque étape, une nouvelle raison est trouvée pour justifier que d’autres disposent de nous.
La domination blanche n’a pas traversé les siècles en gardant le même visage. Elle a changé de statut, de langage et d’instruments. Hier, elle nous possédait. Ensuite, elle nous gouvernait. Aujourd’hui, elle prétend nous aider.
Et si la véritable émancipation commençait le jour où nous cesserions de lui laisser le soin de définir ce que nous sommes et ce que nous devons devenir ?

Adenifuja Bolaji

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