
Invité sur la chaîne d’information LCI et interrogé par le journaliste Darius Rochebin lors d’un entretien consacré aux enjeux géopolitiques et aux relations internationales, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a livré une réponse qui n’est pas passée inaperçue. En affirmant que « la Russie et la Chine ne prétendent pas nous faire la morale », il met des mots sur un sentiment diffus mais profond — celui d’un décalage entre les discours affichés par l’Occident et les pratiques réellement observées. Derrière la polémique, c’est toute la question du regard, du pouvoir et de la légitimité qui se trouve posée.
Ce qui frappe dans l’intervention du président congolais, ce n’est pas seulement la formule — volontairement directe — mais ce qu’elle révèle d’un malaise plus profond dans les relations entre l’Afrique et les puissances occidentales.
Depuis des décennies, un déséquilibre persiste : l’Occident se positionne à la fois comme partenaire, juge et prescripteur. Il soutient, finance, coopère… mais dans le même mouvement, il impose des normes, distribue les bons et mauvais points, et conditionne souvent son engagement à des exigences politiques ou morales. Cette posture, perçue comme une forme de supériorité implicite, alimente un ressentiment croissant.
Lorsque Félix Tshisekedi affirme que « la Russie et la Chine […] ne prétendent pas nous faire la morale », il ne dresse pas nécessairement un éloge naïf de ces puissances. Il met en lumière une différence de perception : celle entre un partenariat transactionnel, centré sur les intérêts mutuels, et une relation asymétrique où l’un des partenaires s’arroge le droit de définir les règles du jeu.
C’est précisément là que surgit la critique du “deux poids, deux mesures”. Sur la scène internationale, certaines violations du droit ou des principes démocratiques sont dénoncées avec force lorsqu’elles concernent des États adverses, mais relativisées, voire ignorées, lorsqu’elles émanent d’alliés stratégiques ou d’états vassaux. Cette sélectivité fragilise la crédibilité du discours occidental et nourrit l’idée qu’il ne s’agit pas tant de valeurs universelles que d’outils au service d’intérêts géopolitiques.
Dans ce contexte, les médias occidentaux sont souvent perçus — à tort ou à raison — comme des relais de cette vision. Le cadrage des conflits, le choix des indignations, ou encore la hiérarchisation des crises contribuent à renforcer cette impression d’un regard biaisé sur le monde.
La sortie du président congolais s’inscrit donc dans une dynamique plus large : celle d’une revendication de souveraineté narrative et politique. Il ne s’agit plus seulement de choisir des partenaires économiques, mais de refuser un rapport au monde où certains parlent et d’autres doivent écouter.
En définitive, ce type de déclaration agit comme un révélateur. Il oblige à poser une question inconfortable mais essentielle : l’universalité des valeurs défendues par l’Occident est-elle réelle, ou conditionnelle ? Et surtout, peut-elle encore être crédible sans une cohérence dans leur application ?
Alan Basilegpo
