Chacha ou le Fürher de Ouidah : les Héros du Passé sont-ils Entièrement Mauvais ?

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En cette période où le déboulonnement de  statues douteuses défraie la chronique, les Africains et les Noirs de la Diaspora s’en donnent à cœur joie de pointer du doigt les incohérences  voire même l’hypocrisie de la posture mémorielle des Occidentaux. En effet, ceux-ci d’un côté reconnaissent du bout des lèvres les crimes contre l’humanité qu’étaient la traite négrière et le colonialisme mais de l’autre, célèbrent comme des héros à travers des statues érigées en leur mémoire, des négriers notoires, des assassins sans scrupule, et des champions du colonialisme ou du racisme. Cette posture ambiguë trahit l’impénitence des Blancs vis-à-vis des horreurs de l’histoire commises aux dépens des autres, horreurs dont ils sont à la fois les héritiers, les bénéficiaires et les continuateurs farouches.

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Mais si les Noirs doivent pointer du doigt les Blancs à travers leur incohérence, ils doivent aussi balayer devant leur porte. En Afrique, et dans les pays francophones surtout, le colonialisme et le néo-colonialisme sont célébrés sans vergogne ni scrupule à travers des noms de rue, de sites urbains, ou d’édifices publics à la mémoire de leurs promoteurs ou zélateurs les plus notoires, trahissant par-là la triste servitude volontaire des élites africaines de cette période de fausse indépendance que nous vivons.

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Pire encore, certains pays les plus concernés par la traite négrière ne sont pas au clair avec leur responsabilité dans ce sombre chapitre de notre histoire commune et au moment même où ils prétendent célébrer la mémoire des esclaves, ils font passer en contrebande la célébration de leurs bourreaux. Tel est le cas de la douteuse place Chacha à Ouidah, qui renvoie in fine à l’un des plus gros esclavagistes que la terre ait porté, l’homme qui  est l’instigateur du premier coup d’Etat en Afrique noire et qui de ce fait en a déposé le modèle pour sa hideuse postérité, le nommé Francisco Félix de Souza . Or, à Ouidah, la place Chacha renvoie à ce personnage, dont on évite subtilement de donner le nom, parce qu’il est à l’origine d’une nombreuse descendance dont nombre font partie de l’élite du pays.

Lire  : « Badagry-Ouidah: Similitude de l’Économie Symbolique de la Traite des Noirs »

C’est comme si en Occident au lieu de rendre directement hommage à Hitler, on créât une Place du Fürher à Auschwitz.  Et il n’est pas jusqu’au fait que la réhabilitation de la  place Chacha en 1999 fut financée par l’Allemagne, qui ne donne à réfléchir, sachant que les Allemands ne peuvent pas construire de Place du Fürher chez eux…

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Malheureusement au Bénin, certains pensent que lorsqu’on a fait fortune en vendant des milliers d’esclaves africains, parce qu’on s’est multiplié « dans les calebasses et les bouteilles », parfois à la limite de l’endogamie, voire de l’inceste, eh bien, on ne peut pas être entièrement mauvais. Et c’est justement ce concept d’entièrement mauvais qui est au chœur de la problématique de la valorisation mémorielle, et que les Noirs qui exigent des Blancs de rectifier leur posture à l’égard de certains de leurs héros doivent méditer…

Aminou Balogun

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