
Jusqu’à l’heure où nous parlons, les « putschistes » du Niger que nous préférons appeler les libérateurs n’ont tué personne ; leur action s’est effectuée sans effusion de sang. Or, naguère, pour imposer son troisième mandat qui n’a rien à envier à un coup d’État, Ouattara a tué ou blessé des dizaines d’Ivoiriens. De même, dans sa volonté d’imposer au Sénégal le même fléau devenu la marque de fabrique de la Françafrique, Macky Sall a massacré des dizaines de jeunes adolescents. Dans les deux cas, c’est un silence de mort du côté occidental, comme si de rien n’était. Ceux qui s’indignent aujourd’hui de l’éviction de Bazoum au Niger faisaient le mort il y a quelques semaines lorsque Macky Sall tuait des jeunes innocents dans son pays en vue d’imposer un troisième mandat, ou lorsqu’il harcèle son opposant principal Ousmane Sounko et istrumentalise la justice pour l’empêcher d’être candidat.
On pourrait citer d’autres cas de faits d’armes, plus ou moins meurtriers dont la finalité est de s’imposer ou de se pérenniser au pouvoir de façon non démocratique. Alors, quelqu’un peut-il calmement expliquer la rage qui anime les démocrates putatifs de la CEDEAO à vouloir attaquer le Niger parce que l’armée y aurait pris le pouvoir sans effusion de sang ? Prendre le pouvoir par la force sans effusion de sang est-il plus répréhensible que de le conserver avec effusion de sang ?
A l’évidence, le constat de deux- poids-deux-mesures saute aux yeux, mais Il n’explique pas cette outrecuidante injustice. A la vérité, aucun régime de la Cédéao n’est démocratique. Outre les deux cas du Sénégal et de la Côte d’Ivoire évoqués plus haut, tous les autres régimes ou présidents élus l’ont été par la fraude, la corruption, la violence et des meurtres. Si l’Occident qui se dit gardien du temple de la démocratie ferme les yeux sur leurs agissements frauduleux et leur violence, c’est parce ces régimes ou ces présidents servent ses intérêts et sont arrivés au pouvoir à cet effet. À la limite, il n’y a rien de choquant dans cette servitude choisie. On peut accepter que certains régimes ou politiques africains, drapés dans le manteau carnavalesque d’une démocratie en trompe-l’œil, se mettent au service de l’Occident. Mais bon Dieu, de quel droit veulent-ils imposer aux autres de servir l’Occident ? Si la France réussit à recruter ou dresser des chiens ou des marionnettes pour la servir, tant mieux pour elle, mais de grâce les Africains — individus, groupes ou états — devraient avoir le droit de ne pas la servir. En cela, nous sommes tous des Nigériens !
Aminou Balogun
