Afrique : Ressusciter notre Miroir

Il y a bien des moyens pour l’Afrique et les Africains de sortir de leur situation d’attardés du monde actuel. Ces moyens passent tous par la discipline. Dans la discipline, il y a le silence, l’unité et le travail ; il y a aussi la patience, le respect et la fraternité : la fraternité, la vraie, pas celle dont nous nous payons de mots à la moindre occasion, en nous en croyant détenteurs du monopole naturel, alors que nous sommes champions du monde des guerres fratricides. La discipline, suppose avant tout la conscience et la volonté de discipline.

Parce que le faisceau de guides, le treillis d’éclaireurs, d’Africains éclairés susceptibles de mettre la multitude en mouvement, de la conduire à la désaliénation libératrice, à l’organisation idoine et à l’action salutaire, ce faisceau et ce treillis moteurs existent. Pas besoin de l’importer de Chine, de Russie, encore moins d’un Occident historiquement prédateur.

Le seul problème c’est que de tous les continents du monde, l’Afrique est la plus marquée par l’indiscipline ; de tous les peuples du monde, les Africains sont les plus indisciplinés. A notre décharge, il faut dire que ce fléau n’est pas congénital. On peut tout reprocher à l’Afrique des temps anciens : l’esclavage, les sacrifices humains, la traite négrière – encore que, en dépit des préjugés, l’Afrique n’a pas le monopole historique de ces travers humains – mais on ne peut reprocher à nos aïeux d’être indisciplinés. Du reste, d’un point de vue anthropologique, plus d’un signe montre que l’Afrique précoloniale était au moins aussi disciplinée que ne le sont certains peuples d’Asie – notamment les Chinois et les Japonais, imprégnés d’éthique confucéenne. L’indiscipline qui caractérise l’Afrique aujourd’hui et dont on voit les effets politiques, économiques et éthiques qui constituent le spectacle désolant que nous donnons à la face du monde et qui fait de nous sa risée, est un fléau historiquement situé : elle est la conséquence du colonialisme. Avec le colonialisme et le commerce douteux avec le Blanc, l’Africain, instinctivement, n’a de cesse de copier tous les travers, défauts et vices  de celui-ci, sans aucun égard à ses qualités pourtant nombreuses. Telle est la genèse de cette indiscipline qui nous colle à la peau ; une indiscipline qui nous pousse à  être plus royalistes que le roi, à nous croire intelligents au moment mêmes où nous sommes le plus bêtes.

Être discipliné, c’est avoir un miroir dans lequel nous nous regardons être et agir. Depuis le choc du contact avec les Blancs, le miroir endogène de l’Afrique a été brisé. L’Afrique et les Africains n’ont plus de miroir dans lequel se voir. Ils se regardent dans le miroir des autres, et notamment de leurs prédateurs historiques. Dans ces conditions, comment peuvent-ils s’en sortir dans un  monde où chacun – individu, peuple, nation et continent – lutte pour sa survie ? Pour s’en sortir, l’Afrique doit retrouver le chemin de la discipline et pour cela, elle doit ressusciter son miroir.

Adenifuja Bolaji

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