Russie/Ukraine : la Fabrique du Mensonge à la Sauce Américaine

Ensemble, le gouvernement et les mass-média collaborent et poussent à une guerre contre la Russie.

NDLR : Cet article, paru sur le site américain UNZ sous le titre The All-American Lie Factory, dérive d’un discours que le Dr Giraldi a prononcé le 23 juillet à Kingston (NY), lors d’un rassemblement pour la Paix et la Liberté. Il est republié ici avec la permission de son auteur.
N.B : Les liens ont été insérés par la rédaction de FranceSoir.

Par rapport à l’anarchie paradant à la place d’une politique étrangère américaine, je crois pouvoir affirmer un certain nombre de choses que je pense véridiques.

D’abord, il est peu probable de tomber sur un seul électeur ayant voté Joe Biden à la présidence dans l’espoir de voir ce dernier s’engouffrer dans un conflit avec la Russie, qui s’avère non seulement futile mais surtout, tendant vers l’escalade — et ainsi, vers une guerre nucléaire dont on peine à imaginer les conséquences.

Or, Biden vient de déclarer que les États-Unis soutiendront l’Ukraine « jusqu’à ce que nous gagnions ». Puisque déjà, des armes représentant des dizaines de milliards de dollars affluent vers l’Ukraine en plus des « conseillers » américains présents sur le terrain, il s’agit d’un scénario où bientôt les soldats américains et russes seront vraisemblablement en train de se tirer dessus.

Pour le président de la Serbie (cf. lien 1 ; lien 2) ou des analystes tels Pat Buchanan ou Tulsi Gabbard, la troisième guerre mondiale a déjà éclaté. Aussi, la question qui se pose est comment la Maison Blanche arrive-t-elle à faire comme si elle n’était nullement liée par les dispositions de la Constitution américaine concernant le pouvoir de déclarer la guerre ?

En deuxième lieu, les exigences en matière de sécurité nationale telles que formulées par la Russie et communiquées aux États-Unis et à ses alliés étaient à mon sens plutôt raisonnables, une alliance militaire hostile étant en train de s’incruster à ses portes. Alors que les enjeux étaient tout à fait propres à la négociation, les États-Unis ont choisi de faire la sourde oreille. La Russie s’est alors sentie obligée d’intervenir avec la force d’armes.

Que ceci soit dit : aucune guerre ne peut être « bonne ». Je m’élève contre toute invasion d’un pays par un autre, sauf menace grave et directe — cependant, le fardeau du blâme en l’affaire ukrainienne repose sur Washington.

En troisième lieu, j’observe que ce sont avant tout les gouvernements américain et britannique qui mentent sans relâche à leur peuple, et qu’en général les mass-média du monde occidental sont partie prenante dans la propagation du mensonge, ce, dans le but d’encourager l’effort de guerre contre la Russie en Ukraine.

Le mensonge concerne l’origine et le déroulement de la guerre, ainsi que la démonisation du président Vladimir Poutine et le « Russe » — que ce soit sa gastronomie, ses boissons, sa langue, sa culture et même ses athlètes. Au Canada, on vient même de censurer un récital de Tchaïkovsky. Le président Poutine est désigné coupable de l’inflation, de la pénurie de certains aliments et de combustible, problèmes qui dans les faits découlent des réactions irréfléchies de Washington face à la Russie. N’est-il pas ironique que de voir Biden envoyer à l’Ukraine 1,7 milliards de dollars pour le système de santé alors que le nôtre aux États-Unis est considéré comme le pire des pays avancés ?

Pour ce que j’observe, la Russie est en train de gagner cette guerre sans trop avoir à se forcer, tandis que l’Ukraine devra céder des pans entiers de son territoire. Entretemps, le contribuable américain sera prié de payer la note pour une politique entraînant des dépenses irresponsables (estimées à plus de 60 milliards de dollars à ce jour), avec en perspective une inflation hors-contrôle, une pénurie d’énergie et dans le pire des scénarios, le crach du dollar américain.

Tout ce qui précède, ainsi que les politiques qui nous y ont conduit, m’amènent à conclure que les Etats-Unis, encouragés par certains de nos alliés, sont désormais accrochés à la guerre telle une drogue. Ces guerres servent à excuser les échecs de politique intérieure, et se substituent à la diplomatie comme moyen de résoudre les conflits. Pétrie d’hypocrisie, la description de son rôle donnée par la Maison blanche : « leadership global » ; « maintien d’un ordre international fondé sur des règles » ; « défense de la démocratie face aux systèmes autoritaires ».

Cependant, et suite à vingt ans d’occupation, l’administration Biden vient d’évacuer en fiasco l’Afghanistan. Sans que nous en tirions quelque salutaire leçon, des troupes américaines se trouvent sur le terrain, tout à fait illégalement, en Syrie et en Irak. En ce moment, Washington ourdit le dessin de fondre sur l’Iran, prétextant de frauduleux récits israéliens selon lesquels l’Iran développerait des armes atomiques.

Aucun de ces pays – Syrie, Irak, Iran – ne représente la moindre menace pour les Etats-Unis. Tout comme la Russie, qui n’avait proféré aucune menace contre les Etats-Unis avant notre intervention en Ukraine en 2014, où nous avons fait renverser le gouvernement, allié de Moscou. Par ailleurs, les Etats-Unis ont commencé à gonfler à bloc l’OTAN et soupèsent les mesures qui seraient à prendre face à une prétendue menace chinoise.

Or le prix de ces guerres qui ne s’arrêtent jamais, sur bruit de fond de peurs nourries par l’incessante propagande, a démonté pièce par pièce le bel édifice de libertés dont jouissaient les Américains, y compris la liberté de parole et d’association.

À partir d’ici, je me pencherai sur ce que le citoyen lambda pourra entreprendre afin de percer le rideau de mensonges qui l’entoure, sans doute la campagne la plus agressive de propagande de l’histoire, pire encore que les mensonges et cachotteries de la Maison blanche et du Pentagone qui ont débouché sur la guerre catastrophique en Irak.

Il s’agit d’une guerre d’information couplée à la propagande, qui sous-tend les combats sur le terrain, mais en emportant un péril plus grand encore : attirer d’autres pays vers le vortex de l’effusion de sang et ériger une perception de menace globale, censée légitimer de nouvelles aventures militaires.

En partie, le problème surgit du fait que le gouvernement américain est inondé d’informations peu fiables, sans pouvoir faire la part des choses. Ainsi, identifier dans le lot une éventuelle vérité devient une entreprise ardue.

Dans ma carrière à l’étranger comme officier du renseignement, nous utilisions des raccourcis aux fins d’évaluer et de classifier des informations.

Imaginez que vous vous preniez un verre au bar et que soudain, vous surprenez une conversation entre deux clients qui sont susceptibles d’être des fonctionnaires ; il se pourrait que ce dont ils parlent s’avère être d’actualité dans la semaine. Vous serez peut être amené à envoyer un rapport à Washington portant la légende : Source FNU (First Name Unknown – prénom inconnu)/LNU (Last Name Unknown – nom de famille inconnu). En un mot, ce sont des racontars entendus dans la bouche de personnes non-identifiables. Ce type d’information n’avait que peu – ou pas – de valeur, mais cela bouchait les canalisations du système et invitait à spéculer….

Pour ma part, je privilégiais des descriptions plus exactes de nos sources, celles inventées par les services de renseignement militaire. Ceux-ci utilisaient une lettre de l’alphabet suivi d’un chiffre, dans une séquence depuis A-1 à F-6. En préambule de chaque rapport de renseignement, figurait une évaluation de la source ou de l’agent concerné. Une information libellée A-1 signifiait qu’elle était à la fois crédible, confirmée par des sources tierces et générée par un agent ayant lui-même eu accès aux informations en question. Au fin fond de l’échelle, une information libellée F-6 était peu fiable, et générée par une source qui n’y avait apparemment pas accédé directement.

À cette aune, c’est sur le fondement d’informations susceptibles d’être classées F-6, relevant en gros de la fiction pure, que le gouvernement et les mass-média inondent le citoyen américain dans leur précipitation à « expliquer » le désastre en Ukraine.

Voici comme s’y retrouver. Lorsque vous tiendrez en main un article de presse écrite, survolez rapidement le texte jusqu’à arriver à la « cache » où l’on enterre généralement la source des informations présentées. Si la source est donnée comme venant d’une personne réelle et identifiée, qui véritablement a pu accéder directement aux informations, cela tendrait à suggérer qu’il puisse y figurer un petit noyau de vérité au moins.

En fait, ce n’est pratiquement jamais le cas ; la source sera « identifiée » comme étant « anonyme » ou comme venant simplement d’« un fonctionnaire ». Souvent même, on ne prendra pas la peine de citer la moindre source. On pourra raisonnablement en conclure que le reportage présente des informations dont la valeur est nulle, et doit être compris comme le fruit de l’imagination d’un inventeur ou d’un moulin à propagande officiel. Lorsqu’un reportage paraît sous la plume d’un journaliste qui prétend être sur place, c’est justement cela qu’il vous faut vérifier. Est-il réellement sur place ? Ou bien à ses aises en toute sécurité au sein d’une équipe de presse sise en Pologne ?

Le Premier prix de Propagande est attribué à Yahoo News, qui republie des communiqués dont la source est le seul gouvernement ukrainien, comme s’il s’agissait de reportages impartiaux des opérations sur le terrain.

Autre ruse pour faire avaler un faux pour du vrai : faire transiter une fausse nouvelle par un pays tiers. Lorsque j’étais en poste pour la CIA en Turquie, jamais nous y avons inséré un récit tout de go dans la presse locale. Non ! Nous faisions en sorte qu’un journaliste stipendié par nous en France le raconte, puis les mass-média turcs le répercutaient, car « si ça vient de Paris, faut que ça soit vrai ». Sauf que ce ne l’était pas !

En ce moment, des récits mensongers sur l’Ukraine, vraisemblablement concoctés par le MI-6, apparaissent dans la presse anglaise, spécialement dans The Telegraph et The Guardian. Puis on rejoue la même partition dans les mass-média aux Etats-Unis et ailleurs, ce, afin de légitimer des récits qui relèvent essentiellement de la fiction.

En n’identifiant pratiquement jamais la source des informations communiquées, la télévision et la radio sont pires encore que la presse écrite. Ainsi, prenez avec des pincettes tout ce que vous pourrez lire ou entendre sur la guerre et les rumeurs de guerre. Aux Etats-Unis, le Parti de la guerre est bipartisan et vit le doigt sur la gâchette, les yeux rivés sur l’horizon de la prochaine aventure. Ces gens se refusent à voir que par leurs actes, le monde tel que nous le connaissons est susceptible de disparaître. Il nous faut pourfendre leurs mensonges, nous unir, et croiser le fer jusqu’à l’échec de leur entreprise.


Notes sur l’auteur : Parlant couramment cinq langues dont le turc, le Dr Giraldi a servi pendant 21 ans dans le renseignement militaire américain et dans la CIA, en Europe et au Moyen Orient. Titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en histoire européenne de l’Université de Londres, auteur de nombreux articles, il est directeur exécutif du Council for the National Interest. Le Council prône une politique équilibrée au Moyen Orient et s’oppose aux guerres, notamment par rapport aux évènements qui agitent actuellement l’Europe orientale.

ibinimori

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