Afrique : l’Échec du Dispositif COVAX

Les intentions qui ont sous-tendu la création du mécanisme COVAX étaient louables. À l’été 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé de promouvoir un accès équitable aux doses de vaccins dans un effort sincère pour éviter un monde à deux vitesses dans la lutte contre le Covid-19. L’idée était de mettre en place un mécanisme collectif pour mener les négociations avec les laboratoires fabriquant les vaccins et ainsi éviter une envolée des prix dans un contexte de crise suscitée par une très forte demande.

Pour parler crûment : d’un côté, plusieurs milliards de doses étaient/sont nécessaires, et de l’autre, les chaînes d’approvisionnement existantes étaient/sont insuffisantes. L’hypothèse, alors, était qu’un mécanisme multilatéral puissant permettrait de réguler efficacement la demande, tout en respectant la stratégie de l’OMS sur l’établissement de priorités en matière de vaccination.

Au début de la pandémie, tous les pays étaient initialement concernés par le COVAX, indépendamment de leur revenu. Dire que cette approche équitable n’a pas survécu au protectionnisme mondial serait un euphémisme. Dès février 2021, la grande majorité des rares doses de vaccins disponibles avaient été précommandées par la poignée de pays pouvant se le permettre, sur fond d’accords bilatéraux. Malgré les grands espoirs placés dans le mécanisme COVAX, son utilisation concrète a rapidement accusé un retard important comme l’a attesté le faible volume de pré-commandes passées via ce canal. Les États les plus puissants sur le plan économique n’ont pas tardé à faire cavalier seul, préférant négocier directement avec les laboratoires. Cela a eu pour effet de modifier la physionomie initiale du dispositif, et COVAX s’est transformé en un instrument d’aide destiné exclusivement aux pauvres.

Malgré ce mauvais départ, les premières livraisons COVAX ont eu lieu en février 2021 dans deux pays d’Afrique de l’Ouest à revenu intermédiaire : la Côte d’Ivoire et le Ghana en ont été les heureux bénéficiaires. Le système s’est toutefois vite retrouvé au point mort. Voyant la situation se détériorer en Inde, le gouvernement de New Delhi a en effet exigé que le Serum Institute of India, le laboratoire de biotechnologie le plus impliqué dans le mécanisme COVAX, interrompe toutes ses livraisons de vaccins à destination de l’étranger. Dans la mesure où 90 % de la chaîne d’approvisionnement du COVAX reposait sur des fournisseurs indiens (une stratégie plutôt imprudente), la fragilité du système a été pleinement exposée en mars, sans aucune perspective claire pour lutter contre l’accroissement des inégalités de couverture vaccinale entre les pays riches et les pays pauvres.

Face à cette pénurie d’approvisionnement, plusieurs mesures ont été prises pour tenter de maintenir le mécanisme en vie. En avril, la France a été la première à annoncer des dons de doses de vaccins à COVAX. Des annonces similaires ont ensuite émané des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Allemagne, et cette stratégie de dons a également été intégrée à la stratégie européenne.

Un tournant intéressant s’est produit quand les vaccins chinois ont enfin eu l’autorisation d’être distribués via le canal COVAX. La raison pour laquelle les équipes COVAX responsables des achats continuaient de les bouder, alors qu’ils étaient autorisés par l’OMS depuis des mois, restera sans doute un mystère. Quoi qu’il en soit, la signature fin juillet d’accords d’approvisionnement avec les fabricants chinois SINOVAC et SINOPHARM était plus que bienvenue et la distribution des vaccins CoronaVac et BIBP via le canal COVAX a pu débuter.

À la mi-août, COVAX avait expédié 205 millions de vaccins dans 140 pays sur les 2 milliards de doses initialement prévues. En comparaison, 4,7 milliards de doses avaient été administrées dans le monde. Moins de 5 % des doses de vaccins avaient donc transité, à cette date, par ce mécanisme, laissant un sentiment général d’échec en dépit de l’énergie et de la communication déployées pour promouvoir un multilatéralisme « social ».

Le cas emblématique de l’Afrique

Mais deux années après sa mise en oeuvre, le système Covax, s’enlise. L’objectif de l’Organisation mondiale de la Santé de vacciner près de 70 % de la population africaine « d’ici juin 2022 » peine à se réaliser. Avec « seulement 15 % de la population vaccinée », l’Afrique se montre réticente face à la stratégie mondiale vaccinale. 

Certains États africains estiment même que la période épidémique est révolue. L’expert épidémiologiste africain Yap Boum le confirme : « Est-ce que des vaccins sont disponibles ? Oui, et en quantité ! La donne a changé ». Également représentant en Afrique d’Épicentre, organisation créée par Médecins sans frontières (MSF), il ajoute que « chaque Africain a un épidémiologiste dans sa poche. Il voit qu’il y a beaucoup moins de cas, beaucoup moins de décès… Et cela ne l’incite pas se faire vacciner ».

Comme le souligne Le Parisien, de nombreuses doses prévues par Covax n’ont pas trouvé de pays acheteurs. En France, il s’agit de 2,3 millions de doses qui n’ont pas été livrées « faute de pays récipiendaires », comme le détaillait la Direction générale de la Santé auprès de CheckNews en fin décembre 2021. À cela s’ajoute aussi un lot de 1,3 million de doses d’AstraZeneca, « à cause du désistement d’un pays receveur », rappelle le journal.

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