Le Nigeria, l’ECO, et la France : les Raisons d’un Holdup Scandaleux

En Afrique et dans la diaspora, les bonnes âmes se plaignent de la main basse de la France sur l’Eco au terme de laquelle, la monnaie – du moins la désignation de la monnaie en gestation de la CEDEAO depuis des années – a subi une OPA agressive de la part de la France. Sous la bannière des pays francophones, avec la Côte d’Ivoire de Ouattara en tête, la France sans crier gare et sans vergogne ni scrupule a décidé de remplacer l’ancien CFA par une nouvelle monnaie dénommée ECO.

Et les bonnes âmes hurlent au loup néocolonial français, certains le confrontant directement sur les vices cachés de la soi-disant nouvelle monnaie, le fait qu’il s’agisse d’un changement cosmétique pour que rien ne change dans le fond dans la piraterie néocoloniale du CFA, en somme la continuation sous un autre nom de la servitude monétaire en vigueur depuis de longues décennies.

A l’évidence tout à leur consternation fort légitimes, ces bonnes âmes ne se posent pas les bonnes questions et par leurs réactions mécaniques ne font que faire le jeu de la France. Qu’ils soient révolutionnaires ou révoltés, ces bonnes âmes ne devraient pas questionner le fond du geste français mais sa forme – légale, politique et internationale ; elles doivent aussi se demander comment la main basse française a paru aller de soi, aussi bien au niveau de la CEDEAO qu’au niveau de la légalité et de la logique des rapports internationaux. Si les membres francophones de la CEDEAO sont loyaux dans leur appartenance à cette organisation sous-régionale africaine, pourquoi accepteraient-ils fût-ce sous la dictée de la France, d’entrer dans un projet contradictoire avec les engagements qu’ils ont pris avec la CEDEAO ?

Donc cette schizophrénie volontaire, on ne peut l’imputer à la France, même si on sait qu’elle s’est fait pour spécialité de menacer les présidents boys qu’elle tient sous sa coupe dans les Etats francophones d’Afrique. Et, à supposer même que la France fasse peur à ses gouverneurs francophones pour qu’ils s’abîment dans cette schizophrénie absurde et honteuse, qu’en est-il des dirigeants non-francophones de la CEDEAO, ceux du Ghana et surtout du Nigeria, qui à lui seul pèse plus de 60 % de l’économie sous-régionale ? Pourquoi, ceux-ci, scandalisés par la conduite des pays francophones, leur lâcheté ou leur couardise tout autant que par l’offensive illégale de la France, ne rappellent-ils pas à l’ordre leurs frères africains et ne mettent-ils pas en garde formellement la France en prenant à témoin le monde entier et les organisations internationales comme l’ONU ou l’UE, ou arbitrales comme la CCI ?

Au lieu de quoi, le Nigeria est resté inerte et silencieux, tandis que le Ghana a répondu par des gesticulations idiotes qui laissaient croire, par la voix de son président qu’il voyait dans les agissements français une étape intermédiaire et partielle du projet africain. Or le silence honteux du Nigeria n’est pas un hasard et c’est en toute connaissance de cause que la France a tranquillement lancé son offensive contre le projet ECO de la CEDEAO, persuadée que ses initiateurs capitaux que sont le Nigeria et le Ghana ne lèveront pas le petit doigt pour l’en empêcher.

Mais quand on parle du Nigeria, il faut bien préciser de quelle Nigeria il s’agit. En effet, contrairement à Obasanjo qui est un fervent partisan de la construction de la CEDEAO et de la monnaie unique ouest-africaine, son successeur Buhari est très réservé sur la question monétaire. Pour lui, la CEDEAO est au mieux une zone d’influence militaire et économique du Nigeria, où comme bon lui semble et en dépit des règles de celle-là, il peut fermer les frontières avec ses voisins. Monsieur Buhari qui raisonne instinctivement selon des codes ethniques et religieux, n’est pas un fervent partisan d’une monnaie unique qui, redoute-t-il, créera des obligations et une responsabilité financière du Nigeria en faveur des autres petits États, pour la plupart côtiers et, dans sa vision idiosyncrasique de l’espace politique africain, perçus comme ethniquement et religieusement opposés. A contrario, pense-t-on un seul instant que si la France avait choisi de nommer NAIRA le nouveau CFA le Nigeria et Buhari seraient restés les bras croisés ? Certes lors du holdup- français sur l’ECO de la CEDEAO, le gouvernement de Buhari a réagi en poussant des cris d’orfraie, mais c’était uniquement de la poudre aux yeux pour se donner bonne conscience, des cris en trompe l’œil pour masquer son peu d’enthousiasme pour la création de la monnaie unique, et sa réserve de fond. C’est cette réserve, équivalent d’une complicité objective, qui a fait le lit de la hardiesse de la France et son outrecuidance inouïe. S’est ensuivi la naturalisation de la bêtise qui a marqué ce dossier ; une naturalisation qui n’aurait dû jamais prospérer si les États africains, notamment le Nigeria, étaient au clair avec eux-mêmes sur la création de la monnaie, comme en général sur l’indépendance et la dignité de notre race.

Adenifuja Bolaji

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