Pourquoi Talon a Menti à ce Point ?

En l’espace de quelques mois, Talon a lamentablement fait tout le contraire de ce qu’il dit ici devant le Président français. Alors, on se pose des questions : Pourquoi ce décalage énorme entre ce qu’il énonce et ce qu’il fera quelques mois plus tard. Est-ce une Palinodie ? Comment un homme peut-il virer sa cuti à ce point ?

Certains pourraient penser que ce discours est un beau morceau d’hypocrisie de la part d’un homme qui n’a pas toujours brillé par sa droiture et sa probité. Mais je ne suis pas de cet avis. Je pense qu’il entre dans ce décalage un aspect d’ordre culturel et symbolique. Chez beaucoup d’Africains colonisés, le parler de la langue du Blanc reste un acte langagier superficiel ; il se limite à la démonstration des capacités grammaticales, de l’aisance lexicale, bref, au pouvoir bien parler. Pouvoir parler la langue du Blanc est déjà un exploit en soi. La bien parler est un rêve charmant. Et le contenu intentionnel, la vérité du propos, sa substantifique moelle, inconsciemment tenus pour secondaires, finissent par passer à la trappe. Car, que nous le voulions ou non, il y a toujours un côté singe savant dans nos prestations langagières dans la langue du colonisateur. Et cette aliénation induit une bonne volonté rhétorique qui se substitue à la finalité illocutoire du discours. Pour Talon, ce jour-là devant François Hollande, il s’agissait surtout d’un exercice poétique. Or, selon toute vraisemblance, dans l’hypothèse d’une langue nationale, ce moment n’aurait eu rien de poétique, et le décalage avec les actes ne peut s’opérer aussi radicalement. Cela ne veut pas dire que les hommes politiques qui parlent leur propre langue ne mentent pas. Mais que le fait d’être obnubilé par la fonction poétique du discours, le degré d’emphase dans le mensonge qui induira le décalage entre le discours et la réalité en si peu de temps, n’aurait pas été aussi grand.

De même, on peut supposer le même décalage pour ce qui est de la prestation de serment des hommes politiques. Il est presque sûr, comme le suggérait le Président Jerry Rawling, que si nos hommes politiques devaient non pas jurer sur la bible ou le coran mais plutôt sur les Ogun, Sapata, Hêvioso, etc… ils y regarderait par deux fois avant de violer la constitution. Car pour le coup, ils seront dans le réel et non pas dans l’abstraction et la distance culturelle qui constituent un écran commode.

En conclusion, en ayant recours au système symbolique étranger — langue ou religion — l’Africain reste toujours dans la périphérie des choses et quelque part dans un jeu qui n’oblige pas sa responsabilité.

Adenifuja Bolaji

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