Choses qui n’arrivent qu’en Afrique

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Pourquoi lorsque l’Afrique entre en jeu, les catégories habituelles de la raison qui sont monnaies courantes partout ailleurs, cessent d’être valables, et disparaissent sans crier gare ?

Premier Exemple.

Avec le Covid-19 les Etats ont fermé leurs frontières aériennes pour contrôler la propagation de la maladie, mais aussi pour rassurer leurs citoyens. Dans une union comme celle de l’Europe dont le libéralisme ou plus exactement la liberté de circulation est une religion, les États n’ont pas hésité à se fermer les frontières au nez les uns des autres, sans autre forme de procès. De même qu’ont été réciproquement fermées les frontières  entre l’Europe et l’Asie, un continent où les gens – populations et états –  ne badinent pas avec le bon sens. Avec l’Amérique, c’est pareil, à l’exception des États-Unis, pays qui détient le record du nombre de contaminés et de victimes du Covid-19.

Mais sans qu’on sache pourquoi, et alors que l’Afrique est jusque-là relativement épargnée par la pandémie, les pays de sa zone francophone sont restés ouverts aux compagnies d’aviation  française et belge, ou se sont dépêchés d’ouvrir leur ciel avant tous les autres.

Pourquoi ce laisser aller et cet empressement serviles ? Les dirigeants de ces pays n’ont pas de la jugeote ? Ils ne protègent pas leurs peuples ? Les intérêts et la sécurité de qui mettent-ils en avant ? Ceux de leurs peuples, les leurs, ou ceux des Blancs ?

Deuxième Exemple.

Le CFA est une monnaie coloniale imposée subrepticement par la France aux Etats africains sur le modèle d’une initiative des Nazis durant l’occupation. Cette monnaie est assortie de la contrainte du dépôt de 50% des avoirs des états concernés au trésor français, de même qu’elle est lestée de la parité avec le franc français, jadis, puis l’euro, après la création de cette monnaie européenne.

Dans aucun pays au monde, aucun continent, des pays indépendants ne vivent avec la laisse monétaire d’une autre puissance étrangère, extracontinentale. Depuis quelques années, sous l’impulsion de jeunes activistes servis par les réseaux sociaux, l’arnaque française, ce déni de souveraineté imposé à tout un contient dans le silence complice des institutions internationales, a subi les coups de boutoir médiatiques d’une rare pugnacité. Le vent a soufflé et le monde entier, notamment la jeunesse, a vu l’anus du poulet. La France n’était pas seulement le pays du parfum, de l’Amour et des Droits de l’homme, c’était aussi le pays du pillage et de la violence multiforme en Afrique – pour autant qu’on pût être tout cela à la fois. Pour essayer de gommer l’image embarrassante de cette France nocturne qui faisait du tort à l’image diurne de la belle France, ses autorités ont décidé de rebattre les cartes de l’arnaque, histoire de donner l’impression de faire peau neuve. Le résultat a été la décision de changer le CFA en ECO. Mais, l’initiative française n’était qu’un coup d’épée dans l’eau, de la poudre aux yeux, un changement en trompe-l’œil qui ne change rien au principe crapuleux du CFA, qui est reconduit mutatis mutandis dans la nouvelle monnaie ; ne serait-ce que par la continuité de la présence française et sa centralité dans ces tractations monétaires qui ne devraient pas plus la concerner que le Pérou ou  la Russie, pour autant qu’on parle ici de pays indépendants…

Dans n’importe quel pays au monde, sur n’importe quel continent, lorsqu’un voleur est pris la main dans le sac, il avoue, est sanctionné et renonce à son activité criminelle. Tel n’est pas le cas de la France. Alors que sur le continent africain les gens sont noirs et qu’en France les gens sont blancs ; alors que l’Afrique est sur un autre continent situé à des milliers de kilomètres de la France ; alors que culturellement et mentalement l’Afrique ne ressemble pas à la France et n’a aucun destin commun avec elle, on ne sait pour quelle raison la France colle au cul de l’Afrique et refuse de lui lâcher les baskets. Elle s’impose comme acteur central dans la création d’une monnaie, qui n’est pas seulement prétendument nouvelle mais qui est aussi commune, sans que rien ne justifie le principe de cette communauté. Car si c’est l’appartenance commune des pays de l’Afrique de l’Ouest, pourquoi la France ne laisse-t-elle  pas la CEDEAO faire un boulot qu’elle a si bien commencé ?

Alors, la question est de savoir pourquoi, lorsque l’Afrique entre en jeu tout ce qui est clair et limpide ailleurs devient brumeux et cabalistique ? Pourquoi lorsque l’Afrique entre en jeu tout ce qui est normal ailleurs devient anormal et irrationnel ? Combien de pays souverains en Asie ou en Amérique se sont vus intimer par une puissance extracontinentale l’ordre d’ouvrir leur ciel par ce temps de pandémie où chacun se recroqueville sur soi  ? Combien de pays sont tenus en laisse monétaire par une autre puissance qui décide de ne pas  leurs lâcher les baskets et ce dans le silence cynique de la « communauté internationale » ?

En Afrique, avons-nous vraiment des dirigeants, comme tous les autres peuples des autres continents en ont ailleurs ? Non, à l’évidence : le problème numéro un de l’Afrique est le problème de leadership. Ceux qui se disent nos dirigeants ne sont que des boys placés au forceps à la tête de nos pays par les Blancs pour exécuter leur volonté.

Et tant que cet état de chose perdurera, l’Afrique continuera de tourner en rond, comme c’est le cas depuis plus de soixante ans après les parodies d’indépendance, qui font elles aussi partie des choses qui n’arrivent qu’en Afrique.

Aminou Balogun

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