Soro versus Ouattara : les Dessous d’une Vraie Fausse Guerre

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Depuis quelque temps – et on n’a pas besoin d’être un fin observateur de la chose politique pour faire le constat –  rien ne va plus entre les deux ex-croisés anti-Gbagbo, qui naguère s’étaient donnés la main pour rendre la Côte d’Ivoire ingouvernable, et accéder au pouvoir suprême.

Naguère, les deux ludions sur lesquels la France s’était appuyée pour reprendre le contrôle de la Côte d’Ivoire menacé par le rationalisme patriotique de Gbagbo passaient pour des démocrates – l’un en économiste averti de la chose politique, l’autre en représentant de la jeunesse révoltée, avide de justice nationale face à un pouvoir accusé de tribalisme. Gbagbo avait alors le rôle du diable, du dictateur tribaliste venu faire la promotion des Bété et sudistes chrétiens au détriment des Dioula et nordistes musulmans : manichéisme perfide qui fait partie de la panoplie méthodologique du colonialisme dans son principe éculé de « diviser pour régner ».

La suite, tout le monde le sait : la guerre, des milliers de morts et de blessés, des destructions de biens, l’intervention « salvatrice » de l’armée française sous l’égide de l’ONU, l’humiliation de Simone et Laurent Gbagbo,  déporté à la Haye, comme naguère les Toussaint Louverture et les Béhanzin étaient déportés à mille lieues de leur terre natale.

Le temps et la justice des hommes passèrent sur ce que ces événements avaient de plus chaud et les refroidirent. Au bout du compte, incapable de prouver sa culpabilité la CPI sous influence française fut obligée de relaxer Monsieur Gbagbo. Mais relaxer, hélas ne signifia pas relâcher ; car, intérêt politique oblige et l’influence française aidant, l’ancien président ivoirien est toujours retenu dans les liens de la justice en une résidence surveillée que rien de légal ne justifie, et dont le seul but est de le tenir à bonne distance du théâtre politique de son pays où son débarquement pourrait bouleverser l’ordre farouchement restauré par la France.

Aujourd’hui, comme hier, dans un pays prétendument indépendant, puisqu’il faut présenter les apparences de la démocratie, et dans le même temps ne rien changer au colonialisme, l’équation de la vie politique en Côte d’Ivoire se résout dans et par la guerre. Guerre du faux bien contre le faux mal, guerre d’un faux Nord contre un faux Sud, guerre des vrais-faux Ivoiriens contre les faux-vrais Ivoiriens : guerre instauratrice du désordre sous le règne duquel  le colonialisme français, dans sa crapuleuse perfidie, a résolu de perpétuer son ordre d’asservissement de l’homme noir tenu de fait pour un sous-homme.

Hier donc, sous le prétexte de l’opposition ethnique, de la différence idéologique et éthique,  les deux protagonistes avaient nom Ouattara et Gbagbo, et il fallait qu’un grave conflit les opposât qui ne pût être résolu que dans et par la guerre : pain béni pour les affaires françaises ! Après une décennie de paix garantie par la France qui a planté sa verge dans le cul de son pré carré, maintenant que – démocratie oblige – il faut changer de position et les draps souillés par cette relation  pédophile forcée, les sirènes de la guerre résonnent  à nouveau de toute part. Guerre de distraction de l’opinion ivoirienne et africaine, guerre de diversion de tout un peuple saigné à blanc depuis des décennies par la France et son système de domination immonde. Comment concilier les exigences d’une démocratie même en trompe l’œil avec le parti-pris colonial français  sinon en érigeant la guerre, cette source incomparable d’anomie, au rang d’un réflexe conditionné sinon d’une seconde nature ?

En ressuscitant l’esprit et le contexte de guerre, le système Françafrique, dans ses menées diaboliques  n’abuse pas seulement  de la conscience du peuple ivoirien dans laquelle elle l’a fait passer pour allant de soi  – élection rimant désormais avec guerre en Côte d’Ivoire  – mais elle  profite de l’occasion  pour en désigner les protagonistes naturels à l’exclusion de tous les autres. En l’occurrence, en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens doivent savoir que le conflit du moment, le seul qui vaille la peine d’occuper leur esprit est celui qui oppose Alassane  Ouattara et Guillaume Soro. Or, mieux que quiconque la Françafrique sait que de cette vraie fausse guerre, quelle qu’en soit l’issue, elle en sortira vainqueur, vu que les deux belligérants appartiennent à la même loge des zombis acquis à sa cause. Mais pourquoi une guerre et pourquoi ces deux protagonistes se demanderait-on ?  Selon  la dialectique cynique de l’instrumentalisation des zombis africains depuis toujours,  dans le contexte ivoirien, le système éprouve un besoin crucial d’évoluer. Si Ouattara l’emporte, la Françafrique y trouvera son compte, mais faire de sa personne le bouc-émissaire idéal de ses échecs condamnés par l’histoire est une belle manière de rebondir. Et la France qui, on le sait, n’a pas d’ami mais que des intérêts, ne recule devant aucun sacrifice quand il s’agit de les sauver. Tel est le sens d’une préférence éventuelle du zombi Soro, ce ludion qui en raison de son plus jeune âge apparaît aux yeux de ses maîtres français comme pouvant camper le pôle trompeur de la jeunesse africaine révoltée,  l’incarnation du renouveau nécessaire pour sauver les apparences.

Pendant ce temps, l’espoir d’un discours sur l’identité, la liberté  et les intérêts  africains est mis sous le boisseau. Le débat d’idées est confisqué. Les dirigeants valeureux et clairvoyants de ce grands pays de l’Afrique de l’Ouest sont écartés selon une logique de mise hors jeu tout aussi naturelle que celle de l’esprit de guerre qui ressuscite actuellement. Avec le bruit de la guerre, les voix discordantes, progressistes, panafricanistes et anticoloniales, comme celles d’un Mamadou Koulibaly et bien d’autres  sont marginalisées et perfidement ensevelies sous le brouhaha et les rodomontades. Car qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien contre ces voix intègres que le système a beau jeu de ressusciter l’esprit de guerre en Côte d’Ivoire, c’est contre elles  qu’il naturalise le réflexe d’une vrai fausse guerre, pour faire du jeu démocratique, un jeu perpétuellement à somme nulle.

Adenifuja Bolaji

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Un commentaire

  1.  » LE JEU DEMOCRATIQUE, UN JEU PERPETUELLEMENT À SOMME NULLE. »

    Je partage avec vous une idée sur le Mythe de Sisyphe qui s’applique aux pays africains perpétuellement humiliés.

    IL FAUT IMAGINER LE PEUPLE AFRICAIN HEUREUX COMME SISYPHE.

    Le mythe de Sisyphe évoque l’absurdité de la condition humaine.
    Beaucoup de philosophes ont bâti leur oeuvre sur le thème de « l’Absurde » dont Heidegger, Jaspers, Kierkegaard et Albert Camus qui publie en 1942, le MYTHE DE SISYPHE.

    Pour Camus, ce n’est ni le monde, ni la pensée humaine qui sont déraisonnables, l’absurde surgit lorsque le besoin humain de comprendre rencontre le caractère déraisonnable du monde, lorsque à « mon appétit pour l’absolu et pour l’unité » répond  » l’ impossibilité de réduire ce monde à un principe rationnel et raisonnable ».
    « Prendre l’absurde au sérieux, signifie reconnaître la contradiction entre le désir de la raison humaine et le monde déraisonnable. »

    Dans la mythologie grecque, dont s’est inspiré Camus le révolté et l’engagé, Sisyphe,
    ayant désobei aux Dieux, a été condamné pour l’éternité à pousser un rocher au sommet d’une montagne. Mais ce rocher revient toujours en arrière vers la vallée, rendant vain les efforts de Sisyphe.

    Le fait de vivre ĺe « SUPPLICE DE SISYPHE », signifie que l’on vit dans une situation absurde et répétitive dont on ne voit jamais la fin ou l’aboutissement comme le cas des pays africains.

    Le Sisyphe de la légende accepte sa situation sans espoir et dont il ne connaîtra pas la fin ; il poursuit son épuisante ascension et alors qu’il trouve son bonheur dans l’accomplissement de la tâche à lui assignée, le Sisyphe de Camus comprend et accepte que  » la RÉVOLTE EST LE SEUL MOYEN DE VIVRE SA VIE DANS UN MONDE ABSURDE ».

    Le peuple africain qui comme le Sisyphe de Camus lutte contre l’arbitraire depuis près de cinquante sans succès, a appris malgré lui à prendre l’absurdité de sa situation au sérieux et à la combattre.
    Ce peuple vit depuis quatre siècles la contradiction entre le désir de la raison humaine et le monde déraisonnable dans lequel il vit, celui du colonialisme, du néocolonialisme, de la dictature et de l’absolutisme. L’absurdité de sa situation, comme celle du Sisyphe de Camus ne peut être acceptée par aucun peuple encore esclave au 21ème siècle car cette situation implique une confrontation et une révolte constante qui devra le mener finalement à la Liberté : « il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris ».
    l’Afrique Humiliée ayant enfin compris l’absurdité qu’elle vit, il faut l’ imaginer comme le Sisyphe de Camus, heureuse et pleine d’espoir que sa révolte permanente contre l’impensable et l’innaceptable, l’arbitraire et la dictature finira un jour.

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