Indonésie : « Non, nous ne Sommes pas des Singes ! » Disent les Papous

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Des manifestations ont éclaté dans la province indonésienne de Papouasie occidentale, après que des soldats indonésiens eurent maltraité des élèves papous à des fins racistes à Surabaya, la deuxième ville du pays. Le gouvernement a répondu en envoyant plus de troupes et en imposant des restrictions sur Internet.

Le 16 août 2019, une quinzaine de soldats auraient fait irruption dans un dortoir d’étudiants à Surabaya et auraient accusé des étudiants papous de ne pas respecter le drapeau indonésien. Les actions des soldats auraient été déclenchées par une photo partagée sur WhatsApp par une organisation de la société civile de la jeunesse, représentant un drapeau indonésien placé dans une rigole en prévision des célébrations de l’indépendance du pays le 17 août.

Les soldats auraient fait des commentaires racistes à l’endroit des étudiants, les appelant des «singes». (Les Papous sont ethniquement mélanésiens, alors que la majorité des Indonésiens sont austronésiens. Les Papous sont fréquemment la cible de racisme en Indonésie). Environ 42 étudiants ont été conduits au quartier général de la police le lendemain pour un interrogatoire, mais ont été relâchés plus tard dans l’après-midi.

Des informations sur l’incident ont déclenché une émeute à Manokwari, capitale de la province de Papouasie occidentale, où des manifestants ont incendié le bâtiment du Conseil législatif de Papouasie occidentale. Les manifestations se sont rapidement étendues à d’autres districts de la Papouasie occidentale et de la Papouasie, ainsi qu’à la capitale, Jakarta, et à d’autres grandes villes indonésiennes. Certains manifestants ont appelé à un référendum sur l’indépendance de la Papouasie occidentale.

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#PapuaBukanMonyet (les Papous ne sont pas des singes)

Sur Twitter, de nombreux internautes indonésiens ont utilisé le hashtag #PapuaBukanMonyet (les Papous ne sont pas des singes) pour condamner le comportement raciste des soldats:

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Arrêtez de crier que l’unité de l’Indonésie est indiscutable lorsque nous sommes toujours racistes. Ne cherchez pas la paix, demandez justice, car la paix sera rétablie une fois que justice sera rendue. #PapuaIsNotMonkey #PapuaMyBrothers #PapuaIsIndonesia

Sur Instagram, le président indonésien Joko Widodo a exhorté les Papous à pardonner et à oublier l’incident controversé, assurant aux Papous occidentaux que le gouvernement veillerait à la dignité et à la prospérité de chacun dans les provinces de Papouasie et de Papouasie occidentale.

Mais certains internautes lui ont conseillé d’agir rapidement et de punir les soldats qui ont maltraité les étudiants papous.

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[Nous sommes] fatigués de pardonner, arrêtons ceux de Surabaya qui ont déclenché cela, l’officier militaire, la police et des groupes qui propagent la haine. Montre-nous que tu as ton mot à dire.

Quelques jours plus tard, le président a ordonné au chef de la police nationale de prendre des mesures fermes à l’encontre des policiers en question. Les médias ont également signalé que des renforts de la police nationale avaient été envoyés en Papouasie occidentale, où les manifestations ont augmenté en raison de l’incident.

Internet étranglement

Le 19 août, le ministère de la Communication et de la Technologie de l’information (Kominfo) a annoncé que le gouvernement procédait à une limitation systématique de la connectivité Internet dans les provinces de Papouasie occidentale et de Papouasie afin de limiter la propagation d’informations erronées susceptibles d’alimenter les tensions dans la région.

Le 21 août, Kominfo a publié un autre communiqué annonçant que le gouvernement avait décidé de bloquer le service de transmission de données dans les deux provinces jusqu’à ce que la situation se soit stabilisée.

Le journaliste Arnold Belau, qui se trouvait à Jayapura, la capitale de la province de Papouasie, le 19 août, a tweeté le lendemain sur la panne Internet:

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Depuis hier soir, les réseaux Internet de la ville de Jayapura sont hors service, sauf le wifi. Que se passe-t-il à Telkomsel? Un autre poisson mâché sur la fibre optique? Ou un autre énorme tremblement de terre? Ces singeries ..

Global Voices a contacté Belau le 22 août et il a confirmé l’étranglement d’Internet en Papouasie:

Depuis mardi, il s’est passé la même chose à Tembagapura jusqu’à Timika. Impossible d’accéder à Internet [correctement]. Nous ne pouvons envoyer que des messages vocaux et textuels. Je suis actuellement à Timika.

Le président Joko Widodo a défendu la décision du gouvernement de bloquer l’internet dans les provinces de Papouasie occidentale et de Papouasie. Selon lui, cette initiative servait « un bien commun ».

Une ONG indonésienne, l’Institut pour la réforme de la justice pénale (ICJR), a toutefois souligné que le blocage de l’internet en situation de crise était une violation directe de l’article 4 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Dans le même temps, la section indonésienne du réseau de liberté d’expression en Asie du Sud-Est a lancé une pétition appelant à la fin de la censure d’Internet par le gouvernement dans les provinces de Papouasie occidentale et de Papouasie. La pétition indique que:

En bloquant et en limitant l’accès à Internet en Papouasie et en Papouasie occidentale, il sera plus difficile pour les habitants de l’extérieur des deux provinces de vérifier les faits et ce qui s’est passé, de veiller à la sécurité de leurs amis et de leurs proches car les habitants de la Papouasie ont peu ou pas de moyens d’envoyer des messages…

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