Deux Flèches Empoisonnées et une Supplique : la Curieuse Lettre Ouverte de Andoche Amègnissè

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Voici une curieuse lettre ouverte d’un acteur intérieur à la classe politique sur la crise que connaît notre pays. Elle émane de l’inénarrable Andoche Amègnissè, l’homme qui a souffert sous ponce Pilate, entendez Yayi Boni ; le chantre « des laissés pour compte ». Dans cette lettre adressée aux deux anciens Présidents et à l’actuel en un seul tenant, il leur dit sans langue de bois et sans détour leur quatre vérités.

De Soglo, il épingle le pouvoir clanique, la tendance à ne se plaindre que lorsqu’il est menacé ou lorsque ses intérêts sont lésés. Il pointe du doigt la responsabilité génétique de l’ancien président dans  la trajectoire scabreuse de Talon, qui le conduisit de magouilleurs dans les coulisses des pouvoirs politiques au rôle de puissant homme d’affaire qu’il est devenu. Il accuse aussi Soglo d’avoir fait le choix de Talon face à Lionel Zinsou, sans trop tenir compte de la dimension tragique de ce choix — car comme beaucoup de gens tentés par la comparaison rétrospective, il compare un homme qui s’est révélé diabolique à un homme qui peut apparaître angélique parce qu’il n’a pas eu l’occasion de se révéler. Anachronisme empirique dont on comprend que nombre de gens excédés par ce qu’il se passe puisse s’en laisser abuser.

Quoi qu’il en soit Soglo en a pour son grade et Yayi, l’homme qui le harcela, en eut aussi pour le sien. Dans sa lettre, Andoche Amègnissè déplore le spectacle donné par l’ancien Président au Marché de Dantokpa en ce jour en voulant boxer des policiers ; spectacle indigne de notre pays, dit-il,  et qui n’honore pas la classe politique. Selon Andoche Amègnissè, ce qui arrive aujourd’hui est aussi en grande partie la faute de Yayi Boni, lui qui est arrivé au pouvoir dans les valises financières de Talon qu’il a présenté comme son ami et homme de confiance. Statut qui a valu à ce dernier de faire mains basses sur les secteurs vitaux de l’économie nationale que sont le coton et le port. Entre temps, Monsieur Talon a contribué au chaos électoral de 2011 qui  permit à Yayi Boni de conserver le pouvoir en dépit du bon sens électoral. A l’en croire, Messieurs Yayi et Talon ne seraient entrés en guerre que parce que celui-ci refusa de soutenir celui-là dans sa quête d’un troisième mandat. Autrement dit, comme dans le cas de Soglo, l’opposition farouche entre Yayi et Talon n’avait rien d’objectif, rien de désintéressé ; bref, pour parler comme les anciens philosophe grecs, elle n’était pas un souverain bien. Et Yayi Boni, comme son prédécesseur, devrait accepter sa responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui.

Enfin, à tout Seigneur tout honneur, Andoche Amègnissè, croit-on, réserverait sa dernière flèche à Monsieur Talon, l’actuel Président qui selon lui, a toutes les clés pour sauver ce qui peut encore l’être dans la situation dangereuse vers laquelle notre pays est en train de glisser. Mais, curieusement,  à y voir de près, notre épistolier politique a moins de reproches que de conseils à faire à Talon. Conseil de ne pas faire comme ou pire que son prédécesseur, conseil de ne pas défier Dieu. Et cette litanie de conseils se clôt sur une supplique au travers de laquelle, interpelant le chef de l’état à genoux, l’inénarrable Andoche Amègnissè l’implore de « [Laisser] de côté votre haine contre vos ennemis et pensez à l’intérêt général de notre pays et au bien commun de notre peuple »

Dans ce décochage de flèches bien senties adressées à ses prédécesseurs en lutte contre la tyrannie, on se demande pourquoi curieusement l’auteur du mal immédiat que nous déplorons a été ménagé au détriment des auteurs lointains ?


LETTRE OUVERTE DU PROFESSEUR ANDOCHE AMÈGNISSÈ PORTE PAROLE DU BLOC DES INDÉPENDANTS ET DES FORCES VIVES AYANT PARTICIPÉ AUX CONCERTATIONS POUR UN DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF

À

LEURS EXCELLENCES MESSIEURS LES ANCIENS PRÉSIDENTS DE LA RÉPUBLIQUE : BONI YAYI ET NICÉPHORE SOGLO

ET

AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, CHEF DE L’ÉTAT, CHEF DU GOUVERNEMENT, SON EXCELLENCE MONSIEUR PATRICE TALON.

OBJET : Vous serez tous responsables et coupables devant l’histoire et devant la Communauté Nationale et Internationale.

Messieurs les anciens Présidents de la République,

Ce qui s’est passé aujourd’hui à Dantokpa avec la massive mobilisation des foules qui vous ont suivies est prélude à plus grave, si le Dimanche 28 Avril 2019 se tenait effectivement dans notre pays l’élection législative exclusive devant déboucher sur un parlement monocolore que nous sommes totalement d’accord avec vous pour considérer comme un déshonneur pour notre pays et un crime contre notre démocratie.

Toutefois, laissez moi au nom des Forces Vives dont je porte la parole, vous rappeler à chacun sa grande et sa lourde responsabilité dans cette déchéance dramatique de la démocratie qui faisait honneur à notre cher pays et la fierté de notre peuple bien aimé.

Excellence Monsieur l’ancien Président Nicéphore Soglo, vous avez la grande et lourde responsabilité d’avoir par des facilités totalement subjectives, promu l’homme d’affaires Patrice Talon pendant que vous étiez Chef de l’État, comme vous aviez en ces temps là et plus tard privilégié de manière totalement subjective vos fils et précisément Lehady Soglo à travers une gestion clanique qui vous a toujours été reprochée.

Excellence Monsieur l’ancien Président Nicéphore Soglo, vous avez encore la grande et lourde responsabilité d’avoir en 2016, alors que votre fils Lehady soutenait le candidat Lionel Zinsou, traité celui-ci d’épigone de la colonisation et de la France Afrique et vous aviez présenté à notre peuple le candidat Patrice Talon comme le meilleur candidat pour que se poursuive notre lutte contre la colonisation et contre la France Afrique.

Oui Monsieur l’ancien Président Nicéphore Soglo. Votre candidat Patrice Talon a été élu Chef de l’État grâce à vous entre autres ; et voilà où nous en sommes aujourd’hui.
Vous n’êtes devenu son opposant qu’à partir du moment où il a commencé à menacer votre fils Lehady pour sa mauvaise gestion à la Mairie de Cotonou que vous lui aviez cédée comme si c’était un héritage familial.

Soyons sérieux Monsieur l’ancien Président, la République du Bénin et ces composantes ne peuvent pas être gérées comme votre patrimoine familial. Sur ce plan vous n’avez aucune leçon de morale politique et de bonne gouvernance à donner puisque vous êtes par votre gestion clanique, coupable de la déchéance de notre démocratie qui a conduit finalement au pouvoir votre candidat de 2016 Monsieur Patrice Talon.

Quelle façon de vous prévaloir de votre propre turpitude ! Non vous n’êtes ni un bon exemple, ni un héros et nous défions quiconque de me prouver le contraire.

Excellence Monsieur l’ancien Président Boni Yayi. Ah mon très cher ancien Président.

N’est-ce pas vous qui en arrivant au pouvoir en 2006 nous aviez amené Patrice Talon comme votre meilleur ami, votre bras financier et votre homme de confiance dans les mains de qui de manière totalement subjective et arbitraire, vous aviez remis l’économie nationale toute entière en lui donnant le coton puis le PVI ?

N’est-ce pas vous qui nous aviez envoyé en prison et qui aviez tenté de nous y envoyer encore parce qu’à l’époque nous dénoncions et combattions votre gouvernance scabreuse qui avait multiplié les scandales allant de la disparition de Pierre Urbain Dagnivo à l’escroquerie des populations à travers ICC-SERVICE et autres structures illégales de placement d’argent que votre mauvaise gouvernance avait cautionnées ?

C’est vous qui nous aviez imposé ici au Bénin Patrice Talon comme dépositaire de notre économie nationale alors même qu’il n’était pas le Chef de l’État.
C’est ce même Patrice Talon qui vous avait aidé à infliger à notre démocratie le KO indigeste de l’élection présidentielle de 2011 et qui n’est devenu votre ennemi qu’à partir du moment où il refusa de vous aider à avoir un troisième mandat présidentiel en finançant la révision de la Constitution.

Soyons sérieux Excellence Monsieur l’ancien Président Boni Yayi. Dans les conditions actuelles et avec le bilan scandaleux de vos dix ans de pouvoir, quelle leçon de morale politique et de bonne gouvernance pouvez-vous sincèrement donner ?

Si nous en sommes là aujourd’hui c’est par votre faute et par les conséquences de votre gouvernance scabreuse que le Peuple Béninois avait désavoué en 2016 en choisissant Patrice Talon devenu votre adversaire et en rejetant votre candidat Lionel Zinsou soupçonné par tous de n’être que votre marionnette si on le laissait vous succéder au pouvoir.

Voilà la vérité et vous en êtes à la fois responsable et coupable. Et nous défions quiconque de nous prouver le contraire.

Venons-en à vous, Excellence Monsieur Patrice Talon, Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement.

Nous n’avons pas grand chose à vous dire que nous ne vous avions déjà signifié en qualité de Porte-parole des Forces Vives ayant participé aux concertations pour le Dialogue National Inclusif.

Vous êtes un homme extrêmement rationnel et déterminé, qui sait ce qu’il veut et comment il compte obtenir ce qu’il veut. Mais vous n’êtes qu’un homme et vous ne serez jamais rien d’autre qu’un être humain.

Votre prédécesseur se croyait si puissant qu’il avait affirmé dans ce pays qu’après Dieu c’est lui. Voyez vous-même où il en est aujourd’hui. À vouloir boxer avec un policier au marché de Dantokpa ? Quelle piètre image pour un ancien Président de la République ! Tirez-en leçon pour votre future.

Cher Président Patrice Talon, ne faites pas comme votre prédécesseur ou surtout ne faites pas pire que lui.
Ne défiez pas Dieu ! Car celui qui défie le Créateur ramasse finalement la honte aux yeux de l’univers tout entier.

Excellence Monsieur le Président Patrice Talon, il n’est pas trop tard pour vous si vous voulez sincèrement sauver notre Pays, notre Peuple, notre Démocratie.
Nous vous implorons à genoux.
LAISSEZ DE CÔTÉ VOTRE HAINE CONTRE VOS ENNEMIS ET PENSEZ À L’INTÉRÊT GÉNÉRAL DE NOTRE PAYS ET AU BIEN COMMUN DE NOTRE PEUPLE !

Béninoises et Béninois, en ces moments politiquement troubles, je ne cesserai pas de vous inviter à répéter sans cesse avec moi la prière prophétique de Monseigneur Isidore De Souza :

PLAISE AU CIEL QU’AUCUN BAIN DE SANG NE NOUS ÉCLABOUSSE ET NE NOUS EMPORTE DANS SES FLOTS !

Fait à Cotonou ce Vendredi 19 Avril 2019.

Professeur Andoche Amègnissè,
Porte-parole du Bloc Des Indépendants et des Forces Vives ayant pris part aux Concertations pour un Dialogue National Inclusif.

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