Peut-on ne pas Vouloir être Libre ?

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Comment expliquer en féministe que certaines femmes acceptent la domination masculine ? Ce n’est pas un choix, mais un « consentement actif », selon Manon Garcia qui se place dans la lignée de Simone de Beauvoir.


La philosophe Manon Garcia tente avec son premier ouvrage un véritable numéro d’équilibre. Poser la question de la soumission féminine depuis une perspective féministe relève d’un travail exigeant, puisqu’à tout moment se profile la menace d’une double récupération : l’une antiféministe – les femmes, par nature, aiment être soumises – l’autre colonialiste et orientaliste – les femmes de « là-bas » sont soumises, celles de « chez nous » sont libres et émancipées.

On ne naît pas soumise, on le devient accomplit le tour de force qui consiste à ne prêter le flanc à aucune des deux. Pour faire cela, l’autrice choisit de travailler à partir de la pensée de Simone de Beauvoir. L’ouvrage propose ainsi une forme d’exégèse appliquée de l’œuvre de la philosophe : Manon Garcia détaille de manière à la fois limpide et précise la pensée beauvoirienne à partir de la problématique du consentement à la soumission.

Pourquoi étudier la soumission ?

Comment expliquer que les femmes puissent accepter la domination masculine ? Le propos de Manon Garcia, bien sûr, n’est pas d’affirmer que toutes les femmes sont soumises, mais de souligner que de nombreuses femmes peuvent consentir, ponctuellement ou à plus long terme, à leur soumission au sein de la domination patriarcale. Ce que l’autrice appelle soumission féminine recouvre un spectre varié de sentiments et d’activités. Cela va de la satisfaction retirée à effectuer un travail domestique pourtant non reconnu et non rémunéré, telle que peut la décrire Annie Ernaux dans certains de ses romans, à des positionnements politiques franchement antiféministes, comme celui qui consiste à voler au secours d’hommes célèbres accusés d’agressions sexuelles en revendiquant pour eux une « liberté d’importuner [1] », en passant par la souscription active des héroïnes de séries à succès telles que Sex and the city à des normes de beauté particulièrement aliénantes. L’objectif de son ouvrage est de penser les raisons de ce consentement, du point de vue de celles qui le donnent.

La tâche n’est pas facile, puisque la soumission des femmes à la domination masculine constitue un double impensé. En effet, nombreuses sont celles qui, parmi les théoriciennes féministes, tendent à éviter le sujet, que ce soit par crainte d’apporter de l’eau au moulin de leurs adversaires, ou parce que les représentations de femmes résistantes sont considérées comme plus porteuses et inspirantes pour les luttes. Les philosophes, pour leur part, se sont rarement donné la peine de penser le phénomène de la soumission : ceux qui s’y sont employés y ont généralement vu une faute morale, et n’en ont pas cherché les raisons.

La philosophe souligne pourtant que le mouvement MeToo, et certaines réactions qu’il a suscitées, ont rendu ces questionnements d’autant plus urgents. « Plus encore que la consternante solidarité des agresseurs entre eux et qui n’étonne personne », il est nécessaire de comprendre pourquoi certaines femmes ont pu prendre la parole en minimisant les agressions qu’elles avaient elles-mêmes subies, se vantant de ne les avoir pas dénoncées et de ne pas avoir porté plainte, et en accusant celles qui le faisaient de « se victimiser » (p. 242).

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