Bénin : Quand Talon Joue les Pères Noël par Peur des « Gilets Jaunes »

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Dès son arrivée au pouvoir, parce qu’il serait confortablement élu, et sous couleur et prétexte de rupture, Talon a commencé à taper sur les classes pauvres du pays, à matraquer les indigents, à casser les laissés pour compte. Sous prétexte de libération de l’espace public étouffé ou mangé par la spontanéité entrepreneuriale des gagne-petit socialement abandonnés à leur sort, il n’hésita pas, sans aucune prévoyance sociale, à priver les milliers de Béninois pauvres de leur gagne-pain quotidien obtenu dans la débrouille et la déréliction sociale.

Le peuple a grogné sans plus ; mais aucun mouvement de résistance ne s’est soulevé contre les agissements inhumains, antisociaux et irrationnels du gouvernement béninois. Talon avait la supériorité et les moyens de répression du pouvoir, le peuple démuni devait s’écraser, se résigner.

Entretemps, et comme si cela ne suffisait pas, Talon déclencha une avalanche d’augmentations de taxes et de créations de nouveaux impôts qui sont venus s’abattre sur le Béninois ordinaire, dans tous les aspects de sa vie : administratif, économique, transport, santé, etc… Sur les marchés et conséquence de sa mauvaise gestion, les prix des denrées de consommation courante flambaient. Les Béninois ne mangeaient plus à leur faim. Le nombre de ceux qui prenaient trois repas par jour se réduisait  comme peau de chagrin. Même les Béninois de la diaspora n’étaient pas épargnés. L’écho des augmentations de taxes leur parvenait. Ainsi, ceux qui étaient en Europe et jouissaient de la double nationalité ont vu le coût de leur visa passer de 30  à 100 euros, soit une augmentation nette de 233% ! Circulez, il n’y a rien à voir, c’est la rupture qui rompt tout sur son passage…

Pendant ce temps, cette gouvernance autocratique allait de pair avec le confort mirobolant des tenants du régime – ministres, préfets et consorts – dont certains étaient payés 400 fois¹ plus que le Béninois ordinaire ; elle allait aussi de pair et surtout cachait à peine la main basse du chef  et de son entourage mafieux sur les secteurs vitaux de l’économie du pays — le secteur cotonnier (SDI, SODECO, SHB), le secteur portuaire (ATRAL, Bénin Control) et le secteur hôtelier (hôtels du groupe Accord). Toutes choses qui ont tôt fait de déciller les yeux des Béninois qui en doutaient encore sur les raisons réelles de l’arrivée au pouvoir de l’homme d’affaire économiquement frustré par son prédécesseur et en quête de revanche.

On en était là quand, comme tout à coup frappé par la grâce, le père fouettard Talon se mua en père Noel. Recevant les syndicats à bras ouverts, leur promettant monts et merveilles, distribuant à tout va de l’argent aux bonnes femmes de Dantopa, etc. ; bref, le père Noël n’aurait pas fait mieux.

Au-delà de l’approche des élections comme l’analysait le porte parole du FSP M. Azatassou, il faut voir surtout l’influence déterminante et non moins néocoloniale du mouvement social des «Gilets Jaunes» en France. Ce mouvement spontané et socialement disparate dont les moments forts ont donné des sueurs froides à Monsieur Macron, revendique le desserrement de l’étau fiscal de son gouvernement. Résultat de leur lutte, ils ont eu gain de cause sur toute la ligne et une ristourne de 100 euros nets mensuel sur le SMIC, ce qui n’empêche pas les plus radicaux d’entre eux de continuer le combat et d’exiger la démission de Macron…

Au-delà de l’approche des élections, c’est pour que le mouvement des « Gilets jaunes » ne fasse pas boule de neige sous les tropiques à Cotonou que Talon se dépêche de jouer les pères Noël. Car selon un tropisme néocolonial fortement ancré en nous,  à partir du moment où une institution ou un événement a vu son apparition dans la mère patrie et a été reconnu légitime par le gouvernement français, nous n’avons de cesse de le reproduire sous nos cieux tropicaux aussi incommensurables  que soient nos deux contextes et réalités.

Le peuple béninois fort de ce tropisme néocolonial et de l’inclination mimétique aliénante qu’il induit, peut à tout moment créer le même mouvement  de protestation sociale au Bénin, et alors, Talon et ses forces de répression seraient bien obligés eux aussi, une fois n’est pas coutume, et ce mus par le même tropisme néocolonial et la même inclination mimétique, de faire violence à leur morgue à leur parti-pris répressifs instinctifs, et jouer  les gouvernements responsables à l’écoute des revendications de leurs peuples.

Le ridicule dans toute cette histoire est que et le peuple et le gouvernement béninois ont dû attendre que quelque chose se passe en France pour se donner le cran ou la volonté de faire ce qu’ils devaient faire en toute autonomie. Pendant que les « Gilets jaunes » donnent des idées au peuple béninois jusque-là sagement résigné face aux oukases et excès autocratiques du gouvernement dit de la rupture, celui-ci et son chef, après une longue période d’arrogance, de mépris et de maltraitance sociaux du peuple, découvrent tout à coup les vertus du dialogue social et de l’entente politique.

Mais question : 60 ans après nos soi-disant indépendances, quand est-ce que notre société politique – peuples et gouvernements – agira de façon autonome pour le progrès et le bien communs sans attendre un signal légitimant de l’ancienne puissance coloniale ?

Agbopanzo Balthazar


¹Ratio des 16.000.000 ( seize millions) Fcfa du salaire présumé du ministre des Affaires étrangères, « Son excellence » M. Aurélien Agbénonci, et du salaire moyen présumé de 40 000 ( quarante mille) Fcfa du Béninois.

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