Bléwué, les Éwé et l’Afrique

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La superbe prestation d’Angélique Kidjo à la cérémonie de commémoration du centenaire de l’armistice 14-18  en a ravi plus d’un. Beaucoup d’Africains, et notamment de Togolais  en sont fiers. Les fans de la chanteuse béninoise sont aux anges. Cependant, comme toujours en Afrique, le démon du particularisme tribal s’insinue ; ses adeptes dont la fierté tourne au vinaigre se plaignent qu’Angélique Kidjo a dénaturé, dans les mots, comme dans le rythme et le ton, la chanson originelle de Bella Bellow. Ces puristes se recrutent surtout parmi les académiciens de la langue éwé et gardiens du temple de la nostalgie musicale. Pour eux, Angélique Kidjo a écorné la version originelle d’une chanson qu’ils considèrent comme intouchable. La chanteuse Béninoise n’aurait pas rendu la substantifique moelle de la chanson culte de Bella Bellow, et serait pour ainsi dire, à coup d’extraversion et de récupération, passée à côté de sa magie et de son charme originels.

Mais outre le fait qu’il s’agit dune interprétation dont Angélique Kidjo s’est permis la liberté selon son style et son tempérament, il y a aussi un autre aspect lié à la circonstance et au contexte qu’il faut prendre en compte.

Dans les circonstances de commémoration d’un événement géopolitique d’une si grande portée historique, et qui réunissaient un parterre impressionnant de grands de ce monde,   que veulent-ils, ces râleurs tribaux, que la chanteuse béninoise fît ? Qu’elle servît dans sa version crue la langoureuse mélodie de Bella Bellow avec ses accents liturgiques débordant d’une sensibilité  mystérieuse ?

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Quand on voit la tête que faisait Trump ( et que relaie son sosie français, Jean-Marie Le Pen dans son grognement raciste), entre ennui et agacement, l’air de dire : «  mais bon Dieu qu’est-ce que ce délire venant tout droit d’un trou du cul ?», il va sans dire que, pour les besoins de la circonstance et dans l’intérêt de l’Afrique toute entière Angélique Kidjo a bien fait d’avoir remplacé la version originale de Bella Bellow, aussi touchante soit-elle, par une interprétation plus énergique, plus lyrique. Il fallait traduire la présence d’une Afrique qui, à mille lieues de toute résignation ou fatalisme, à mille lieues de tout obscurantisme religieux, mais sous le soleil d’une conscience aguerrie, s’affirme désormais maîtresse de son  destin.

C’est exactement ce que fit avec brio et maestria la Divine Angélique Kidjo, non pas au nom des Ewé ou des Togolais, mais de toute l’Afrique !

Albertine Bessanvi

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