Nigeria 2019 : La Victoire d’Osun, ou Chronique de 1001 Morts Amorcée

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L’élection de gouverneur vient d’avoir lieu dans l’Etat d’Osun au Nigeria et l’APC, le parti au pouvoir, l’a encore remporté ; comme il a remporté celle d’Ekiti, un autre Etat yoruba jusque-là aux mains de l’opposition PDP. Certes, dans le cas d’Osun, l’APC se succède à lui-même, le gouverneur sortant, Ogbeni Aregbesola ayant cédé sa place à un autre membre du parti sous la suggestion plus ou moins librement consentie de l’ancien gouverneur de Lagos, le richissime Ahmed Bola Tinubu, qui exerce sur le parti une influence régionalement léonine et nationalement stratégique.

Ces succès consécutifs de l’APC aux élections de gouverneurs sont d’autant plus douteux que le parti a perdu sa popularité à tous les niveaux – fédéral et régional – et laissé les Nigérians frustrés par ses nombreuses promesses non tenues.

Mais le fait est que le nombre de gouverneurs relevant d’un parti est une fonction directe des chances de celui-ci de remporter l’élection présidentielle au niveau fédéral. En effet, selon la constitution nigériane, pour être élu, le futur président doit l’être non seulement au suffrage universel mais doit aussi gagner les élections dans deux-tiers des états. Or si les citoyens ne votent pas unanimement dans le même sens que leur Gouverneur, l’influence de celui-ci, dans les conditions culturelles et éthiques propres à la démocratie sous nos cieux (pression, corruption et trucage, à tous les niveaux) reste déterminante pour l’issue des élections générales.

C’est pour cela que Buhari et sa bande, aidée par la complicité affligeante de l’INEC (la commission électorale nigériane) vont par monts et par vaux, glanant succès douteux après victoires controversées dans les élections qui précèdent et anticipent les générales de 2019. Le fait que l’INEC soit instrumentalisée et aux ordres comme la plupart des institutions constitutionnelles ou régaliennes – en dehors de l’Assemblée qui est entrée en mode rébellion avec ses deux présidents qui ont spectaculairement rejoint l’opposition –  se comprend d’autant plus que Buhari a eu à cœur de placer à leur tête les hommes de sa région et plus souvent et sans états d’âme de sa tribu.

La volonté d’avoir le pouvoir présidentiel dans un Nigeria qui en dépit de sa forme fédérative reste très centralisé, est chez les Nordistes une question de vie ou de mort. Alors qu’en leur temps, Obasanjo et Jonathan ont mis à la tête de l’INEC des hommes d’une région autre que les leurs, tel n’est pas le cas de Buhari qui n’a que faire du fameux caractère fédéral des nominations pourtant inscrits dans la constitution.

Lors des élections de 2015 qui virent Buhari accéder au pouvoir en une alternance idéalement sans violence ni contestation, tout le monde a félicité le savoir faire, la droiture et le sens de l’équité du Président de l’INEC d’alors, le Nordiste musulman Atahiru Jega nommé par Jonathan. Mais rien ne prouve que cette droiture et cette équité auraient été mise en œuvre avec la même rigueur si Buhari ou un autre Nordiste avait été à la place de Jonathan. Sans nul doute, le réflexe de la victoire à tout prix l’aurait emporté sur l’équité et le sens aigu de l’intérêt national qui ont marqué l’action d’Atahiru Jega à la tête de l’INEC.

Dans sa volonté de s’accrocher au pouvoir en dépit de la déception que sa gouvernance médiocre a inspirée aux Nigérians et du rejet dont son parti fait l’objet dans l’opinion, Buhari et sa bande n’hésitent pas à faire flèche de tout bois. Et pour atteindre leurs fins, ils comptent sur l’active complicité de l’INEC. La victoire d’Osun a été savamment mise en scène par l’institution et ses manipulateurs au pouvoir. A l’issue de ce qu’il convient d’appeler le premier tour de l’élection – alors que la constitution n’en prévoyait qu’un seul – bien que le PDP l’eût emportée, l’INEC, contre toute attente affirma qu’elle n’était pas concluante parce que le gagnant n’aurait que quelques centaines de voix de plus que le perdant et bien moins que le nombre de votes annulés. Cette décision donna lieu à un second tour restreint. En jeu, et servant surtout de prétexte à la manipulation cousue de fil blanc, les voies (moins de 3500 sur plus de 500 mille ) du candidat arrivé troisième, M. Omisore du SPD, un parti en opposition   ouverte à l’APC au pouvoir et proche du PDP. Mais, coup de théâtre réglé à coups de milliards de nairas et de promesses de postes ministérielles, ce troisième larron se rallia à l’APC, ce qui permit à l’INEC de déclarer vainqueur le candidat du pouvoir, bouclant ainsi la boucle de son opération de trucage électoral astucieusement mise en scène.

Quand un pouvoir ne peut gagner les élections, qu’à quelques voix près et à coup de subterfuges et de mise en scène, après avoir été battu par son opposition, c’est qu’il est véritablement aux abois. Mais dans la mesure où ce pouvoir s’inscrit en faux contre l’éventualité de perdre des élections, même locales ou régionales, c’est qu’il  prépare le pire pour ses concitoyens dans des élections générales autrement plus décisives pour son maintien au pouvoir. De ce point de vue, les élections d’Osun au Nigeria ouvrent la chronique d’une violence politique dont l’apogée risque d’être désastreux pour ce pays qui n’en est pas à sa première dans les holocaustes post-électoraux.

 Bola Adebola

 

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