Publié dans Essai, nigeria

Nigeria : Quand le Havre Britannique Devient une Source d’Inquiétude pour l’Ex-Ministre du Pétrole, Alison-Madueke

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Ayant fui en Grande Bretagne à l’arrivée au pouvoir de Buhari, l’Ex-Ministre du pétrole nigériane, Mme Diezani Alison-Madueke, fait maintenant des pieds et des mains pour y revenir soi-disant pour faire face aux charges qui pèsent contre elles au Nigeria.

Et le gouvernement nigérian, par la voix du Ministre de la justice, vient d’opposer une fin de non recevoir catégorique à la demande de l’ancienne ministre en fuite.

Un voleur ou présumé voleur qui a fui, demande à revenir sur les lieux du crime, et le propriétaire refuse ! Bizarre non ? A première vue, mais à première vue seulement… Car comme le dit la sagesse yoruba : ti o bà si di obirin kii jé s̩omolù, – en clair et pour aller vite, il y a une explication à tout même et surtout aux choses les plus bizarres.

En fait après avoir pris la Grande Bretagne pour un havre protecteur contre le filet anticorruption lancé par les Agences nigérianes spécialisées sur le fleuve du crime économique, Dame Diezani a profité d’une paix relative mais somme toute provisoire sinon illusoire.

Car, au pays de Churchill, la justice, à défaut du sang, lui promet des larmes et de la sueur. Dans les dossiers de blanchiment d’argent et d’acquisition illégale de propriétés en Grande-Bretagne auxquels elle fait face, l’étau de la justice se resserre implacablement autour de l’ex-reine du pétrole nigériane.

D’où la panique, et le désir de reconvertir l’exil en retour au bercail, avec l’assurance d’y gagner au change – les mœurs politiques du Nigeria aidant. Madame Diezani a dû méditer sur les tribulations britanniques de ses prédécesseurs sur le boulevard nigérian du crime économique. Il y a l’exemple encore frais dans les mémoires de l’ex-gouverneur de l’Etat du Delta, James Ibori, qui a purgé 10 ans de prison au Royaume-Uni pour fait de corruption et détournement de fonds. A sa sortie de prison, le gouverneur criminel, revenu au pays, a été accueilli en héros par les siens dans une ferveur tribale pour le moins confondante. Pour eux, l’ex-gouverneur était un innocent, un homme de bien, qui a subi les excès de la justice des Blancs.

De même, Mme Diezani a dû aussi méditer le cas autrement plus cynique de l’ex-gouverneur de Bayelsa, feu Diepreye Alamieyeseigha, dont Goodluck Jonathan était à l’époque des faits l’adjoint.   Diepreye Alamieyeseigha, qui avait été arrêté à Londres pour cause de détournement de fonds publics et possession illégale de propriétés, a réussi à s’évader de façon rocambolesque des prisons britanniques et revenir au Nigeria où, pensait-il, sa qualité de Gouverneur devait lui assurer une certaine immunité. Mal lui en a pris ;  son espoir d’impunité ne fut pas comblé, car non seulement il fut déchu de son fauteuil de Gouverneur, mais il dut faire quelques années de prison, au terme desquelles, il bénéficia du pardon de l’Etat nigérian dont le Chef n’était autre que Jonathan, celui-là même que ces vicissitudes ont sorti de son obscurité régionale pour le projeter à la lumière de la Présidence  fédérale.

Donc si Mme Diezani Alison-Madueke, après avoir fui en Grande-Bretagne veut à tout prix revenir au Nigeria pour y être jugée, c’est qu’elle sait que ses chances d’impunité sont assurées au Nigeria alors qu’elles sont quasi-nulles au Pays des Blancs. Elle sait qu’au Nigeria, sa région, la région du Delta et tout le Sud-est se mobiliseront derrière elle, et feront d’elle le cas échéant la martyre d’une chasse aux sorcières ethnique. Et si besoin est, les différents groupes de militants sécessionnistes qui pullulent dans la région pourront actionner le chantage au vandalisme sur les installations pétrolières pour protéger l’une des leurs.

Akinola Bidemi

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