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Un Petit Conseil à Mon Frère Kémi Séba

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Rares sont les gens qui voient le lien, pourtant  intime entre notre aliénation linguistique, que constitue le fait de devoir parler français entre nous et notre aliénation monétaire incarnée par le cheval de Troie du franc CFA.

Et Kémi Séba qui vient lui-même de payer de sa personne la lutte contre le franc CFA ne dément pas l’ignorance de ce lien ; lui qui hurle sur tous les toits sa colère en français en comptant beaucoup sur sa verve dans cette langue du colonisateur pour se faire entendre et respecter. Se faire entendre et respecter, ne serait-ce qu’en tant que bon parleur, et ce conformément à un certain nombre d’idées reçues ou de consensus frauduleux sur la langue du colonisateur.

On pense – et nous avons été conditionnés à cet effet – que nos langues sont des langues inaptes à la pensée, juste bonnes pour exprimer des émotions et gérer nos bas instincts ( l’émotion est nègre, la raison hélenne, disait un célèbre prédécesseur de Macky Sall) là où les langues occidentales sont  celles de l’intelligence et de la pensée. Or si les langues occidentales – le français ou l’anglais pour ne citer que ces deux exemples – sont aptes à la pensée scientifique, philosophie, littéraire, etc, c’est parce qu’elles ont été développées, écrites, construites  et soutenues à cet effet. Les langues africaines qui ont un riche patrimoine proverbial, syntaxique et lexical ne sont pas moins aptes à servir les mêmes objectifs, pour peu qu’on les y entraîne.

L’autre idée reçue est d’ordre rhétorique qui  tient le bien dit pour le bien vrai et inversement. Or, depuis Platon on sait que le sophiste et ses fleurs de rhétorique sont surtout bons pour le jardin des illusions.

Fort de tout cela, je propose à mon frère Kémi Séba d’utiliser la technique des pasteurs évangélistes lors de ses discours publics ; comme eux, qu’il se flanque d’un interprète qui traduise en français ou en anglais ses paroles au moment où il les prononce dans sa propre langue maternelle, ou dans la langue véhiculaire la plus parlée de son pays ou de sa sous-région africaine.

Voilà une attitude parlante, qui montre le lien radical des systèmes symboliques sur lesquels se fonde la domination et l’oppression coloniales françaises.

En clair, la langue est le système symbolique des valeurs humaines, là où la monnaie est le système symbolique des valeurs marchandes. Et à mon avis, s’il y a une lutte à mener en priorité c’est celle des valeurs humaines.

Alan Basilegpo

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Un commentaire sur « Un Petit Conseil à Mon Frère Kémi Séba »

  1. Audition de Kémi Séba : Les détails du procès verbal (Pv)
    Les hommes de Moulaye Dicko, Commissaire de police et par ailleurs, Chef de la Brigade économique et financière de la DIC, ont auditionné le 25 août 2017, le nommé Kémi Séba de son vrai nom Stellio Gilles Capo Chichi. Cette audition fait suite à une plainte formulée par Me Mame Adama Guèye, pour le compte de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Dakaractu vous propose le minutes de l’audition…
    « J’ai été arrêté et condamné à 2 mois de prison ferme, en 2007 et 2014 en France »
    « Je me nomme Stellio Gilles Capo Chichi alias Sémi Kéba. Je suis né le 9/12/1981 à Strasbourg en France. Je suis chroniqueur à Vox Africa. Je suis marié à deux épouses et père de trois enfants. Je suis de nationalité franco-béninoise et titulaire de passeport français et béninois dont je ne me rappelle pas de la référence. (…) Je jouis de toutes mes facultés physiques et mentales. J’ai été arrêté et condamné à 2 mois de prison ferme, en 2007 et 2014 en France, relativement à mes activités politiques contre Sarkozy et Hollande ».
    « Aucun membre de mon organisation n’était au courant de l’action que je comptais poser »
    « J’ai pris acte de l’objet de ma conduite au siège de votre service, relativement à cette plainte déposée par la BCEAO à mon encontre. Je tiens à préciser que depuis janvier 2017, (des membres) de la société civile africaine, issus de pays d’Afrique francophone, ont sous la direction de notre mouvement, et pour la première fois depuis la période des indépendances, commencé à organiser de façon simultanée des mobilisations dont l’objet est de lutter pour l’élimination du franc CFA et de la France-Afrique. C’est dans ce contexte que nous avons organisé au Sénégal, à la date du 19 août 2017, un sit-in à la place de l’Obélisque. Effectivement, je reconnais qu’au cours de mon allocation, j’ai brûlé un billet de 5.000 F CFA. Cet acte était illustratif par rapport aux idées que nous défendons.
    Je tiens d’abord à préciser que le nommé Alioune Ibn Abitalib Sow n’était pas au courant de la volonté de brûler le billet. Aucun membre de mon organisation n’était au courant de l’action que je comptais poser. J’ai demandé à Alioune le briquet sans lui expliquer les raisons. La manifestation du 19 août 2017 portait sur la France-Afrique et non sur le franc CFA ».
    « J’assume pleinement mon acte »
    « Pour dire vrai, je savais effectivement que le Code pénal a incriminé l’action de brûler un billet de banque ayant cours légal au Sénégal. Cependant, il faut comprendre par là qu’il y a un adage qui dit que face à une loi injuste et immorale aucun citoyen doté de raison n’est tenu de respecter cette dernière. Je précise que la loi de 1946, sur l’instauration du franc CFA, bien qu’elle ait subi, au cours des années, de légères modifications, est injuste, car elle nous a imposé une monnaie de servitude qu’est le franc CFA. Je n’ai pas l’idée dans le futur de brûler un autre billet. Mais, l’organisation de manifestations contre le franc CFA va clairement s’amplifier dans toute l’Afrique. (…) J’appelle la justice et la BCEAO à comprendre que mon acte était un acte purement symbolique et je ne cherche pas à être l’ennemi, mais j’assume pleinement mon acte ».

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