Publié dans Essai, nigeria

« Buhari ? Même pas Peur » : Signes du Chant de Cygne d’un Président Égrotant

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On peut valablement faire une conjecture sur la longévité politique sinon biologique de M. Buhari, et estimer qu’elle est sujette à caution, .

En effet, depuis sa maladie qui l’a conduit à Londres,  l’observateur attentif de la vie politique du Nigeria a pu remarquer des signes de défiance croissante venant de la part du cercle des amis politiques du Président Buhari. Et ces signes ne trompent pas qui trahissent les velléités parricides de ceux qui naguère passaient pour les fils politiques ou courtisans zélés de M. Buhari et qui maintenant commencent à s’enhardir sinon à le toiser sans ménagement.

Le premier exemple de cette défiance est la résistance du sénat à entériner le choix de M. Magu, l’homme désigné par Buhari comme patron en titre de l’EFCC, l’agence phare de lutte contre la corruption, qui est la politique phare  du Président nigérian.

Par deux fois  le choix de M. Buhari a été rejeté par le sénat sous la présidence de M. Saraki, un homme qui, bien qu’étant de la majorité présidentielle, a des comptes à régler avec l’entourage de M. Buhari, qui n’hésite pas à tourner le couteau dans la plaie de son passé corrompu.

Le premier rejet par le sénat du choix de M. Magu intervint avant le séjour médical de Buhari à Londres. On croyait alors que ce n’était qu’un mouvement d’humeur des sénateurs, et que les choses rentreraient très vite dans l’ordre.

Dans cet état d’esprit, la présidence a soumis à nouveau frais la candidature du même Magu et, alors que l’opinion s’attendait à une confirmation de bon sens, elle a été rejetée sans gêne par le même sénat, qui semble en faire un casus belli. Preuve s’il en est que Buhari ne fait plus peur à la bande à Saraki.

Autre indice de la désacralisation flagrante de l’autorité naguère vénérée de M. Buhari, la nouvelle affaire dit Affaire El-Rufaï, qui défraie la chronique dans le pays. El-Rufaï est le Gouverneur de l’État de Kaduna. Fidèle parmi les fidèles de M. Buhari du temps de la toute-puissance sacrée de celui-ci, le gouverneur de Kaduna passait naguère pour un vice-président de l’ombre, et comptait parmi les visiteurs du soir de Aso Rock. Il avait l’oreille du Président, et se permettait toutes sortes de prises de position qui le laissaient apparaître comme un protégé sinon un dauphin potentiel de M. Buhari. Or voilà que le même El-Rufaï qui aurait écrit un mémo critique au Président sur la perception déclinante de son leadership par les Nigérians, faute sans doute de voir le président prendre en compte ses demandes et préconisations, n’hésite pas à le faire filtrer dans la presse.

L’Affaire fait grand bruit non seulement dans le landerneau politique nigérian mais dans le cercle restreint des caciques du pouvoir, où des voix s’élèvent pour réclamer des sanctions à l’encontre de l’impertinent Gouverneur.

Ces deux exemples qui sont moins exhaustifs que visibles témoignent de la contestation interne dont fait l’objet M. Buhari,  entre défiance et désacralisation de son autorité. C’est le signe que nombre de ses fidèles n’hésitent pas à  se placer dans une posture d’après Buhari.

Or cette hardiesse inédite, qui est assimilable à un crime de lèse-majesté, était impensable avant la maladie de M. Buhari, ou du moins avant l’aggravation de son état de santé qui l’a conduit en visite médicale prolongée à Londres ; le fait qu’elle le devienne prouve qu’elle a de fortes chances d’être une conséquence de cette vicissitude. « Buhari ? même pas peur » tel est l’état d’esprit de nombre de partisans, ambitieux pressés ou rancuniers avides de vengeance qui n’hésitent pas à trahir les signes d’une défiance impensables il y a seulement quelque semaines.

Cette désacralisation sans états d’âmes, et la défiance ouverte de l’autorité de M. Buhari est le signe que ceux qui s’y adonnent ne donnent pas cher de sa longévité politique sinon biologique.

Ayodele Babatope

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