Publié dans économie, nigeria

Nigeria : une Histoire d’Uniforme de Douanier tout Bénef pour le Bénin.

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Le service des douanes nigérian vient de suspendre la menace d’ouverture de la chasse aux voitures non dédouanées prévue pour le 12 avril prochain. En effet le délai de grâce d’un mois devait permettre aux propriétaires concernés de se mettre à jour sous peine de sanction.

Cette décision qui n’était que le corollaire de l’interdiction de l’importation des voitures par voie terrestre qu’elle visait à renforcer, a suscité un tollé parmi les usagers, les consommateurs et les professionnels de la filière de voitures d’occasion qui, au Nigeria, se comptent par centaines de milliers.

Ressentie comme condition aggravante du quotidien des Nigérians déjà durement frappés par la récession, la décision a fait l’objet d’une réaction de la part du Sénat qui a appelé à sa suspension.

Pour ce faire, le Sénat a invité le directeur des douanes, le Colonel à la retraite Hameed Ibrahim Ali, à se présenter devant sa séance pour une audition. Mais le directeur des douanes rechigne à se présenter  en bonne et due forme devant le sénat pour une histoire idiote de port d’uniforme.

Au Nigeria, à l’instar des préfets chez nous, le directeur d’un corps relevant de la sécurité doit porter un uniforme, qui est le signe distinctif de son appartenance. C’est le cas du Directeur de la Police, le Monsieur sécurité par excellence, qui apparaît ce faisant comme la référence et le modèle suprême des policiers. La règle est la même pour le corps des douaniers, dont le directeur doit  apparaître comme le premier des douaniers.

Or le colonel Hameed Ibrahim Ali, qui a été nommé directeur des douanes par M. Buhari, n’est pas issu de ce corps. Ancien militaire à la retraite, le colonel Ali met un point d’honneur à ne pas s’abaisser à s’attifer en douanier. Cette morgue renvoie au mépris classique de l’Armée vis à vis des autres corps de la sécurité qu’elle considère comme subalternes.

Et pourtant, le sénat a insisté sur le caractère formel et rituel de la présentation du directeur des douanes devant sa séance. Cette insistance  a donné lieu à  des échanges houleux entre les sénateurs arcboutés sur  leur attachement aux formes et l’ex colonel de l’Armée qui prétend que la substantifique moelle de sa fonction ne s’épuise pas dans le port d’uniforme.

On en était là, et alors que l’opinion retenait son souffle et attendait de voir comment le bras de fer allait se résoudre, lorsque le service des douanes, par la voix de son porte parole Joseph Attah, a annoncé aujourd’hui la suspension de la décision querellée.

L’histoire paraît dérisoire et idiote. Toutefois et quelque part, les Béninois devraient s’en frotter les mains de joie ; car, derrière  ce bras de fer et cette histoire idiote de port d’uniforme, c’est l’interdiction de l’importation de véhicules par voie terrestre qui se terre et cache à peine son nom. La chasse aux voitures  non dédouanées est un signal envoyé aux trafiquants et autres fayawo de voitures par voie terrestres dont la prospérité des affaires spéculent sur des faux documents et la corruption inhérente au milieu douanier lui-même. La pression rétrospective annoncée sur le dédouanement, à l’instar de la surveillance accrue des frontières, vise l’interdiction des véhicules par voie terrestre.

La suspension annoncée de la mesure est donc une victoire d’étape sur le chemin très politique de la libre circulation des biens, à commencer par celle des véhicules si chère à l’économie béninoise.

Bejide Alamoran

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