Publié dans Essai, Haro

Bénin : La Mise en Scène des Institutions dans notre Démocratie Hommedaffairisée

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Au Bénin, dans notre démocratie hommedaffairisée et financiarisée, et même bien avant qu’elle n’en vienne à s’engager dans cette triste voie, la manière dont les informations nous parviennent ou sont mises en musique n’est pas anodine. Elle fait partie de ce que l’on pourrait appeler, pour parodier Ervin Goffman, la mise en scène de la vie démocratique. Le fait  est particulièrement notable dans les rapports du pouvoir avec les institutions clé comme la Cour Constitutionnelle, sous l’angle de ce que l’on veut faire accroire au peuple et à l’opinion, et ce que l’on met dans l’ombre. Ce donner à croire fait partie de la fiction du fonctionnement harmonieux de l’Etat de Droit et de la séparation des pouvoirs.

Les interactions de la Cour constitutionnelle avec le pouvoir ces derniers jours illustrent si besoin en est cette mise en scène médiatique.

On a d’abord lu dans la presse que « la Cour condamne le Président pour discrimination contre les maires ». Ce qui peut laisser penser que la Cour est intraitable avec le Président  et ne fait preuve à son égard d’aucune indulgence ni de soumission. Puis moins de 48 heures plus tard, on apprend toujours dans la presse qu’il y a eu « Acquisition d’un immeuble de l’État par le Président Talon [ autorisée par la ] Décision DCC 17-099 du 6 janvier 2017 ».

L’ordre de révélation de ces informations au public  n’est pas anodin, et semble bien téléologique. Il s’agit de marquer dans l’opinion l’idée que la Cour est impartiale, et que c’est en toute impartialité qu’elle a autorisé la scandaleuse acquisition d’un immeuble de l’État par son chef. Cette initiative incestueuse ne peut que choquer l’opinion, venant de la part d’un chef de l’État quel qu’il soit, et surtout d’un homme d’affaires comme M. Talon sur lequel pèse une méfiance légitime de conflit d’intérêt. Que celui-ci ait outrepassé tous ses devoirs de réserve et de tempérance en matière de gouvernance et de commerce de bien public est  suffisamment grave pour que la Cour Constitutionnelle ne le suive pas sur ce terrain ambigu. Et quand le troublant acte est commis, il faut bien le présenter au public, mettre en scène sa révélation. Ainsi s’explique l’ordre d’apparition de ces informations sur les deux récentes décisions de la Cour Constitutionnelle concernant le Président Talon. Bien qu’apparemment dérisoire, la décision de condamnation a une fonction : au sens militaire du terme, elle sert de couverture à la décision d’autorisation d’un acte de gouvernance incestueuse.

Adenifuja Bolaji

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