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Bénin : la Trouble Résurrection des Rois

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Pendant plus de 60 ans que les Blancs nous ont directement colonisés, les soi-disant rois d’aujourd’hui ou leurs aïeux, ont fait profil bas, sinon l’âne pour avoir du foin ; dans tous les cas, ils étaient aux abonnés absents. Maintenant que nous sommes formellement indépendants et que nos gouverneurs ne sont plus blancs, ils lèvent la tête et sortent de leurs trous par centaines comme des criquets. Ils crient à leurs droits, et investissent le champ politique. La sauce qu’ils n’ont pas préparée est cuite, et ils réclament leur part. Ils ont des idées en la matière et veulent le faire savoir. Quand on sait ce en quoi a consisté leur sournoise implication dans la vie politique depuis l’indépendance, à savoir la connivence tarifée avec les pouvoirs du moment, on reste perplexe quant à leur désir tant crié d’être reconnus.  Et c’est dans cette optique qu’ils se sont réunis à Porto-Novo, ville et royaume emblématiques de la traitrise historique des rois par rapport à l’idée de résistance et de dignité nationale. Mais les demandes qu’ils formulent ne manquent apparemment pas de pertinence ni de sens.

Jugez-en vous-même, par cet extrait de presse.

« Les rois, reines et autres dignitaires traditionnels souhaitent vivement la prise en compte de leurs préoccupations pour la réhabilitation de nos valeurs endogènes et pour une meilleure affirmation de notre identité culturelle ». Celles-ci concernent entre autres la création au sein du Parlement, de la Chambre des nationalités composée de représentants des autorités traditionnelles et qui aura pour mission de contrôler la conformité des lois votées par les députés de l’Assemblée nationale avec les coutumes positives du Bénin, la création d’une juridiction de droit traditionnel depuis le village jusqu’au sommet et la reconnaissance par l’État des rois, chefs de terre, chef de couvents, devins comme administrateurs et juges locaux et dûment payés par les soins et fonds de l’État.

« Aussi, les rois, reines et autres dignitaires traditionnels veulent-ils que la prochaine Constitution béninoise reconnaisse les groupes de chasseurs de diverses contrées du pays ainsi que les brigades de jeunes comme structures légales contribuant à la sécurité publique et leur rémunération subséquente. A ces préoccupations, le document-synthèse retient la reconnaissance par l’État des cabinets et cliniques des tradithérapeutes et guérisseurs comme établissements de soins de santé légaux et partie intégrante de la médecine officielle au Bénin ainsi que le paiement par l’État des activités de guérisseurs traditionnels et la reconnaissance de toutes les langues nationales comme langues officielles. Les rois et autres dignitaires traditionnels invitent le Gouvernement et l’Assemblée nationale à donner une suite favorable à ces préoccupations pour la consolidation de la paix et de l’unité nationale au Bénin »

Bien que certaines de ces idées soient difficiles à réaliser, dans l’ensemble, elles ne  manquent pas de sens. Au contraire, dans leur essence et leur philosophie, ces idées, revendications et propositions représentent la perspective d’une nation intègre, décidée à ne plus marcher sur la tête comme nous le faisons maintenant dans une joyeuse et non moins affligeante insouciance.

Alan Basilegpo

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