Publié dans Essai

Bénin : le Sens Politique de la soi-disant « Libération des Espaces Publics »

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Il y a beaucoup à dire et à redire sur l’opération musclée de libération des espaces publics engagée actuellement par Talon contre les gens démunis, sans aide de l’état, et qui depuis toujours ont appris à se débrouiller de leur mieux pour nourrir leurs familles, les soigner et payer l’éducation de leurs enfants. On peut aussi se demander pourquoi le gouvernement ne s’interroge pas sur la genèse sociale et historique de cet accaparement anarchique des espaces publics par les gens. Et mettre en défaut la lecture éthique qu’il s’en fait, trop simple et simpliste pour n’être rien d’autre qu’un alibi politique.

Pour autant, on ne peut manquer de voir un sens politique dans cette opération musclée menée tambour battant sous la houlette de la figure de l’homme fort qu’incarne le préfet de la capitale, M Toboula. A savoir que si Talon voulait illustrer l’utilité du mandat unique qui fait débat depuis plusieurs mois, il ne s’y serait pas pris autrement.

En effet, si Talon devait se présenter devant le peuple et mander son suffrage pour une seconde fois, nul doute qu’il n’aurait pris le risque de le prendre à rebrousse-poil.

Vous me direz que Yayi Boni qui, non seulement a volé un second mandat, mais bava sur un troisième, et remua ciel et terre sans y arriver — Dieu merci — oui  que Yayi, l’obsédé de Présidence devant l’Eternel, eut lui aussi son moment de contrariété avec le peuple ; ce fut lorsqu’il se lança à corps perdu  dans la lutte contre le payo. Lutte violente, sans queue ni tête, dans le style désaxé de son promoteur, et qui se solda par endroits et par moments par des morts d’homme.

Certes, mais comme chacun a pu s’en rendre compte et le voir de ses propre yeux,  Yayi Boni a pris le soin de mener cette lutte uniquement dans le Sud, à Porto-Novo, Cotonou ou peut-être à Abomey. Il ne la mena même pas à Dassa, sans parler de son Nord mythique, qui, comme chacun a pu le voir de ses yeux korokoro durant son règne,  commence par les Collines.

Autrement dit, dans sa violence inopinée et gratuite, Yayi Boni veillait sur et ménageait son fief électoral comme la prunelle de ses yeux. Alors qu’au contraire, aussi impaire qu’elle soit, la violence de Talon est sans discrimination. Ou plus exactement, cette discrimination si elle existe, est plutôt inversée et politiquement masochiste. En effet, sudiste typique, Talon n’hésite pas à frapper fort au cœur de ce qui pourrait être considéré le cas échéant comme sa région électorale de référence.

Donc, outre l’improvisation qui caractérisa la violence de la lutte contre le payo que mena Yayi Boni, il y a cette subtile différence politicienne, qui plaide en faveur de Talon. Toutefois, dans les deux cas, le deux poids deux mesures dans le respect ou plus exactement le non-respect de la rationalité légale est le même ;  sans compter l’hypocrisie de l’État, qui s’acharne contre ceux d’en-bas lorsqu’ils s’accaparent des espaces publics, tandis que ceux d’en-haut, hommes politiques ou hommes d’Affaires, — catégories sociopolitiques devenues synonymes au Bénin — qui s’accaparent des espèces publics sont intouchables, de régime en régime.

Adenifuja Bolaji.

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