Publié dans Essai

Pourquoi le Programme dit « Bénin Révélé » Risque de ne Rien Révéler du Tout

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L’indépendance des pays africains en 1960, menée par le Ghana et son leader historique, Kwame Nkrumah, a généré une onde d’euphorie et d’espérance. 56 ans après, cette onde s’est dissipée, et l’espérance  a mué en cauchemar au quotidien.

Malgré le progrès technologique du monde, ses effets en Afrique relèvent plus d’un artefact que d’un progrès enregistré au fil du temps. Car souvent, les formes du progrès conduisent l’Afrique à déplacer ses problèmes tout en se voilant la face sur la condition d’organisation et de gestion rationnelle sans laquelle elle ne pourrait prendre pied dans le progrès. Exemple : les États africains avaient du mal a mettre en place un réseau de téléphone fixe classique, et jadis ce service était réservé à quelques-uns, qui se comptaient sur les doigts d’une main. Mais avec les nouvelles technologies du téléphone satellitaire, le téléphone est devenu en Afrique un phénomène populaire total, qui défie la fermeture sociologique. Pour autant, cela ne signifie ni un progrès social intrinsèque ni une avancée de nos capacités d’organisation.

Les causes de la désillusion africaine sont nombreuses. On peut citer, entre autres choses :

1/  Les effets induits de l’aliénation coloniale et du système antérieur de l’esclavage.

2/ Le manque d’unité aussi bien à l’intérieur des états qui peinent à se construire comme nations qu’au niveau du continent, entre états.

3/ L’irrationalité de la gouvernance caractérisée par des accaparements/distributions anarchiques de postes au mépris des compétences ; la corruption, l’impunité et la gestion patrimoniale des biens publics.

Mais, au-delà de ces raisons fondamentales, et se conjuguant avec elles, il y a la conception de l’action sociopolitique et la responsabilité collective dans l’avènement du progrès.

Les meilleurs intentions ou propositions politiques en Afrique sont basées sur des programmes d’action paternalistes où le dirigeant prétend ou promet faire ceci, cela pour le bien-être commun, construite telle ou telle infrastructure, apporter ou mettre en place tel ou tel service, comme cela existe sous d’autres cieux plus fortunés. Et tutti quanti…

Cette approche héroïque et biblique du progrès n’a jamais tenu la route. Le développement d’une nation  est une chose trop sérieuse pour être confiée à un seul homme ou à un seul gouvernement. Le développement ne se fait pas sur le mode biblique de la création du monde par Dieu ; il ne vient pas d’en-haut. Le développement est une chose collective. Le gouvernement ou le chef de l’État n’en sont que des accompagnateurs ; ils sont là pour permettre au peuple, à tous les niveaux, de construire son propre progrès, selon son souhait. Le Gouvernement est à la société, ce que le chef d’orchestre est à l’orchestre ; la musique, c’est l’orchestre qui la fait, pas le chef d’orchestre. C’est le travail du peuple, sa maturité collective, sa détermination et son engagement qui vont faire émerger le progrès ; pas les petit 1, petit 2 ou les pilier 1 ou piliers 2 d’un programme gouvernemental.

Donc les beaux programmes de nos meilleurs dirigeants ne changeront rien à l’état de nos sociétés si au préalable les populations ne sont pas déterminées et rendues aptes à prendre en mains leur destin.

Et le programme dit du Bénin Révélé, qui vient d’être rendu public, ne risque de rien révéler du tout si, loin de promettre monts et merveilles comme d’habitude, à mille lieues de toute tentation messianique, il n’oriente modestement sa vision vers une stimulation du génie, de la détermination, et de l’engagement collectifs, en créant les conditions préalables d’une activité endogène, autonome et responsable.

Adenifuja Bolaji

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