Publié dans Essai, Haro

Violation de la Constitution : Qu’attendons-nous Pour Sanctionner Talon ?

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Si nous sommes dans une Démocratie, nous avons une constitution qui régit notre vie politique. Elle est la loi fondamentale du pays. Et doit être rigoureusement respectée. Toute notre vie politique doit se dérouler selon sa lettre et dans son esprit. Le président de la République est le garant de son respect. Or, comme on l’a vu faire les dix dernières années, la violation de la constitution était monnaie courante sous Yayi Boni, une seconde nature, un fait du prince. Or qui dit prince, dit monarchie sinon autocratie. Avec Yayi Boni, nous avons laissé faire. Nous avons transigé  en encaissant les coups de manière stoïque par complaisance ou par compromission, justifiant notre passivité par la sagesse ou la nécessité de préserver la paix.

Nous oublions qu’en matière de Démocratie, il n’y a pas de petite violations de la constitution ; qu’une constitution ça se respecte strictement ou ça se jette à la poubelle, que les petits ruisseaux font les grandes rivières, et que c’est avec de petits sacs poubelles qu’on finit par faire une décharge d’ordures…

Les violations répétées de la constitution dans lesquelles Yayi Boni est passé maître dès 2006 ont abouti à leur point d’orgues qui est le holdup électoral de mars 2011. Les violations de la constitutions qui ont continué après 2011ont abouti à tous les excès, tentatives de confiscation du pouvoir  et risques d’implosion nationale auxquels le pays a échappés de justesse en un sursaut collectif.

Pourquoi transigeons-nous sur les violations de la constitution par le président de la République, celui-là-même censé en être le garant ? Sommes-nous oui ou non attachés à la Démocratie ? Est-ce parce que, à l’instar du roseau, nous préférons plier que de rompre ? Aurions-nous peur du coût politique de la sanction induite par la violation de la constitution par le président de la République ?

Signalons d’entrée à notre décharge qu’il y a violation et violation de la constitution. En fait, les qualifications de violation de la constitution par le Chef de l’État sont de deux sortes. Il y a des qualifications qui relèvent d’une interprétation, et que l’on peut alors considérer comme subjectives, c’est-à-dire une vue de l’esprit, une manière de voir les choses même lorsqu’elle émane d’un juriste ou d’un spécialiste du droit constitutionnelle. Ce type de qualifications a souvent un usage et une fonction rhétoriques et politiciens.

Et puis, il y a la violation qui ne relève pas d’une interprétation, et qui est factuelle. C’est ce qu’on pourrait appeler un constat de violation objective. Sous Yayi Boni, les violations subjectives et les violations objectives se bousculaient au quotidien, comme l’inspiration et l’expiration.

Or donc, avec son successeur, nous voilà confrontés au même vice. Les détracteurs de Talon, qui sont de plus en plus vocaux brandissent contre lui des accusations de violation de la constitution. Nombre de celles-ci pourraient à l’évidence, comme on peut s’y attendre, être classées dans la catégorie subjective, à usage rhétorique. Vu le socle d’inimitié potentielle sur lequel M. Talon a bâti sa double fortune politique et financière, cet état de choses n’étonne pas. Même si le remplaçant polémique de M. Yayi était censé nous faire oublier ses vices et ses dérives. Toutefois, la catégorie de violation subjective n’épuise pas toutes celles dont Monsieur Talon est crédité en l’espace de 7 mois à la tête du pays — et ce sans considération du fait qu’on ne prête qu’aux riches. Le péché — catégorie religieuse qu’il affectionne — concerne la déclaration de sa fortune que Monsieur Talon n’a pas cru devoir faire comme l’exige pourtant la constitution. Si, comme cela se murmure de-ci de-là, Monsieur Talon continue de jouer un rôle de premier plan dans la direction de ses affaires, et ce en violation aussi bien de l’esprit que de la lettre de la constitution, ce mélange des genres ou conflit d’intérêt peut bien être défendu par ses avocats, ses thuriféraires et autres partisans zélés. Soit par dénégation cynique, soit par raisonnement spécieux, c’est-à-dire l’arme rhétorique.

Mais la non déclaration de sa fortune par le Chef de l’État est un fait : elle a lieu ou elle n’a pas lieu. Et Monsieur Talon qui est le président de la République, et qui, à ce titre devrait en donner l’exemple n’a pas encore cru devoir respecter cette exigence constitutionnelle  et éthique. Alors un tel refus ou oubli pose question :  Dans notre Démocratie, comment gère-t-on la violation de la constitution par le Chef de l’État ? A qui revient l’obligation de rappeler le président à l’ordre ? Et qu’encourt-il comme sanction le cas échéant ?

Le peuple doit-il rester passif observateur, au motif que la faute commise serait vénielle et ne mériterait pas sanction ? Erreur ! En termes politiques et éthiques, il n’y a pas de petits manquement à la loi. La constitution est ou n’est pas violée ; et quand elle l’est impunément elle n’est plus. Le président de la République qui viole la constitution de façon objective doit être objectivement sanctionnée. Au besoin et très vite, le peuple doit le dégager ! En matière de respect de la Constitution, il n’y pas de petits larcin. Qui vole un œuf, volera un bœuf, et alors, il serait trop tard !

Aminou Balogun

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