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Naissance de la « race »

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Retraçant la généalogie de l’idée de race humaine, Claude-Olivier Doron revient sur le rôle des Lumières, notamment de Buffon, dans l’émergence d’une pensée raciale monogéniste. Il s’interroge ainsi sur la concomitance entre émergence de l’idée de « race » et affirmation de l’universalisme.

Une approche de la « race » par la notion de dégénérescence

À travers cette dense et passionnante étude des relations entretenues par la « race » avec la notion de dégénérescence, Claude-Olivier Doron se propose de revenir à la définition d’un objet – la « race » – dont les contours autant que le contenu apparaissent bien souvent insaisissables. L’auteur assimile vite dégénérescence et dégénération, au titre de la quasi-synonymie qui s’établit entre les deux termes lorsque le premier apparaît, au XIXe siècle, sous la plume notamment du médecin aliéniste Benedict-Augustin Morel ; quand distinction il y a, la dégénérescence est alors le produit de la dégénération. Ce processus présuppose à la fois l’existence d’un type originel et de mécanismes de dégradation. Cependant si la dégénération nécessite de distinguer les marques de la différenciation par rapport à l’état initial, elle n’implique pas nécessairement la séparation en espèces ; l’homme dégradé reste un homme. Tout l’intérêt de l’œuvre de Claude-Olivier Doron réside justement dans l’analyse de ces discours de l’altération et dans l’étude des tendances ou non à l’essentialisation des différences à travers l’idée de « race ».

S’il admet dès l’introduction que son œuvre aura, sur le plan des usages du terme de « race », nécessairement un aspect choral, l’auteur fonde son propos sur plusieurs affirmations. La « race » n’est pas uniquement l’instrument savant permettant de justifier le rejet ou la haine de l’autre, pas plus qu’elle n’est un instrument de domination. Elle n’est ni plastique, ni « irrationnelle » puisqu’elle repose sur une catégorie du savoir au sein d’une discipline : l’histoire naturelle. Dans ce cadre, Claude-Olivier Doron refuse également une définition de la « race » fondée sur une approche polygéniste – c’est-à-dire dans laquelle les différences biologiques imposées par la « race » seraient originelles, radicales et définitives –, qu’il juge trop restrictive. Il lui préfère une approche plus dynamique de l’objet pouvant s’accommoder des théories monogénistes, lesquelles, à l’encontre du polygénisme, affirment l’existence d’une origine unique à l’homme, mais nécessitent par conséquent l’emploi de la notion de dégénération pour expliquer les différences visibles dans l’espèce humaine.

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