
Le sénat nigérian était au bord du désarroi hier, à cause de l’absence d’un autre candidat nommé par M. Buhari et convoqué devant sa commission de vérification. Il s’agit du professeur Akintunde Akinwande, qui avait été nommé par Buhari Président du comité de Régulation de l’Electricité (NERC), et qui a fait faux bond à la commission de vérification de sa nomination.
Cet incident arrive 48 heures après qu’une ancienne ministre et ex-gouverneur adjoint de l’Etat de Plateau, Mme Pauline Tallen eut décliné sa nomination par Buhari à un poste d’ambassadeur. La raison invoquée par Mme Tallen était la priorité qu’elle accordait à l’assistance à son mari malade. Mais cette raison, quoique vraie, n’était qu’un prétexte courtois. Mme Tallen a expliqué aux médias dans une communication ultérieure les vraies raisons pour lesquelles elle a renoncé à sa nomination : le manque de consultation préalable, et le caractère politiquement déséquilibré — c’est-à-dire dans le contexte culturel nigérian — territorialement pour ne pas dire ethniquement aveugle des nominations de M. Buhari.
Cette critique n’est pas sans rappeler celles formulées il y a peu par Mme Buhari Aisha, l’épouse du président dans une récente interview accordée à la BBC, dans laquelle elle se plaignait que son mari avait été pris en otage par une caste de manipulateurs bornés, ouvriers de la 25ème heure, et que Monsieur Buhari ne connaissait même pas la plupart des personnes qu’il était supposé avoir nommées.
Quand on sait que Mme Pallen est une amie de Mme Buhari, on comprend que la prise de position de l’ex-vice gouverneur du Plateau est une manière de soutien politique amicalement motivée.
Pour les Béninois qui ne sont pas au fait des subtilités de la vie politique nigériane, il faut dire que l’une des préoccupations de la prise de position quasi héroïque de Mme Buhari résidait dans la tournure régionaliste que prenait la gouvernance autistique de M. Buhari, avec le risque politiquement dangereux de délestage du sud-ouest yoruba, dont le concours, sous la houlette magistrale de M. Bola Tinubu, avait été décisif dans la victoire électorale de l’APC aux dernières élections générales.
Dans ces conditions, le fait que la seconde personnalité à rejeter sa nomination par Buhari soit d’origine yoruba est loin d’être un hasard.
Biodun Adepeju
