Publié dans Haro, Press-Links

La Rupture en Afrique : l’Homme de Faits et l’Homme d’Affaires

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En Décembre de l’année dernière, à peine élu, le nouveau président tanzanien John Magufuli s’est mêlé à la population comme un citoyen ordinaire pour ramasser les ordures, dans le cadre de la campagne de nettoyage qu’il a imposée en lieu et place des festivités annuelles de l’Indépendance.

Sous les yeux de centaines de spectateurs, M. Magufuli a manié la pelle avec une dizaine de pêcheurs pour enlever des feuilles et des détritus en plastique autour d’un marché aux poissons, près du palais présidentiel de Dar es Salaam, la capitale économique, a constaté un photographe de l’AFP.

« Travaillons ensemble pour garder notre pays, nos villes, nos maisons et nos lieux de travail propres », a déclaré tout sourire le président, en collectant des déchets avec les mains.

Les opérations de nettoyage ont eu lieu dans toute la capitale économique, où des nuages de fumée s’élevaient dans les airs, les habitants brûlant des piles d’ordures.

Quelques jours après sa prise de fonctions début novembre, M. Magufuli avait décidé l’annulation des festivités annuelles de l’Indépendance – d’habitude célébrée en grande pompe – afin d’économiser de l’argent et le consacrer à cette campagne de nettoyage, pour lutter contre le choléra.

« Il est simplement honteux que nous dépensions tant d’argent pour célébrer 54 ans d’indépendance quand notre peuple meurt de choléra », une maladie qui a tué 150 personnes ces trois derniers mois en Tanzanie selon l’Organisation mondiale de la santé, avait-il déclaré.

 Quelques semaines après son élection, M. Magufuli a multiplié les initiatives visant à combattre la corruption et le gaspillage de l’argent public.

Il a notamment imposé la suspension des voyages à l’étranger non impératifs pour les responsables gouvernementaux, interdit l’achat de billets d’avion en classe affaires pour ses ministres et réclamé que les réunions du gouvernement aient lieu dans des bâtiments publics plutôt que dans de luxueux hôtels.

On le voit dans l’image ci-dessous, voyageant en classe économie à bord d’un avion d’Ethiopian Airlines, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. A mille lieues des mœurs dépensières d’un Patrice Talon, qui a promis la rupture à ses concitoyens pour se faire élire, mais peine à rompre avec la tolérance de la corruption, et les dépenses somptuaires ; un Talon qui pour voyager n’hésite pas à affréter des jets de luxe qui ne coûtent pas moins de 770 000 euros par mois au budget de l’État[1] ; un Talon plus occupé à renflouer ses sociétés naufragées qu’à renflouer l’économie nationale…

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blog1En Afrique doit-on dire que la rupture,  ceux qui la font ne la hurlent pas sur les toits et ceux qui la hurlent sur les toits s’en moquent comme d’une guigne ? Le triste exemple béninois, qui était du reste prévisible avant l’élection loufoque de Talon, le laisse penser.  Sous le rapport de la rupture, la différence entre le président tanzanien et son homologue béninois saute aux yeux. L’un est un patriote, vrai homme de rupture et de faits de rupture, tandis que l’autre est un parolier de la rupture et un homme d’affaires dans l’âme.

Agbopanzo Balthazar

[1]Olivier Dossou Fado, in meeting de la Diaspora, 9 Octobre 2016,  Paris

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