
A en croire le Ministre Joseph Jogbénu, Président de la commission éponyme chargée d’élaborer les propositions de révision constitutionnelle, le régime du Nouveau Départ « assume » les émoluments des commissaires — 15000 euros pour un travail somme toute patriotique d’une durée de 30 jours ! Mais qu’est-ce à dire assumer une telle extravagance dans un petit pays africain pauvre, qui vit surtout de l’aide étrangère, et où la misère sociale endémique et croissante effrite chaque jour la dignité humaine ?
À supposer un seul instant que le régime n’assumât pas cette scandaleuse libéralité faussement rationnelle, ristourne politique pour mission accomplie ou à accomplir, que ferait Saint Jo ? Lui qui naguère n’hésitait pas à se vêtir de rouge chaque mercredi que Dieu a créé pour soi-disant dénoncer les excès du régime défunt… Peut-il seulement nous traduire en fon ou en yoruba le mot « j’assume »? La difficulté évidente d’une telle traduction en dit long sur l’inexistence d’un tel concept dans nos langues, si peu enclines au sophisme mais elle signe aussi la concavité rhétorique de la réponse de M. Jogbénu.
« Je suis fier », « j’assume », rien que des mots pour endormir ceux qui n’ont pas assez de sou pour s’acheter un somnifère, zéro ! M. Jogbénu, « assumer », aurait-il une signification sincèrement politique ? Voudrait-il dire que vous restez droit dans vos bottes électorales, lorsque prochainement le peuple décidera de vous sanctionner aux urnes pour cette escroquerie de coterie ? Non, bien sûr que non ! Car M. Talon et son système auquel vous appartenez savent mieux que quiconque que les élections au Bénin n’ont jamais donné droit ni à la mémoire politique du peuple ni à ses convictions profondes mais ne sont qu’un moment fugace de chantage commercial à son pouvoir d’achat.
Monsieur l’assumeur, savez-vous que cela n’aurait choqué personne que chacun de vos commissaires reçût l’honnête somme d’un million de francs pour cette sorte de tâche à l’exécution de laquelle tout bon citoyen se dépense pour son pays sans compter ? Dans cette hypothèse hautement patriotique et digne d’un Nouveau Départ, et en Rupture avec les anciennes pratiques, tout calcul fait, ce sont 450 million de francs qui pourraient ainsi être épargnés ; de quoi financer le cas échéant 4500 jeunes, entrepreneurs, commerçants, femmes, nécessiteux, etc. à hauteur de 100000 F ! Avouez qu’à une échelle modeste, c’est en moins un pan de la misère sociale qui mine le tissu social et défigure la dignité humaine. Peut-être aussi de quoi doper le taux de réussite aux examens scolaires dont la faiblesse sinon la bassesse ahurissante entre autres causes sociales et sociétales n’est pas sans rapport avec la misère qui ronge le peuple.
Alors Monsieur Jogbénu, arrêtez de vous payer de mots, après vous être faits payer — vous et votre coterie de commissaires — des maux du citoyen ordinaire. Le Ministère de la parole n’a rien à voir avec le Ministère de la Justice
Aminou Balogun
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Ainsi va le Bénin, mon cher Balogun!
Hélas ! mais ainsi ne devrait-il pas aller …! Bonne journée, mon cher !