Publié dans Critique, Essai

Bénin : la Rupture selon Mathieu

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 En 2006, au cours des tractations qui allaient conduire à la fatale élection de M. Yayi Boni, Me Adrien Houngbédji, entre deux négociations avec les parties prenantes, et ce en guise de critique du slogan de son adversaire du second tour qui faisait florès dans l’opinion, avec tristesse et un zeste de mystérieuse ironie posait la question des 3Q : « Qui va changer Quoi avec Qui ? »

Question lucide et prémonitoire malgré le peu d’écho qu’elle eut au sein des faiseurs de roi réunis sous le nom historiquement douteux de wologuèdè ; question à laquelle, faute d’y avoir répondu comme cela se devait tout le pays dut écoper de dix années d’un régime corrompu, médiocre et autocratique, qui n’a fait que l’arriérer, aggraver ses tares, au lieu de le changer.

Aujourd’hui, à propos de la rupture, la question  des 3Q reste d’actualité. A l’instar de Me Adrien Houngbédji, on aurait aimé qu’un Zinsou, malheureusement déjà absorbé par ses préoccupations étrangères à notre politique,  demande : « Qui va rompre Quoi avec Qui ? »

En dehors du fait que la hargne originelle de Talon est dirigée contre l’arbitraire du régime et de l’homme qui le poussa à l’exil en saccageant ses affaires, outre qu’aujourd’hui il a bien du mal à actualiser cette hargne, M. Talon qui n’était pas un inconnu du régime Yayi, émerge avec un impressionnant bataillon de ses princes et courtiers déçus, persécutés ou tombés en disgrâce comme lui.

Et, outre la délicatesse politique du fait de faire rendre gorge à Yayi Boni pour les crimes divers et variés qu’il a commis, on a du mal à voir comment ce ban et arrière-ban des déçus du régime du changement/refondation pourrait rompre avec un système et un homme dont ils furent jadis et longtemps les inspirateurs, les suppôts, les financiers, les bénéficiaires et les stratèges zélés. Cette indétermination ontologique est le gros boulet de la rupture.

A moins que rupture ne s’entende au sens de Jésus-Christ au cours de la Cène. Dans Mathieu 26 : 26  on peut lire en effet : « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâce, il le rompit et le donna à ses disciples… »

 Alors, au lieu d’avoir une réponse à la question des 3Q que personne du reste n’a posée, les Béninois, se contenteront d’une rupture de pain au sommet de l’État, en espérant ramasser les miettes.

Biduzo Anicet

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