Publié dans Essai, Haro, Image

Unité Nationale et concur- rence identitaire en Afrique

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Le Nigeria est le pays le plus peuplé en Afrique, et la question de l’unité nationale s’y pose de manière plus aigüe qu’ailleurs. Le Nigeria, de l’indépendance à nos jours, est allé d’une division en trois régions à une fédération d’états dont le nombre est passé de 9 au début à 12, puis 19, etc.. jusqu’à 36 aujourd’hui. Chaque petit bled voulant se constituer en état afin d’en tirer les avantages. Un état, ça donne un gouverneur, des commissionnaires, un revenu fédéral, source d’enrichissement et surtout de corruption monstrueuse pour une petite classe d’hommes politiques futés et sans merci. Et souvent le poste de gouverneur est un marchepied vers les postes politiques nationaux en vue : ministres, vices présidents et présidents fédéraux…. Quand on existe en tant qu’état fédéré au Nigeria ou quand on veut exister en tant que tel, il faut l’illustrer; aussi chacun des 36 états du Nigeria se livre à un concours de l’apparat et de l’apparence,  à une émulation vestimentaire pour le moins étourdissante. Cela donne l’impression d’une forêt tropicale aux essences bigarrées. Les coiffes, turbans, boubous, djellaba, aux couleurs bariolées se côtoient dans une espèce de carnaval vestimentaire. Chacun veut se distinguer de l’autre. Même si ces distinctions peuvent se ramener à quelques grands ensembles ou oppositions : le Nord, le Sud, les chrétiens, les musulmans, le Nord-est musulman, le Nord-ouest musulman, le sud-est chrétien, le sud-ouest chrétien, le sud-ouest musulman, le centre musulman, le centre chrétien, le delta du Niger, etc… Tous ces groupes adoptent des stratégies de distinction que leur vêtement est chargé d’exprimer. Je porte telle coiffe, tel boubou et telle couleur, donc je suis de telle région ou de telle religion…
Mais dans cette foire d’empoigne à la distinction, il y a un premier paradoxe qui s’insère. Les hommes politiques jusqu’à preuve du contraire et à prendre à la lettre leurs prétentions, sont des représentants des peuples. Or la population du Nigeria comme la plupart des populations africaines est en majorité constituée de jeunes. Ces jeunes, qu’ils soient des classes populaires, paysannes, urbaines, citadines, moyennes ou supérieures, s’habillent bien plus sobrement et plus uniment, et ne sont nullement obsédés par le souci de la distinction identitaire ; bref, ils ne reprennent pas à leur compte, du moins pas avec un insigne acharnement, la concurrence identitaire qui fait rage en leur nom au sein des représentants politiques établis.
Et la question est de savoir : comment se fait-il que ceux qui représentent les peuples utilisent des drapeaux identitaires qui ne flottent nullement dans le ciel vestimentaire de ceux qu’ils prétendent représenter ?
Cette concurrence identitaire, qui n’est qu’un moyen établi de captation des ressources nationales, outre la corruption qui la motive, n’attise-t-elle pas le feu de la division nationale ?
Alan Basilegpo
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