
Bien qu’il ait été élu président au suffrage universel par les Béninois, M. Patrice Talon ne se sentait pas de l’étoffe présidentielle. Pour cela il lui a fallu suivre un parcours initiatique en règle. D’abord en rendant visite à des présidents africains francophones bien rodé : le togolais Eyadéma, et le burkino-ivoirien Ouattara. Sur le mode du qu’importe le vin pourvu qu’on ait l’ivresse, il n’a pas eu d’états d’âme à s’aboucher avec ces présidents mal famés dans la conscience collective africaine. Il avait besoin de présidents africains avec lesquels se frotter zogbé zogbé pour avoir l’air d’un vrai président.
Il y a donc une différence entre un président vraiment élu par le peuple — ce qu’est Patrice Talon, sous réserve du rôle de l’argent dans les élections béninoises — et un vrai président. Un président qui n’est pas élu par le peuple est d’office un vrai président puisque son avènement est le fait des intrigues néocoloniales ; il n’a plus besoin de rite d’initiation. Mais un président vraiment élu a besoin de se sentir un vrai président. Aussi va-t-il accomplir coûte que coûte son rite d’initiation sur la voie royale en vigueur dans la Françafriquie.
C’est ce que Talon vient de finaliser à Paris. Sa montée vers le firmament parisien a été graduelle : Togo, Côte d’Ivoire puis Paris, France. A Paris, il a reçu du vrai sang présidentiel. Cette intronisation française est pour lui ontologique. Je pense donc je suis a dit le français Descartes ; Talon vient de nous dire dans son discours de con pétant : « Je suis reçu à l’Elysée, j’y ai parlé au Président Français donc je suis Président ». Son geste confine à un cogito.
Alan Basilegpo
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