Nicéphore D. Soglo: Discours sur le Néocolonialisme

blog1

CHERS AMIS !

 C’est ainsi que je voudrais m’adresser à ce parterre d’éminentes personnalités ici rassemblées.

Je vous remercie de m’avoir invité et remercie surtout, notre hôte, le professeur

Joël Aïvo de m’avoir associé à cette prestigieuse manifestation. Car en ces temps d’effervescence politique, je sors rarement de chez moi.

J’ai été Chef d’Etat, et YAYI Boni était à mon cabinet. Beaucoup de ceux qui ont fait partie de mon gouvernement sont présents dans cette salle. J’ai quitté ma fonction la tête haute. Je me rappelle qu’avant mon départ, j’avais reçu la visite d’une éminente personnalité américaine qui m’a dit, à mon grand étonnement: « votre vie est en danger» et m’a fait comprendre (pensait-il au Président OLYMPIO ?),que je risquais même la mort. Le pays de « l’Oncle Sam » était alors plongé dans une sordide affaire politicienne: L’affaire Monica LEWINSKY qui faisait planer une menace de destitution sur le Président Bill CLINTON. Il ne pouvait donc en cas de besoin, m’être d’aucun secours. Aussi, serait-il idiot, dit-il, de mourir comme Thomas SANKARA et LUMUMBA et de finir dans les livres d’histoire. J’ai rétorqué qu’un tel sort: « mourir pour sa patrie me plairais beaucoup» (applaudissement) car on ne met sa vie en jeu que pour son pays. Mais il m’a fait une réponse qui m’a ému et fait réfléchir:

« ne vaut-il pas mieux rester en vie et continuer d’aider son peuple. Je vous parle en tant qu’ami, car en vie, vous pourriez, tranquillement installé au bord d’une rivière, voir passer, un à un, les cadavres de vos ennemis ».

Et j’en vois passer en effet.

Le problème que nous abordons ce jour est très important, sinon capital. Et je ne sais pas si demain, Dieu ne va pas m’inviter chez lui comme il vient de le faire pour le Ministre Marius FRANCISCO, qui nous a récemment brutalement quittés. Et l’on pourrait peut-être dire pourquoi un président qui a eu une vie aussi passionnante que moi n’ a-t-il pas laissé au moins un livre de souvenirs? Ne serait-ce que pour communiquer quelques informations utiles. Dans un univers tourmenté, quelques judicieuses mises en garde sont toujours les bienvenues.

C’est aussi pour cela que j’ai accepté l’invitation du professeur Joël Aïvo.

J’ai écouté tout à l’heure, avec beaucoup d’intérêt, le Secrétaire de la  Francophonie et je fais ici une digression. Lorsque j’ai quitté le pouvoir, j’ai été accueilli aux USA à l’Université Harvard de BOSTON. C’est là qu’un jour j’ai reçu, une invitation à dîner de l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis et parmi les invités, il y avait Maurice DRUON, un grand écrivain français pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Il a notamment écrit « Le chant des Partisans ». un magnifique chant patriotique, contre l’invasion nazie. Il était alors le Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française. Il m’a dit avec une certaine tristesse: « Nous sommes vraiment désolés pour ce qui s’est passé dans votre pays ». C’est le peuple béninois, ai-je répondu, qui serait heureux d’entendre vos propos. Mais ce n’est  hélas, pour nous désormais, que le médecin après la mort. Il a ensuite ajouté : « votre « ami » Jacques CHIRAC nous envoie vous présenter une proposition qui a reçu l’agrément de tous ».

« Des rumeurs circulent que les Américains sont prêts à vous proposer le poste du Secrétaire Général des Nations Unies ». Ce sont des rumeurs que certains font circuler chez vous pour continuer de m’appeler « SOGLO l’Américain» lui ai-je rétorqué. Alors, il m’a dit: « nous sommes ici pour vous proposer d’être le prochain Secrétaire Général de la Francophonie ».

 A l’époque c’était BOUTROS GHALI qui était encore en place. J’ai poliment décliné l’offre: « On ne peut tout de même pas me chasser de mon pays pour que Jacques CHIRAC m’offre, comme lot de consolation, je ne sais quel gadget ». J’ai donc dit à Maurice DRUON: « je suis désolé, ma réponse est négative ».

Il a répliqué : « réfléchissez encore, Monsieur le Président, la nuit porte conseil ». Et par amitié pour lui, j’ai accepté de le rencontrer le lendemain matin avant son départ. Je crois qu’alors étaient présents avec moi à BOSTON le professeur HOLO, le fidèle des fidèles Marius FRANCISCO et Guy ADJANOHOUN. Je leur ai dit à mon retour, « croyez-le ou non, on nous offre un lot de consolation après le hold-up électoral qui a eu lieu dans notre pays ». Et comme promis le lendemain, je confirmais mon refus à Maurice DRUON.  Je suis heureux que ce soit mon ami ABDOU DIOUF qui a pris la succession et donné à ce poste tout son lustre.

 Notre monde est actuellement en grande ébullition. Et lors d’un dîner à Paris, au mois d’août, avec des amis, nous avons évoqué la question: « Ce qui se passe actuellement en Europe, leur ai-je dit, n’est que l’illustration de ce que toutes les civilisations sont mortelles. On a assisté à la grandeur de l’Europe occidentale, et maintenant on assiste à la décadence d’un continent qui a dominé la planète pendant cinq (5) siècles. Pour Paul VALERY en effet, les civilisations naissent, grandissent, s’épanouissent, vieillissent, déclinent, meurent pour donner naissance à une autre forme de vie». C’est ce cycle que connaît actuellement l’Europe occidentale. Elle a dominé notre planète, commis l’un des plus grands génocides de l’histoire: celui des Indiens avec des chefs aussi cruels que ceux d’ Hitler. Ils ont pour noms CORTEZ, PIZZARE, ALMAGRO. Ils ont avec leurs successeurs, tué presque tous les Indiens. Et aux Etats-Unis, le Général SHERMAN disait que « le seul bon indien c’est l’indien mort ». Les survivants sont, depuis lors, parqués dans les zoos humains appelés « Réserves indiennes». Je les ai visités à plusieurs reprises avec mon épouse. C’est poignant. Après, on a organisé pendant  quelques années, l’esclavage des Européens: la traite de ceux qu’on appelait: «les trente six(36) mois», un esclavage à temps. Ce bref intermède a fait ensuite place à la plus longue déportation de l’histoire humaine, un esclavage à perpétuité, celui-là : la traite négrière qui a duré quatre (04) siècles. Avec ses canons et ses fusils, l’Europe avait une indiscutable supériorité militaire face aux flèches. aux arcs et javelots des armées des pays victimes de l’agression européenne.

L’on faisait ensuite se battre entre eux les royaumes africains comme l’on faisait jadis se battre à mort, dans l’empire romain les gladiateurs. Ces derniers étaient d’anciens prisonniers de guerre. Pendant des siècles, le commerce des esclaves, c’est-à-dire le commerce des prisonniers de guerre, était un commerce très lucratif qui a permis notamment de bâtir le Château de Versailles. On comprend mieux à présent le sens de la célèbre formule de Mao TSE-TOUNG :« le pouvoir est au bout du fusil ».  » Il est maintenant au bout de la bombe atomique réservée à quelques privilégiés.

Je suis rentré au Bénin en 1973 après avoir lu le très beau discours programme de KEREKOU qui commençait par cette phrase magnifique : « La caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère. L’histoire de cette domination est celle de  l’oppression politique, de l’exploitation économique, de l’arriération culturelle, de l’épanouissement des contradictions interrégionales et intertribales ».

Or j’ignorais que le coup d’état du 26 octobre avait été réalisé par la françafrique. C’était donc une escroquerie basée sur le mépris de l’Afrique. Le régime actuel a basculé à son tour dans la violence, et fait des contradictions interrégionales et intertribales son fonds de commerce. C’est triste et proprement désolant.

J’ai reçu à mon domicile un grand nombre de candidats aux prochaines élections présidentielles et mon diagnostic vous le connaissez est qu’on ne laisse à notre peuple que le choix entre la peste et le choléra; ce qui fait le lit du terrorisme, c’est-à-dire de Boko Haram. Le Pape François, qui me rappelle le Pape Jean-Paul Il, a donné à la corruption le nom de «fumier du diable ». Et c’est ce fumier dit-il, qui fait le lit du chômage, de la misère et du terrorisme. Le terrorisme qui frappe l’Europe est donc le fruit de la corruption et de la domination. L’Europe, on l’a dit, qui dominait la planète, a organisé pendant quatre (04) siècles la plus grande déportation de l’histoire, la traite négrière. Elle a couvert pendant cette domination les crimes les plus abominables hors d’Europe. Puis un jour, ce continent a connu à son tour l’horreur.

C’est Adolph HITLER, disait Aimé Césaire, qui a été le châtiment de l’Europe, l’ange exterminateur qui y a perpétré à son tour des crimes monstrueux, comme l’holocauste des Juifs. C’était la fin de l’hégémonie européenne. Le pouvoir passa alors aux Etats-Unis et à l’Union Soviétique.

Le Président Américain Franklin ROOSEVELT foncièrement anticolonialiste avait, auparavant, dit au Premier Ministre anglais Winston CHURCHILL, venu lui demander du secours, que le peuple américain ne pouvait entrer en guerre qu’à la condition de libérer toutes les colonies. Aussi, l’article 3 de la fameuse Charte de l’Atlantique en date du 14 août 1941 proclamait-il solennellement « le droit de tous les peuples de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils veulent vivre ». Cela sonnait le glas de l’empire de la Reine Victoria sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Et quant à De GAULLE, qui s’appuyait sur les colonies françaises d’Afrique pour libérer sa patrie du joug nazi, il s’écrira: « La politique américaine à notre égard est atroce ». Aussi, à la fin de la guerre, contrairement à la désinformation et aux fables gaullistes, l’Homme du 18 juin tuera en quelques phrases tout espoir d’indépendance, même à terme, pour les colonies françaises : « les fins de l’œuvre de civilisation accomplies par la France dans les colonies (sic) écartent toute idée d’autonomie, toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’empire tranche-t-il ; la constitution même lointaine de self-governements dans les colonies est à écarter»[1] On comprend alors  pourquoi, le chef de la France Libre a refusé en 1945, à la fin de la guerre, la main tendue par Ho Chi Minh, le leader Vietnamien qui réclamait la liberté pour son pays. De GAULLE et ses successeurs vont l’obliger à se battre pendant dix (10) ans, avant que son armée n’inflige une cuisante défaite à l’armée française à Dien-Bien-Phu ; puis à l’armée américaine qui avait pris la relève pendant vingt (20) ans avant que le Vietnam unifié n’accède enfin à l’indépendance. Le colonialisme français est, en effet, un prédateur impitoyable.

Le seul grand homme de l’histoire française reste Pierre Mendès France qui a négocié la fin de la guerre d’Indochine et tendu la main à BOURGUIBA, qui est devenu de ce fait, le père de l’indépendance tunisienne. Le célèbre mercenaire Bob DENARD avait essayé en vain d’assassiner le grand homme. Mais après le départ de Pierre Mendès France du gouvernement, une droite intelligente, menée par Edgard FAURE et PINAY a pris le relais et a tendu à son tour la main au Roi du Maroc déporté à Madagascar. Ce sont les deux réussites de la décolonisation française grâce à un homme d’exception, Pierre Mendès France, que les racistes, les antisémites français, appelaient Mendès Portugal, parce que sa famille juive était originaire du Portugal. Et comme un bienfait n’est jamais perdu, c’est le petit-fils de ce roi du Maroc qui a permis à la France d’identifier et de neutraliser les terroristes qui ont tout récemment ensanglanté Paris.

En Afrique Noire, pendant ce temps, ce fut hélas la défaite du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) après la féroce répression du Gouverneur PECHOUX en Côte d’Ivoire[2] et les massacres perpétrés en pays Bamiléké au Cameroun où le leader de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) Ruben Um NYOBE a été assassiné[3] Il s’en est suivi la dislocation des fédérations d’AOF (Afrique Occidentale Française) et d’AEF (Afrique Equatoriale Française). C’est pourquoi à l’étranger, on dit un peu trop vite de l’Afrique francophone qu’elle est « la honte de l’Afrique ».

Houphouët BOIGNY, le leader du plus grand parti nationaliste francophone le RDA, présent dans presque toutes les colonies francophones d’Afrique noire, a perdu la guerre et s’est littéralement effondré. Il a même fini par donner sa bénédiction à la balkanisation des fédérations d’AOF et d’AEF organisée par le  Ministre Socialiste DEFERRE. Les « bantoustans » francophones ont toujours encore aujourd’hui aux pieds, cette chaîne DE FER ».

Après quoi, la descente aux enfers s’est poursuivie avec le soutien de certains pays francophones aux sécessionnistes biafrais lors de la tentative de dislocation de la Fédération du Nigéria, pendant la guerre du BIAFRA. Enfin, le discrédit sera total après le « dialogue » avec l’Afrique du Sud de l’apartheid.

C’est le vrai drame de l’Afrique francophone !

C’est pourtant le même Houphouët BOIGNY qui m’a sauvé la vie après la Conférence Nationale. Tout le monde se souvient qu’après le gouvernement de transition, j’avais passé deux mois dans le coma pendant les premières élections présidentielles de l’ère démocratique. Et Houphouët a dit à mon épouse, partie voir notre doyen à tous: «C’est à moi que ton mari doit la vie». Je devais, en effet, après mon mandat à la Banque Mondiale, prendre la tête d’ECOBANK. Mais un subit décollement de la rétine m’avait rendu presque aveugle. Je suis donc rentré au Bénin pour suivre un long traitement dans un hôpital parisien. Elu Premier Ministre à la Conférence Nationale, une révolution pacifique, ce printemps des peuples noirs a suscité inquiétude et même affolement chez de nombreux Chefs d’Etats francophones, qui se sont précipités au domicile du Vieux. Et c’est là qu’il m’a en effet sauvé la vie. Car on pouvait, par le poison, tuer notre expérience dans l’œuf: « On connait la redoutable efficacité de ton mari, dira-t-il à mon  épouse, Grâce à son action, à celles des Ambassadeurs et surtout à celle des Administrateurs Africains de la Banque : l’AID (Association  Internationale de Développement), le guichet qui octroie des crédits sans intérêt de cinquante (50) ans avec un délai de grâce de dix (10) ans aux pays pauvres a porté la part de l’Afrique de 22%, 27% à 50%. J’aurais souhaité que votre mari reste le plus longtemps que possible à Washington; mais il a reçu une séduisante proposition d’ECOBANK; mais subitement tombé malade, il dut rentrer chez lui. Elu premier ministre à la Conférence Nationale j’ai simplement demandé à mes pairs de ne point chercher à attenter à sa vie mais de lui donner tout de même une « pé-ti-té » leçon ». Je reviens donc de loin.

Avec tous ces antécédents, ce qui ce passe actuellement dans mon pays m’inquiète. Parce que si ça continue, on fera tout simplement le lit de Boko Haram. Car les conséquences de l’intervention de la françafrique dans nos pays sont toujours désastreuses. On n’a pas laissé à l’Afrique le temps de bâtir son propre modèle de développement. Et des « gouverneurs à peau noire » ont été chargés de diriger nos pays. C’est pourquoi pendant plus de  dix sept (17) ans, notre pays, jadis baptisé « quartier latin de l’Afrique », a été gouverné par un marabout analphabète du nom de « Cissé ». Et des marchands de mort ont essayé de déverser cinquante (50) millions de tonnes de déchets toxiques et nucléaires à Akiza au sud d’Abomey et aux Aguégués, malgré les cris d’alarme du Ministre ATCHADE, exclu pour cela du gouvernement. « L’Argent Noir » évoqué aux pages 251 à 255, ce sinistre fait divers sans oublier les tonnes de drogues, des amphétamines (44, 92, 128, 167) tonnes, qui transitaient par notre pays, et pour finir, le pillage éhonté des ressources de nos banques nationales poussées ainsi à la faillite et obligées de déposer leur bilan et de mettre à la porte tout leur personnel. Le metteur en scène de cette tragique bouffonnerie orchestré par « le gouverneur noir » est un marabout, un Ministre d’Etat à qui les autres Ministres, tels Barnabé BIDOUZO, devaient faire allégeance et remettre « une déclaration sur l’honneur ». grâce à laquelle le marabout siphonnait tout l’argent du pays, des milliards déposés dans des comptes à l’étranger, en France, à Monaco, en Suisse etc … La plupart des cadres ici présents ont vécu cette tragédie.

 C’est pour cela que le Président Jerry RAWLINGS me donne souvent des insomnies. J’ai pu nettoyer toutes les écuries d’Augias sans toutefois rendre justice aux victimes des sévices, des tortures et des morts des nombreux camps de concentration : Ségbana, Dodja, PCO, Petit Palais, PLM Alédjo etc. La plupart de ces victimes était d’indomptables patriotes membres du Parti Communiste du Dahomey; mais ils manquaient cruellement d’expérience internationale et croyaient encore, après l’écroulement du mur de  Berlin, au triomphe du communisme dans le monde.

Je voulais, pour faire justice, leur confier le ministère de la justice. Ce fut un échec que je porte encore comme une plaie au cœur. Mais je reste toujours persuadé que le Bénin, comme l’Afrique du Sud, ne fera pas l’économie d’une Commission vérité et Réconciliation pour parfaire sa Conférence Nationale.

Car il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de pardon sans confession ni autocritique.  Pendant ce temps, le « gouverneur à peau noire » en habile politicien, et pour consolider son pouvoir, a sorti plusieurs ordonnances très sévères, draconiennes même de lutte contre la corruption.  » ne voulait pas être le seul gibier de potence. Désormais tous les détournements étaient impitoyablement sanctionnés et ceux qui dépassaient 250.000 FCFA, valait à l’auteur de ce crime économique l’exclusion de la fonction publique avec perte de tous ses droits. C’était une terrible, une effrayante épée de  Damoclès qui planait, dès lors, sur la tête des fonctionnaires. C’était en outre une efficace méthode du gouvernement. Aussi tous les mercredis, le pays était en haleine pour connaître les décisions du Conseil des Ministres. Et chacun se demandait en entendant le bruit de la sinistre clochette (Kingo ! Kingo !) pour qui sonnait le glas?

Voilà ce que j’appelle le choléra. La plupart des cadres de ce pays n’ignorent rien de ces événements parce que, j’ai distribué beaucoup de documents sur le sujet, auxquels il faut ajouter « les vrais couleurs du caméléon» du dynamique fondateur et animateur de Radio Planète, Janvier YAHOUEDEHOU. On ne peut donc jamais oublier que c’est Paris qui a organisé le 26 octobre et imposé « le gouverneur à peau noire ».

C’est ce que j’ai appris de la bouche même de l’homme d’affaires  français Louis KOVACS. Il nous a déclaré froidement au magistrat AMOUSSOUKPAKPA et à moi-même, qu’il ne paierait pas un centime des huit cent millions(800.000.000) de francs de l’époque, de droits de douane qu’il devait à notre pays; parce que c’est lui qui avait financé le coup d’état du 26 octobre et qu’il faisait partie des réseaux de la françafrique, l’équivalent de la CIA américaine ou du KGB soviétique.

Le seul regret d’Hercule, comme j’étais surnommé, a été de croire qu’uniquement de jeunes étudiants et enseignants patriotes pouvaient l’aider à nettoyer le reste des écuries d’Augias. Ce qui a permis à la françafrique, avec ses nombreux réseaux dans le monde francophone, de faire revenir en 1996 « le gouverneur à peau noire » pour empêcher à tout prix que la CEDEAO ne devienne une réalité. C’est pour cela, il ne faut jamais l’oublier, que le Président OLYMPIO a été assassiné en 1963. Diplômé de la prestigieuse London Schools of Economics, ce grand visionnaire travaillait au développement de son pays qui exporte des phosphates de première qualité. Il voulait sortir de la zone franc; et préparait le lancement d’une monnaie gagée sur le deutschemark. Il militait pour une union régionale africaine avec le Dahomey et le Nigéria, ce géant devenu l’ennemi numéro un de la françafrique. Or la doctrine du Général De GAULLE, ancien professeur d’histoire à Saint Cyr, est que l’ennemi héréditaire de la France n’est pas l’Allemagne mais la Grande Bretagne. De la Baie de l’Ecluse (1340), à Crécy (1346), Calais (1347),Poitiers(1356)où le Roi de France Jean I LEBON a été fait prisonnier, Azincourt (1415), Trafalgar (1805), Waterloo  (1815), Fachoda (1898), la liste des défaites françaises contre l’Angleterre est  en effet longue. Cette doctrine est réaffirmée lors de la sinistre et indigne oraison funèbre que prononça l’Homme du 18 juin à la mort d’OLYMPIO : « Ce pauvre OLYMPIO était matois, il voulait jouer au plus fin. C’était un homme d’Unilever. Il s’appuyait sur les Anglais. Il avait grandi dans l’opposition à la France. Naturellement, il a été puni par là où il a péché. Si les troupes françaises avaient été là, il serait au pouvoir et encore en vie» déclare-t-il au Conseil des Ministres du 16 janvier 1963. L’assassin d’OLYMPIO lui avait tiré trois (03) balles à la poitrine et à l’abdomen, avant de lui couper les veines avec son poignard et de lui taillader la cuisse avec une baïonnette. « C’est comme ça que je faisais en Algérie, pour m’assurer que mes victimes étaient bien mortes»[4]. Pourtant au Conseil du 6 mars 1963, De GAULLE interdira aux  présidents HOUPHOUËT, SENGHOR et autres de projeter une intervention militaire avec le concours du Nigéria pour châtier les putschistes de Lomé. « Car, dit-il, entrainer la Nigéria (SIC) c’est installer les Anglais à Cotonou et à Lomé. Il faut nous y opposer absolument ». Cette jurisprudence sera solennellement réaffirmée au Conseil du 2 janvier 1964, lors de la crise survenue entre le Niger et le Dahomey. Les ordres du Général sont sans appel: « Quant à l’arbitrage de la Nigéria, il serait absurde! Il faut le dire aux deux  parties, en leur faisant savoir que si vous vous en remettez au verdict de Lagos, je vous coupe les vivres » et le Général conclut par la formule de MAURRAS :  politique d’abord»[5]   On comprend mieux à présent qu’après mon message à l’Assemblée Nationale sur l’état de la nation le 22 janvier 1993 où j’ai déclaré que « notre pays était le cœur de la CEDEAO, un  pont naturel entre le Nigéria et le couple Ghana-Côte d’Ivoire à travers le Togo, et une porte pour les pays du sahel tels que le Niger, le Burkina Faso et le Mali ». Foccart, le dépositaire de la pensée du Maître ait piqué une violente colère et fourbi sa riposte. C’est pourquoi, « seul parmi les hauts responsables français » il a, avec des complicités locales, travaillé à la victoire du  gouverneur à peau noire » qui a ruiné notre pays pendant dix huit (18) ans. Ne déclare-t-il pas à la page 391, du livre d’entretien avec Philippe GAILLARD[6], qu’ « en définitive vous savez qu’Adrien HOUNGBEDJI, l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, arrivé troisième aux élections présidentielles a apporté un soutien décisif à KEREKOU qui a fait de lui son Premier Ministre? » (KPAYO)Et il conclut avec délectation « je pense que le tandem KEREKOU-HOUNGBEDJI est un bon choix pour la France » en donnant l’impression qu’il y a bien indépendance, puisque c’est un homme du pays qui gouverne. Pour fidéliser ces Chefs d’Etats « amis», on leur accorde une sorte de chèque à blanc, une autorisation de puiser presque sans limite dans les caisses publiques ». Et

beaucoup de gouvernements ne s’en privent pas et vivent sous le chantage permanent des « biens mal acquis », Les réseaux Foccart, ont donc opéré la sélection d’un ensemble d’hommes adhérant au projet inavoué de maintien de la colonisation; ils ont aussi enrôlé et encadré, les forces qui maintiennent la domination dans pratiquement tous les domaines de la vie de nos pays. Foccart était sans conteste le patron de l’Afrique francophone et celui de la françafrique, dont on nous annonce, pour nous distraire, la mort tous les jours. Il formait avec son maître les deux faces d’une même médaille: Docteur JEKYLL et Mr HYDE. Or la doctrine Foccart estime qu’il est du ressort de la   France de faire et de défaire les gouvernements de l’Afrique noire francophone; en d’autres termes d’imposer aux peuples africains les princes qui les gouvernent. Le prince doit être au préalable adoubé par la France.

C’est là le signe d’un profond mépris des peuples africains. C’est aussi le titre du célèbre ouvrage de François-Xavier VERSCHAVE Au mépris des peuples », où l’auteur nous montre que: « La France a installé dans les Etats africains, des gouverneurs à la peau noire ». Cette stratégie a permis de maintenir le système de domination et d’exploitation coloniale tout en donnant l’impression qu’il y a bien indépendance, puisque c’est un homme du pays qui gouverne.  Pour fidéliser ces Chefs d’Etats« amis», on leur accorde une sorte de chèque à blanc, une autorisation de puiser presque sans limite dans les caisses  publiques ». Et beaucoup de gouvernements ne s’en privent pas et vivent sous le chantage permanent des « biens mal acquis », Les réseaux Foccart, ont donc opéré la sélection d’un ensemble d’hommes adhérant au projet inavoué de maintien de la colonisation; ils ont aussi enrôlé et encadré, les forces qui maintiennent la domination dans pratiquement tous les domaines de la vie de nos pays.

La France est la seule ancienne puissance coloniale, remarque de son côté, Philippe HAUSER à avoir constitué un modèle de ce genre. Ni la Belgique, ni l’Angleterre n’ont institué quelque chose de comparable en Afrique ou ailleurs. Il y a donc une singularité absolue du modèle néocolonial français.

Actuellement RFI fait une grande publicité pour Lionel ZINSOU et on peut s’interroger; et quand je l’ai reçu, je lui ai dit, comme dans l’ Les Fourberies de Scapin » de Molière « qu’allez-vous faire dans cette galère ? Dans un gouvernement rongé par la .corruption ? Car le rapport du Fonds Monétaire International sur l’affaire ICC (Initiative du Christianisme Céleste) est accablant. C’est la plus vaste escroquerie financière de notre histoire où des structures de collecte illégale d’argent ont laissé une ardoise de 155,6 milliards plus 55,9 milliards soit au total 211,5 milliards de francs CFA ». Et tout récemment encore, au mois de juillet 2015, le pays résonnait de la colère de l’ambassadeur de Hollande qui protestait avec véhémence contre le détournement, au ministère des mines de trois (03) milliards de francs CFA destinée à l’eau potable dans les villages. Et l’on est surpris de voir Monsieur Lionel ZINSOU, prendre place dans l’hélicoptère de l’Etat et faire campagne avec : le Ministre des mines… Monsieur Barthélémy KASSA. Est-il  donc venu pour accorder l’impunité aux fossoyeurs de l’économie nationale? En tout cas  si je suis là ce serait difficile sinon impossible. Je ferai, s’il le faut, le tour du pays, pour empêcher que les jeunes sans avenir, condamnés au chômage et à la misère, ne se tournent vers Boko Haram ; car tout le monde connaît le slogan: «Cabri mort n’a plus peur du couteau». Ce sont les mêmes jeunes qui sont attirés par le mirage de l’Eldorado européen et qui se noient par milliers en mer Méditerranée.

Pourtant, à l’horloge de l’histoire, l’heure de nous mêmes a sonné. J’invite donc tous les intellectuels et tous les étudiants à se replonger dans l’ouvrage de CHEIK ANTA DIOP « Nations nègres, et culture » : l’une des plus grandes civilisations africaines, est bien celle des pharaons noirs d’Egypte qui ont  passé le témoin à la Grèce Antique considéré comme le berceau de la civilisation européenne.

La Grèce d’Alexandre LE GRAND a cédé la place de nos jours à celle d’Alexis  TSIPRAS, obligé de prendre sa sébile pour quémander de l’aide auprès des Européens, du Fonds Monétaires, de la Chine etc …

L’Empire romain qui a succédé à l’Empire grec a laissé des vestiges grandioses dans toute l’Europe et autour de la Méditerranée : routes, aqueducs, colisées, amphithéâtre etc., la liste est impressionnante. Ce grand empire qui a été gouverné notamment par César, Auguste, Néron, Caligula[7] etc. ; mais l’Italie a été récemment dirigée par le milliardaire BERLUSCONI, célèbre pour ses fameux bunga ! bunga ! Et aujourd’hui par Matéo RENZI. Cette liste n’est pas exhaustive. à cause de leurs biens mal acquis. Je vous conseille malgré tout de vous procurer le livre de  Pierre PEAN qui a écrit «L’Argent Noir »comme si c’était les noirs qui étaient responsables de cette lèpre. Il faut de toute urgence une thérapie linguistique car tout ce qui est mauvais chez l’homme blanc est noir. On dirait des enfants qui ont peur de la nuit ou des coupables qui veulent se laver du péché de la  traite négrière, ce crime contre l’humanité.

L’économie européenne a été longtemps basée sur l’esclavage, puis sur le servage, le salariat et enfin l’exploitation coloniale. En France actuellement, ce

sont les étrangers qui font tourner des pans entiers de l’économie française.  Ce sont eux qui emmènent les enfants à l’école, et vont les rechercher à la crèche à la place des mamans françaises qui sont au travail.

Ce sont eux encore qui ramassent les montagnes d’ordures qui polluent les grandes métropoles et dont on tire de l’énergie et de l’engrais. Et les Noirs occupent une place prépondérante dans les hôpitaux: infirmiers, infirmières, brancardiers sont à 80% des antillais ou des noirs d’Afrique sans oublier les médecins ; ces derniers sont cinq (5) fois plus nombreux dans la région parisienne que dans leurs propres pays. Et quand chez nous, le Ministre de la

santé Kessile TCHALA, »le pauvre » a voulu créer dans notre pays un hôpital de référence, qui lui a coupé les jarrets? Beaucoup de Chefs d’Etats sont tenus par la corruption parce que les grands pays exportateurs du monde utilisent la  corruption d’Etat pour vendre leurs produits, financer leur campagne électorale et se créer des alliés corrompus que l’on peut faire chanter « Il y a des corrompus parce qu’il y a des corrupteurs » disait très justement Thomas  SANKARA. Les grands responsables ce sont les grandes sociétés européennes, américaines, asiatiques etc. qui, avec l’aide de l’Etat, à travers des organismes officiels, des compagnie d’assurances qui ont noms: COFACE en France, Hermès en Allemagne, DUCROIRE en Belgique, EGGD en Grande Bretagne Eid-Miti au Japon, Eximbank aux Etats-Unis utilisent l’argent  de leurs contribuables pour aider leurs industriels à écouler leurs produits,

corrompre les Ministres et Chefs d’Etats et financer leur campagne électorale. C’est une compétition féroce, impitoyable où tous les coups sont permis. Et quand Pierre PEAN fait preuve de racisme en parlant de « l’argent noir », il sait  pertinemment que ce sont les blancs qui corrompent les noirs. Eh oui Monsieur le Secrétaire de la Francophonie ne l’ignore pas! (rires).

Alors je vais vous lire quelques bonnes feuilles de ce livre que vous devez avoir dans votre bibliothèque « Plus que la peste hier et le Sida aujourd’hui, la corruption tue. La corruption, est l’un des facteurs essentiels du sous développement. Ce fléau n’est pas une spécialité du tiers monde ». La corruption c’est quoi? : « C’est l’arme secrète, essentielle pour gagner

la guerre économique que se livrent les grands pays industrialisés en vue de conquérir les marchés de la pauvreté ». Et pourquoi font-ils cela? Pour vendre des armes et tous « les éléphants blancs » : usines clés en main, armes, autoroutes qui ne mènent nulle part, palais et bâtiments grandioses, cathédrales etc. Tant pis si les pays acheteurs s’en trouvent ruinés pour

longtemps. Voilà ce qui se passe derrière les rideaux. Pourquoi croyez-vous qu’on vend des rafales? Parce que les élections approchent. Et beaucoup d’usines clés en mains ont été réalisées pour fabriquer des commissions pour les corrupteurs. Le mécanisme de la corruption est simple; car ce sont les  pays riches qui sont les corrupteurs. Alors comment font-ils? En France par exemple, tous les 15 jours, au « Quai Branly» se réunit une Commission dite des Garanties. C’est elle qui distribue les pots de vin, les bakchichs pudiquement baptisés frais commerciaux exceptionnels (FCE). Les plus hauts fonctionnaires de l’Etat assistent à ces réunions. Après quoi, le grand argentier, c’est-à-dire le Ministre des Finances envoie une note à la Direction des Impôts et à la Direction des Douanes pour leur dire de fermer les yeux sur l’argent de la corruption destiné aux dirigeants d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Car le contrôle des changes oblige l’Etat à savoir où va l’argent et il faut associer le fisc c’est-à-dire Direction des Impôts parce que les commissions diminuent l’assiette de l’impôt sur les bénéfices. Et par ce biais, c’est le Trésor qui finance en partie les commissions occultes. Ce fléau, le Pape l’appelle « le fumier du diable ». Voilà comment on manipule nos Etats, nos Ministres, nos Chefs d’Etats. Et chacun sait que le poisson pourrit toujours par la tête.

Il est enfin temps, comme le dit Aimé CESAIRE dans « La Tragédie du Roi Christophe », de mettre à la raison ces nègres qui croient que la révolution ça consiste à prendre la place des blancs et continuer, en lieu et place, je veux dire sur le dos des nègres, à faire le blanc.

Je vous remercie. (Applaudissements)

 Nicéphore Dieudonné Soglo

blog1

 [1] Antoine GLASER, Stephen SMITH: Comment la France a perdu l’Afrique éd. Calmann-Levy p. 38.

[2] René ARTHAUD « Le Grand Complot des Négriers »

[3] François-Xavier VERSCHAVE « La Françafrique P. 91-108 éd. Stock.

[4] François-Xavier VERSCHAVE La Francafrique P. 116 éd. Stock

[5] Alain PeyrefiHe,  C’était De GAULLE, pages 461, 462, 463 et 467 édition Fayard).

[6] Foccart parle, tome 2, édition Fayard/Jeune Afrique

[7] SUETONE « les des Douze Césars » présenté par Marcel JOUHANDEAU, Librairie Générale Française, 1961

copyright5_thumb.png