Bénin2016 : Les Dessous des Chiffres de la CENA

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Les premiers résultats électoraux sont sortis et les chiffres donnés, sans créer la surprise, entretiennent le suspense sur la capacité du régime de Yayi Boni à persévérer dans son être.
Mais derrière cet apparent équilibre des scores, il va de soi que les chiffres fournis par la CENA sont cuisinés, astucieusement concoctés. Le système qu’ils forment entre eux est parlant, et laisse présager de l’éventualité d’un K.-O.2, c’est-à-dire la mise en scène en deux actes de la pièce théâtrale de la fraude.
Ce schéma vise plusieurs objectifs.
Le premier consiste à maintenir Zinsou dans le jeu, alors qu’en réalité le peuple l’a rejeté massivement. Le maintenir dans le jeu c’est le maintenir devant les concurrents potentiels, soutenus par le peuple, que sont Talon, Ajavon, ABT, et Koupaki. Pour atteindre cet objectif, et au vu de la vigilance implacable exercée par le réseau Talon sur la surveillance des votes en sa faveur, il a fallu prélever chez les autres candidats, faire des coupes sombres là où la vigilance est moins forte, et les conséquences de la fraude moins explosives, plus discrètes ou gérables.
De cela, on peut déduire sans risque de se tromper que le score de Talon est probablement le seul qui soit conforme à la réalité, dès lors qu’il a servi d’étalon pour concocter les autres, notamment celui du candidat miraculeux du régime qu’est Lionel Zinsou.
En effet, l’objectif premier n’était qu’une condition nécessaire de la fraude mais il n’aurait pas été suffisant. Zinsou ne sera pas seulement maintenu dans le jeu mais il faut qu’il en occupe la première place ; ainsi il occupera le pôle de l’attracteur naturel des ralliements.
C’est pour cela qu’il est placé autoritairement en tête avec exactement 4 points d’écart sur son adversaire. La précision de cet écart à lui tout seul a quelque chose d’arithmétiquement troublant qui défie ce que les statistiques électorales ont de réel. Pourquoi Zinsou n’a pas un score mettons de 27, 35 % mais 28, 80, soit exactement 4 points de plus que Talon ? C’est la preuve empirique que son score a été déterminé et fixé autoritairement à partir de celui de Talon.
Les victimes qui ont dû contribuer à cette ponction sont elles aussi indentifiables : elles font partie du quintet de tête dans cette course électorale où, comme on sait, les autres ne sont que des comparses plus ou moins suscités par le pouvoir à la fois pour affaiblir les adversaires sérieux, comme pour s’en réclamer au second tour. La première de loin la plus grande de ces victimes est ABT. Car à partir du moment où Yayi se dit Nordique, son candidat doit avoir l’air de s’imposer au Nord ; pour cela, et en raison de cela, il n’y a plus de place possible pour aucun autre nordique, quelle que soit sa valeur. De ce point de vue, le pouvoir n’a pas craint d’élire ABT comme sa victime expiatoire. En vérité, le score réel de ABT n’est certainement pas très loin du double de son score officiel. Ajavon et PIK au sud ont dû eux aussi passer à la casserole pour contribuer à la ponction en faveur du candidat de la fraude. De même les poussières de voix, en raison de leur grand nombre ont été aussi mises à contribution dans un jeu de division résiduelle. Toutes évaluations faites, on peut raisonnablement estimer le total des points prélevés chez tous les autres candidats en faveur de Zinsou comme compris entre 10 et 15 % des voix. Il s’ensuit que le score réelle de Zinsou, candidat FCBE, malgré et peut-être à cause de son alliance contre-nature et ostentatoire avec le PRD et la RB, tourne autour des 15,5 % ( 28-(15+10)/2). Avec untel score, même augmenté d’une incertitude de 3 points, Lionel Zinsou reste hors jeu, éliminé de la course– ce qu’il est en réalité, n’eût été l’appui autoritaire dont il a bénéficié du pouvoir. Le succès relatif que traduit son score n’est en réalité que le masque officiel d’une débâcle inacceptable par le pouvoir. Yayi Boni a fait de Lionel Zinsou le premier des candidats, comme il a fait de cet homme qui n’avait jamais exercé de fonction gouvernementale ni politique dans le pays, un premier Ministre payo, au nez et à la barbe de nombreux autres prétendants valables et politiquement authentiques.
Le moteur à deux temps de la fraude mise en place par Yayi fonctionne donc comme prévu. Sous les apparences d’une vraisemblance équilibrée, elle vient en quelque sorte d’atteindre son premier objectif. L’autre objectif consistera à bientôt annoncer, comme ce fut le cas avant le premier tour, une avalanche de ralliements spectaculaires aussi bien en qualité qu’en quantité. Ces ralliés proviendront aussi bien de la horde primitive des candidats périphériques que du noyau des candidats de poids. De ce point de vue, la distribution calculée des scores, tels qu’ils ont été téléologiquement déduits du score de Talon, jouera un rôle à la fois symbolique et rhétorique. En effet le système des scores montre que Ajavon +Zinsou = 51 % tandis que Talon + Ajavon =48. Or il n’échappe à personne que 48<50<51.
Donc selon la rhétorique de la fraude sur laquelle mise Yayi Boni, et ce au mépris de la réalité — comme vient de le montrer le décalage immense entre les espérances arithmétiques du score de l’alliance FCBE-PRD-RB et le score dont est crédité officiellement son candidat — il suffit que Sébastien Ajavon bascule dans son camp pour que la victoire politiquement improbable de Lionel Zinsou soit justifiée. Or, et dans le même ordre d’idée, même si Ajavon basculait dans le camp de Talon, il resterait toujours en deçà de la majorité absolue des 50% plus une voix requise.
Et la fixation sur Ajavon n’est pas un hasard, car dans la rhétorique de la fraude, comme si au-delà de la volonté des électeurs Ajavon qui n’est pas un homme politique fût propriétaire de ses voix, Ajavon a un rôle pivot à jouer. C’est en cela que sa candidature suscitée par le pouvoir a été conçue d’entrée comme le plan B de Yayi. Car Sébastien Ajavon — corrigez-moi si je dis vrai — n’a été rien d’autre que le rabatteur de voix pour la stratégie de ralliement mise au point de longue date par le pouvoir.
Mais au vu du piètre résultat réel de l’alliance FCBE-PRD-RB qui, en dépit des fraudes et des jeux d’écritures fictives, n’a même pas été en mesure d’atteindre 40% alors qu’à en croire ses hérauts elle était censée atteindre et dépasser les 50% du K.-O. que ses promoteurs hurlaient sur tous les toits, les ralliements n’auront aucun effet réel sur la volonté du peuple de rompre avec le régime de Yayi Boni.
Quoi qu’on dise, selon les schémas issus du premier tour, les candidats de la rupture représentent au moins 60% des voix. Ce qui veut dire que, dans ce climat de passion et de polarisation identitaire suscitées par la candidature d’un étranger politique, ce n’est pas moins de 60% des Béninois qui rejettent le candidat Lionel Zinsou.
Mais sa victoire programmée qui sera, selon toute vraisemblance imposée par la fraude, loin de refléter le vote réel des citoyens, se suffira de la force incantatoire des apparences.
Au peuple alors de montrer au régime de quel bois il se chauffe.
Adenifuja Bolaji

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