En ce moment où l’approche des élections, par la lettre d’un ex-ambassadeur de France au Bénin, réveille le souvenir à peine endormi de la rocambolesque affaire de la supposée tentative d’empoisonnement de Monsieur Yayi par l’un de ses anciens amis devenu, par la force des choses et dans le même élan, candidat à sa succession, le petit texte publié ci-dessous, montre en quoi, en matière de poison, le Bénin a ses lettres de sortilège. A telle enseigne que le caractère très scientifique des tractations évoquées par l’accusation laisse de marbre quand on songe à des méthodes plus occultes, et qui échappent à toute explication rationnelle donc à toute considération judiciaire.
Lisez plutôt.
L’école normale [ de Whydah] placée sous le patronage de St Jean-Baptiste de la Salle, forme une trentaine d’élèves instituteurs qui, poursuivent leurs études et préparent leurs examens sous le direction du père Barreau.
Le pauvre Père souffrait depuis quelques semaines d’un mal dont l’origine est suspecte. Il rentrait de l’école un soir, sur sa bicyclette quand il aperçut sur la route un groupe de féticheurs. On veut l’empêcher de passer. Le chef de la bande le bouscule, le saisit par le bras, et du reste, le lâche promptement en reconnaissant en lui le missionnaire.
Le lendemain le bras était enflé, endolori, presque paralysé. Le mal, longtemps rebelle à tous les traitements, ne cèdera qu’à une intervention chirurgicale assez importante pour exiger un séjour à l’hôpital.
Que s’était-il passé ? Une simple pression n’aurait pas eu ces conséquences si elle n’avait été accompagnée de quelques injection de poison.
Le Dahomey est la terre classique des poisons. Les sorciers fabriquent des philtres les plus variés, les uns d’une activité extraordinaire, les autres d’une lenteur savamment calculée.
Le poison est facile à manier. Il s’insinue sournoisement dans la boisson ou dans les aliments. Il se communique par un simple attouchement ou par piqûre. Il est sûr et discret quand les laboratoires manquent. Il ne laisse pas de trace et dispense l’administration d’enquêtes inutiles.
Empressons-nous d’ajouter que le fait n’impliquait en la circonstance aucune malveillance contre le missionnaire en tant que tel, le féticheur affirma très haut ne pas l’avoir reconnu. Mais il n’était pas surpris que le fétiche ait marqué son mécontentement du trouble apporté à son culte par le passage du blanc.
in A travers les missions du Togo et du Dahomey, Mgr Boucher, Paris 1926
Binason Avèkes
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