Comme président africain, Yayi Boni est vraiment singulier dans son genre. Parmi la faune des dirigeants négro-africains, il est un cas bien à part. Les dirigeants africains, on le sait, ont une vocation de chiens de leurs maîtres occidentaux. Ceux-ci les mettent en selle, et en retour, les dirigeants africains veillent sur leurs intérêts, et font leur quatre volonté au détriment de leur peuple. Ceux qui ne le font pas bien sont rappelés à l’ordre, voués aux gémonies dégommés, voire punis. Pascal Lissouba, Nicéphore Soglo, Laurent Gbagbo pour ne citer que ceux-là sont des exemples de chiens récalcitrants qui ont plus ou moins mal fini.
Cette triste logique dans un monde qui bouge est affligeante. C’est elle qui rend raison de l’état d’arriération, de désordre et de conflits qui règne en Afrique. A cette catégorie de renégats, Yayi Boni appartient bien sûr ; mais son appartenance est singulière, et son style isolé. En effet la particularité de Yayi Boni c’est l’alacrité, le bonheur et la passion avec lesquels il assume sa vocation. On aurait dit que servir le blanc contre son pays ou l’Afrique fait partie de son karma. Même lorsqu’il lui arriva d’être Président de l’UA, c’est sous le signe de cette servilité aliénée qu’il plaça cette fonction, comme le montre son accoutrement bleu blanc rouge qu’il arborait ès qualités. C’est dans la joie de mettre l’Afrique au service des intérêts français qu’il s’épanouit durant toute cette période. Pour toutes sortes de raisons, Yayi Boni déteste viscéralement son pays, le Bénin — qu’il identifie on ne sait pourquoi à sa région dominante, le sud — qu’il est si heureux d’être au service du premier exploiteur venu.
La domination qu’exerce l’étranger sur la Bénin fait le bonheur intime de Yayi ; elle apporte du baume à son cœur de souffrance et à son âme torturée.
Les autres dirigeants africains, notamment francophones, ont beau honorer leur contrat de dirigeants-chiens, ils cultivent une certaine dignité de compensation ; dans le secret de leur cœur, ils éprouvent une certaine souffrance à devoir aider les Blancs à exploiter leur peuple. Ils n’assument pas leur vocation de dirigeants-chiens de gaîté de cœur.
Or avec Yayi Boni, c’est tout l’inverse : la joie frénétique, le bonheur ineffable, la passion irrépressible que le fils met à jouer les proxénètes de sa propre mère ont quelque chose de troublant. C’est là toute la navrante singularité de Yayi Boni en tant que dirigeant africain
Aminou Balogun
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