Le Député Honfo du PRD, lisant dans le mare de café de la présidentielle à venir, a prophétisé que le Président sera élu au premier tour. La nouvelle n’est pas anodine, et ce au moins pour deux raisons. D’une part, il ne faut pas oublier que la mode des élections présidentielle à un tour qui embrase l’Afrique francophone depuis quelques années, de la Guinée à la Côté d’Ivoire, est partie du Bénin où elle fut inaugurée lors de l’élection truquée de mars 2011, tristement qualifiée de Holdup électoral par le malheureux perdant qu’est le Président du PRD, Me Adrien Houngbédji ; cette qualification est devenue tristement célèbre, et réfère un modèle déposé par Yayi Boni.
D’autre part, depuis 25 ans au moins qu’il existe et participe assidument aux élections présidentielles avec le candidat unique Houngbédji, le PRD n’a jamais eu gain de cause, dans une entreprise politique aussi époustouflante que soufflante financièrement. Maintenant que Me Adrien est constitutionnellement frappé par la limite d’âge et ne peut plus se présenter aux élections, la charge financière de la présentation d’un candidat endogène est ressentie comme suicidaire et idiote. Le proverbe goun qui se dit « mè wè na d’alè bɔ Aplɔgan na dunu » ( qui va travailler pour le roi de Prusse ?) a pris force de vérité dans l’esprit des dirigeants du PRD ; et pour user d’un autre proverbe goun, on peut dire que « nou koun yéton mon awonti) ( leurs yeux se sont enfin décillés) . D’où la décision démocratiquement loufoque mais pécuniairement logique de choisir de façon téléologique le candidat présidentiel à l’extérieur du parti. Et ceci dans la mesure où la thèse du PRD est de partir non pas d’un candidat qu’on se battrait pour faire gagner en raison de ses convictions, mais plutôt d’aller à la recherche du candidat dont il apparaît qu’il a toutes les chances de l’emporter. Refusant d’être le dindon de la farce électorale qu’il a été depuis deux décennies, le PRD a fait vœu cette saison de ne plus être dans l’opposition, et il compte bien concrétiser ce vœu. C’est l’une des raisons pour lesquelles tous les partis en présence, se regardant en chiens de faïence, évitent de parler de leur candidat maintenant et attendent jusqu’au dernier moment pour aller du côté où le vent tourne.
Mais forcé par les événements de se prononcer, le PRD commence sans doute à se faire une idée du sens où tournerait le vent de la victoire. Sa vocation de girouette s’affirme. Le parti est prêt à faire feu de tout bois, à pactiser avec le bourreau d’hier. Si Yayi Boni et son FCBE, par peur noire de Talon, proposaient au PRD une alliance autour du Français Lionel Zinsou, ce ne sera certainement pas de refus ; et on entendrait les hérauts du parti vous expliquer en quoi leur choix est dans l’intérêt supérieur de la nation, et que les querelles de personnes n’ont pas leur place dans une vison politique axée sur les intérêts du peuples. Mais tout le monde sait ce que le vocable « intérêt du peuple » signifie pour nos hommes politiques africains.
Compte tenu de la meute d’adversaires auxquels, une fois son camp choisi, le PRD aurait à faire face, à l’instar de Yayi Boni en 2011 avec le holdup électoral, il est impératif qu’il gagne l’élection en un seul tour avec mobilisation de toutes les recettes de spoliation consacrées, plutôt qu’en deux. Car avec un deuxième tour, des alliances menaçantes pourraient se constituer dont la force d’entraînement serait telle que toute usurpation ou truquage ne serait pas crédible, et au contraire dégénérerait en une source de conflit national. Voilà la raison implicite des vaticinations du député Honfo. Mais le plus poignant dans l’affaire est que, oublieux du couteau qui a servi à égorger son espérance politique légitime des élections présidentielles précédentes, le PRD se saisit du même hlikè, au risque en quelque sorte de le légitimer rétrospectivement. Le PRD, dans sa volonté téléologique de choisir à tout prix le cheval gagnant serait-il atteint du syndrome de Stockholm ?
Agossou Banigbéton
