Réflexion Rétrospective sur la Présumée Évasion du Pré- sumé Assassin de Dangnivɔ

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Avec le rebondissement intervenu à l’ouverture du procès, quand on y réfléchit bien, les motivations et choix tactiques de l’évasion de Kojo Alofa, le présumé assassin de Dangnivo, sont intrigantes, et suscitent doutes et interrogations. Ces interrogations portent sur le caractère spontané de l’évasion de ce considérable prisonnier à la charnière du politique et du crapuleux — à supposer qu’on ne considère pas que politique et crapuleux sont synonymes.
Deux questions se posent en effet. Primo, cette évasion est-elle spontanée ? Sinon, quelle est la motivation de ses obscurs instigateurs ?
Dans l’hypothèse d’une opération spontanée, outre le fait que Apro-Misérété est réputée être une prison de haute sécurité de classe internationale, un fait demeure troublant, c’est le point de chute choisi, qui se trouve être au Togo. A supposer que le fugitif cherche à se mettre au vert à l’extérieur du Bénin, pourquoi aller si loin ? Est-ce pour corroborer les insinuations sordides de Yayi qui, à propos du crime, avait estimé que c’est un Aja qui a tué un Aja ? Vu que les Aja sont un peuple à cheval entre le Togo et le Bénin, Alofa cherchait-il refuge dans un environnement ethnique protecteur et rassurant ? Ne se doute-t-il pas que le choix du Togo, proche de son département natal, est un choix trop transparent pour être perdu de vue par la police qui se mettrait à ses trousses ? Tant qu’à aller se mettre au vert hors du territoire béninois, pourquoi le refuge nigérian ne lui a pas effleuré l’esprit ? Dans son raisonnement raciste sordide, ne savait-il pas que Yayi Boni serait moins enclin à penser qu’un Aja ne pouvait pas aller se cacher à Ayo ? Et pourtant Misérété est à quelques jets de pierre de la frontière du Nigeria, perlée d’une myriade de points de passages clandestins, et où les échanges avec la police anglophone de ce pays sont beaucoup moins aisés qu’avec la police du Togo. Par ailleurs tout le monde sait que Yayi Boni connaît et pratique le Togo comme sa poche, pour avoir préparé son odyssée présidentiel à partir de ce pays frère et voisin ; le président Faure Eyadéma est pour lui comme un jeune frère et ami, qui ne peut rien lui refuser.
Comment expliquer ce tropisme oriental qui poussa le fugitif Alofa à choisir le Togo plutôt que le Nigeria autrement que par l’appel du sang aja qui coule dans ses veines ?
A contrario, on peut imaginer qu’une machination ourdie par ceux qui ont la haute main sur cette trouble affaire semble plus facile en zone francophone avec le petit Togo amical qu’en zone anglophone du grand Nigeria où Jonathan, alors président — entre Boko haram et élections à haut risque — avait plus d’un chat à fouetter.
Alors si comme on peut le soupçonner la machination émane du pouvoir, qu’elle en est la motivation ? Eh bien, selon le principe des criminels qui est « n’avouez jamais », des machinations et des crimes servent à cacher des crimes préalables. Depuis 2006, avec les élections truquées, le holdup électoral, les mensonges répétés, le formalisme creux et la supercherie qui caractérisent tous les actes politiques et publics posés par Yayi Boni, tout le monde a compris que l’homme est un mordu de théâtre, du laisser croire et de la manipulation — politique, médiatique, judiciaire, etc… Ainsi dès le début, le soupçon est fort dans l’esprit de tout observateur sensé que l’imputation du meurtre de Dangnivo à un criminel de série B, suivie par la découverte puis l’exhumation télévisée du corps de la présumée victime non seulement était possible mais relevait d’un théâtre, comme le régime de Yayi Boni en a abreuvé le pays depuis 2006. Sans en mettre la main au feu, puisqu’il faut toujours faire la part de la présomption d’innocence des uns et des autres, la conscience collective, n’en a jamais été dupe.
Alors si, dans cette logique théâtrale qui est une possibilité forte au regard du dernier rebondissement dans l’affaire, c’est le pouvoir qui a été à l’origine de l’évasion du prisonnier Alofa, quelle est la raison de ce scénario ? Eh bien on peut penser que deux hypothèses ont prévalu à la concoction de ce scénario de fuite vers le Togo. Un premier scénario viserait à abattre le fugitif pour éviter les déballages d’un procès à haut risque où on n’était plus assuré de la docilité des comparses. Mais ce scénario étant lui-même gros comme le nez au milieu de la figure dans le sens où il ajouterait un élément confondant de plus quant au soupçon populaire sur le vrai auteur du crime, il fallait considérer la seconde hypothèse dont il n’est pas exclu qu’elle soit un rattrapage de la bourde que constituait la mise en œuvre de la première. En effet, en rattrapant le fugitif au Togo — une des rares prouesses policières en matière de crimes politiques enregistrées au Bénin depuis plusieurs années — le pouvoir fait amende honorable et met en scène sa bonne foi et son innocence dans cette affaire. Car, à première vue c’est absurde de penser qu’un pouvoir a laissé s’évader un prisonnier pour le rattraper après coup. Or la théâtralité de la manipulation en l’occurrence spécule sur l’évidence de cette absurdité.
Adenifuja Bolaji

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