Défense et Illustration de la Présumée Paresse Intellectuelle du Noir

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aka2_thumb.pngLa légendaire paresse intellectuelle du Noir — qui n’est pas antinomique avec l’excellence scolaire, comme le prouve le label ambigu de quartier latin de l’Afrique dont par inconscience se gargarisent certains Béninois — a fait dire à d’aucuns que la meilleure façon de cacher quelque chose au Noir est de le mettre dans un livre. Cacher une chose dans un livre pouvant se comprendre de façon analogique comme objet ou de façon analytique comme sujet du livre.
Le Noir ne lit pas. Mais il n’y a pas que la lecture qui patit de l’indifférence du Noir. Tout de suite après l’invention du feu, aux premières loges de laquelle il se trouva de fait, peu après les siècles où il fabriqua par nécessité de ces objets qui feront plus tard le bonheur des ethnologues ethnocentristes, le Noir renonça définitivement à son appartenance à Homo faber. Il y renonça d’autant plus que ses rivaux qui l’évincèrent se montrèrent performants et prolifiques au sein du groupe, et n’eurent de cesse d’occuper pleinement la place qu’il a laissé vacante.
Le Noir ne lit pas, c’est entendu. Atavisme archéologique. Comment une civilisation qui pendant des siècles a fait l’impasse sur l’écriture et la lecture au profit de ce que ses meilleurs représentants vantent sous le cache misère de la culture de l’oralité ; et qui lorsqu’elle fut forcée de les adopter n’y adapta ni sa langue ni ses propres caractères ; comment une telle civilisation peut-elle avoir des descendants pleins d’ardeur de lire ou d’écrire ?
Nous en étions là, lorsque la civilisation qui a étiqueté le Noir comme paresseux par comparaison à ses propres inclinations dont elle sous-estimait le caractère historiquement déterminé, a commencé par devenir paresseuse elle-même, tout au moins au chapitre de la lecture et de l’écriture ainsi que ses dispositions et réflexes associés. La mode actuelle est au zapping, et au fast think. Et dans ce fast think, le fast l’emporte de loin sur le think. Le SMS ou le Tweet est devenu l’étalon du texte écrit. On n’en est pas encore au texte de mémoire de licence ou de doctorat sous forme de tweet mais cela ne saurait tarder. Passé cette éprouvante longueur, le lecteur moyen, qu’il soit Noir ou Blanc entre dans la zone frénétique de l’urticaire et de la prise de tête. On n’en peut plus de suffoquer, d’étouffer sous les longueurs. Même la lecture diagonale est déjà jugée kilométrique.
Dans un tel contexte, les conditions de définition de ce que lire ou écrire veut dire ont subi une profonde mutation. Dès lors, ceux qui accusent le Noir d’être paresseux parce qu’il était rebelle à ces conditions doivent revoir leur copie. Le Noir, en tant que précurseur de la paresse, n’a pas changé, ce sont les conditions de la pensée intellectuelle qui changent. Et le Noir devient alors le modèle d’un monde qui entre en paresse comme certains animaux entrent en hibernation.
En terme de paresse, le Noir est déjà rassasié avant que le restaurant n’ouvre. Ceux qui traitent le Noir de paresseux doivent savoir qu’il ne sert à rien de lancer des pierres à l’oiseau qui se prépare à prendre son envol.

Dr Aboki Cosme

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