Dans un article du Journal l’Autre Fraternité, le journaliste Abou Mama pose la question capitale suivante : « Comment démontrer que les ressortissants d’une région où les taux d’échec massif aux différents examens de fin d’année sont les plus élevés soient régulièrement les plus aptes à réussir brillamment à tous les concours de recrutement pour le compte de la fonction publique ? ». On a compris que cette question touche à la nouvelle affaire de fraudes aux concours de l’administration publique qui agite l’opinion nationale depuis plusieurs semaines.
Et, dans son article à charge sur le Ministre de la fonction publique Yaya Aboubakar, le journaliste explique que « depuis plusieurs années le département du Borgou (département d’origine du ministre de la fonction publique) tient la lanterne rouge en termes de réussite aux examens d’entrée au collège, au brevet d’études de premier cycle tout comme au baccalauréat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est ce département d’origine du chef de l’État qui brille en termes de pourcentage à chaque proclamation des résultats de tous les concours de recrutement, depuis au moins neuf ans. »
Depuis que Yayi Boni est au pouvoir, les affaires de fraudes aux concours sont régulièrement révélées par les syndicats et les organisations de veille citoyenne. La fraude aux concours est le petit bout public de l’iceberg de fraude, de concussion, de corruption, de vol, de pillage, de gaspillage, de népotisme, de régionalisme qui motive la vocation politique sous nos cieux. D’habitude, les plaisirs, les buts et les butins des politiciens sont aussi bien compris par les intéressés qu’ils sont tenus à l’intérieur de leurs cercle fermés.
A l’évidence, la question du journaliste renvoie à de nombreuses autres tout aussi pertinentes. Par exemple : comment se fait-il qu’un président qui est docteur peut cautionner une telle culture de la fraude aux examens ? Est-ce que cela n’interroge pas la probité intellectuelle d’un tel homme ? Si quelqu’un met en doute l’intégrité du doctorat que ce président affiche ostensiblement sans y être obligé, est-ce que cette personne ne serait pas crédible ? Donc, c’est bien pertinent de douter de la probité du cursus universitaire et intellectuel d’un homme dont le régime s’adonne si passionnément et régulièrement aux fraudes intellectuelles.
La question de fond est la suivante. Est-ce qu’un pays peut vraiment avancer en choisissant arbitrairement ceux qui vont le faire marcher ? Yayi Boni qui aime jouer les globe-trotters accepterait-il que les pilotes de ses avions soient choisis arbitrairement dans le Borgou ? Depuis l’élection présidentielle, qui est le premier des concours, jusqu’aux concours ordinaires de la fonction publique. Outre le fait de l’injustice, dont la forme régionaliste est susceptible à terme d’affecter la cohésion nationale ; outre le fait de voler les places des uns pour les donner aux autres, comment peut-on dans l’absolu avancer en tant que société ou pays si nous sommes indifférents à la qualité des hommes, si leur mérite nous indiffère ? Pensons-nous vraiment que les pays qui sont avancés dans le monde et dont nous envions la réussite ont réussi en entassant dans leurs administrations leurs citoyens les plus médiocres au détriment des plus méritants ? Non, bien sûr que non, même si on a eu un faux doctorat, après avoir eu une fausse maîtrise et un faux baccalauréat, etc.,( car le fraudeur ne s’arrête jamais en si bon chemin) on se doute bien que les pays qui sont développés ne marchent pas sur la tête. Alors pourquoi faisons-nous cela ? Et pendant combien de temps ferons-nous cela ? Pour pouvoir continuer à être pauvres, afin que les pays riches viennent aider nos populations à boire de l’eau potable dont nous feront disparaître au besoin le financement ?
Tout se tient en fin de compte. La corruption appelle la corruption. Nous ne voulons pas nous développer. Nos dirigeants ont peur que le peuple soit instruit. C’est pour cela qu’ils refusent de prendre l’instruction à sa juste valeur. C’est pour cela que les gens n’accèdent pas à la lecture et à l’écriture dans leurs propres langues. Car s’ils étaient instruits et bien instruits, ils limiteraient de beaucoup l’arbitraire, les manipulations et l’autoritarisme des dirigeants. Les dirigeants ne veulent pas que le pays avance, car si par malheur le pays avançait et que la grande majorité devait en tirer profit, le business de la médiation va s’effondrer à la bourse politique. Celui qui nourrit l’enfant craint que l’enfant grandisse ; car une fois grand, l’enfant se nourrira lui-même, et le nourrisseur ne pourra plus se sucer les doigts. Or chacun sait que chez nous celui qui se suce les doigts s’engraisse pendant que l’enfant, qui est censé être nourri, devient chétif.
Les gens organisent aveuglément la fraude aux concours, parce qu’ils veulent fourguer aux frais de la nation le plus grand nombre possible des gens de leur région. Ils savent bien que ce faisant la nation ne pourra pas avancer, mais peu leur chaut ; l’essentiel pensent-ils, est que leur région, leur famille, leur sang tire son épingle du jeu national. Mais est-ce que les parties d’un corps peuvent avancer si le corps n’avance pas ? Est-ce qu’un organe peut se réclamer vivant dans un cadavre ? Vaine illusion.
Et que feraient les tenants de cette culture de la médiocrité si au lieu d’avoir plusieurs ethnies, le pays n’en comptait qu’une seule ? Comment pourrait-il justifier la force obscure qui les pousse à faire marcher la collectivité nationale à contresens du progrès et dont le régionalisme n’est qu’un nom de circonstance ? Bêtise absolue, mais Ô combien pathétique !
Adenifuja Bolaji
